František Lízna

František Lízna, photo: Jana Šustová
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Jésuite et dissident, le père František Lízna a été consacré prêtre en 1974. Mais comme il n’obtint pas l’autorisation de pratiquer des autorités de l’Etat socialiste, il ne put exercer sa profession. Il a été emprisonné à quatre reprises pour des raisons politiques et fait partie des premiers signataires de la Charte 77. František Lízna, membre de la Compagnie de Jésus, a été distingué pour son travail d’abnégation avec les condamnés par le Prix František Kriegel, attribué par la Fondation de la Charte 77, et il est titulaire de l’Ordre de Tomáš Garrigue Masaryk, décerné pour l’application de la démocratie et des droits de l’homme. Actuellement, il exerce son activité de prêtre dans la paroisse de Vyšehorky en Moravie, près du pénitencier de Mírov où il a été chapelain, pendant quelques années.

František Lízna, photo: Jana Šustová
Le père František Lízna est né en 1941 à Jevíčko, en Moravie. Son père, membre acharné du parti du peuple, est arrêté et emprisonné après le coup d’Etat communiste de 1948. Jeune homme, František manifeste déjà son désaccord avec la politique de l’époque. Un jour, alors qu’il va rendre visite à une amie, dont le père est un fermier important, il assiste à l’arrestation de ce dernier qui refuse d’adhérer à la coopérative agricole socialiste. Furieux, le jeune homme perd son sang froid et court directement au Comité national où il arrache le drapeau flottant à l’entrée. Ce geste irréfléchi lui coûtera sept mois de détention dans les mines d’uranium de Jáchymov. Entretemps il tente de quitter la Tchécoslovaquie à tout jamais, mais il est arrêté à la frontière et condamné. Après avoir terminé son service militaire, il travaille comme aide-soignant dans un établissement pour handicapés mentaux. Il adhère à la Compagnie de Jésus âgé de vingt-sept ans. Il est envoyé en Angleterre, puis à Innsbruck où il prend la décision de se faire renvoyé dans son pays.

František Lízna, photo: Jana Šustová
František Lízna a terminé ses études de théologie, mais ne peut exercer sa profession de prêtre. Il gagne sa vie an faisant de menus travaux manuels. De plus, la signature de la Charte 77 le classe parmi les personnes indésirables.

La Révolution de velours de 1989 apporte des changements dans la vie de František Lízna. Il est nommé recteur de l’Eglise des Jésuites à Brno, capitale de la Moravie où il porte assistance aux Roms malades, aux sans-abri et aux détenus. Six ans plus tard, il demande au Père Provincial de l’envoyer en mission.

« J’ai dit au Père Provincial que j’aimerais partir en mission religieuse en Russie pour y achever de façon symbolique ma lutte contre le communisme. Je voulais aller en Extrême-Orient, là où se trouvent justement les goulags, lieu d’exécution massive, pour y accomplir ma vie. La seconde proposition fut d’aller à Chanov (ghetto rom) et d’y travailler avec les gens du voyage. Pas comme un fonctionnaire dans un bureau douillet. Je voulais habiter avec eux, être parmi eux. C’est la meilleure façon de les aider. Après cinq ans de travail avec les Roms, peut-être que j’aurais pu me considérer en expert et recommander ce qu’il fallait faire ou ne pas faire. Puis j’ai proposé une troisième variante de mission au cas où les deux précédentes ne seraient pas réalisables : la prison de Mírov. Le Père Provincial a opté pour la prison de Mírov.»

Arrivé à la prison de Mírov, le père Lízna a demandé une cellule pour être à la disposition des détenus 24 heures sur 24. Mais cela n’est pas conforme à la loi. Il fut donc obligé de se contenter de la paroisse de Vyšehorky se trouvant à peu de distance du pénitencier et où il a exercé pendant un certain temps la fonction de chapelain. La porte de la paroisse était ouverte à toute personne ayant besoin de conseil ou de réconfort. Malgré le risque considérable que cela représentait, car parfois les « malheureux » visiteurs emportaient différents objets qui ainsi disparaissaient à tout jamais. Le fait que quelqu’un, même un prêtre s’intéresse aux détenus, pourrait paraître étrange. František Lízna nous explique ses sentiments.

František Lízna, photo: Jana Šustová
« Les gens me reprochent souvent que je m’intéresse toujours aux détenus. Moi, je leur réponds que c’est pour empêcher de nouvelles victimes. Ils me posent également la question pourquoi je ne m’occupe pas des victimes. Et moi je leur dit : Occupez-vous des victimes vous-même. Et, justement parce que je suis sensible au mal, j’estime qu’il faut s’occuper des malfaiteurs pour qu’ils ne sortent pas de prison encore mieux formés en matière de criminalité et comme des criminels blindés. Pour cela il faut qu’il y ait des prêtres et des croyants dans les prisons.»

En 2004, le père Lízna fait un pèlerinage depuis Svatá Hora (Montagne Sainte) près de Příbram (Bohême centrale) à Santiago de Compostelle. Avant de partir en route, le père Lízna nota sur de petits bouts de papier les noms des personnes proches ou qui lui ont demandé de l’aide. Chaque jour, au cours du pèlerinage, il tirait un bout de papier portant un nom et priait pour la personne en question et lui envoyait une carte postale. Les noms de l’ex-président Václav Havel et du président actuel de la République, Václav Klaus, étaient également notés sur les petits bouts de papier.

Au cours des 106 jours de marche, František Lízna a écrit un journal, sorti en 2006 sous forme de livre, publié sous le titre « Je dois continuer à marcher » (Musím jít dál).