Former les élites intellectuelles d'une future Biélorussie démocratique

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A partir de la prochaine rentrée universitaire, au moins six étudiants persécutés par le régime dictatorial biélorusse seront accueillis par l'université Palacky d'Olomouc, où ils passeront le semestre d'hiver.

La diplomatie tchèque a toujours affiché sa différence en ne faisant pas de compromis en matière de droits de l'Homme envers le régime de Cuba, contrairement à d'autres pays de l'UE. De même, elle soutient l'opposition en Biélorussie, où depuis 1994, règne en dictateur tout-puissant Alexander Loukatchenko.

Suite aux dramatiques élections parlementaires du printemps dernier, le ministère des Affaires étrangères a décidé de s'inspirer du modèle polonais et c'est le département de sciences politiques et d'études européennes de l'Université Palacky, à Olomouc, qui a répondu présent. Un semestre durant, quelques étudiants biélorusses vont donc pouvoir suivre des cours donnés en anglais autour de problématiques sur les droits de l'homme, les processus de démocratisation, d'intégration européenne, sur les conflits entre minorités ethniques etc. Des thématiques bien ciblées. Une manière de former les futures élites d'une Biélorussie démocratique ? Jakub Durr, recteur-adjoint pour les relations internationales du département en question :

« C'est une coïncidence : il s'agit de matières que nous enseignons dans ce département en anglais, pour nos étudiants étrangers qui viennent d'Europe de l'Ouest et des Etats-Unis. Ainsi les étudiants biélorusses auront l'occasion de rencontrer leurs collègues de ces pays. Ces cours seront d'autant plus intéressants pour eux à cause de ce caractère international, de la possibilité de débats. Mais il est clair que les thématiques proposées concerneront très précisément le potentiel démocratique de la Biélorussie. Et j'espère que ces étudiants joueront plus tard un rôle important dans les sphères politiques, économiques, culturelles et sociales. »

Le choix des étudiants a été difficile, explique Jakub Durr. C'est en contactant, entre autres, des ONG tchèques et autres organisations présentes dans le pays que les organisateurs ont pu franchir les murs de silence et d'isolation. Ce projet est aussi une manière de « rendre la pareille », après que des universités occidentales ont monté des projets similaires pour les Tchèques après 1989. Une initiative généreuse, donc, mais qui pose le problème de l'après. Les étudiants biélorusses ne s'exposent-ils pas à des poursuites de la part des autorités de leur pays après leur retour? Jakub Dürr :

« C'est une question très importante : nous nous en sommes rendus compte nous-mêmes. Nous avons dû nous baser sur les moyens financiers fournis par le ministère des Affaires étrangères. Il y a bien sûr une date de fin de ce séjour. Néanmoins, il est tout-à-fait évident, de par notre propre expérience tchèque d'avant 1989, que les étudiants biélorusses vont tenter de trouver un ancrage dans le contexte tchèque ou européen. Nous sommes prêts à les assister et à les aider dans ce sens. Il est clair qu'après un éventuel retour en Biélorussie, ils peuvent avoir de graves problèmes dans le pays ou pour continuer leurs études. C'est pourquoi ils auront à Olomouc des cours intensifs de tchèque afin qu'ils puissent continuer leurs études en tchèque et profiter de cette expérience dans un contexte démocratique. »