Františka Plamínková, une pionnière du féminisme en pays tchèques

Františka Plamínková

En février 1920, la Tchécoslovaquie devenait un des premiers pays d’Europe à accorder le droit de vote aux femmes. Une des personnalités qui ont bataillé pour que les femmes tchèques puissent non seulement voter, mais également étudier, avoir une carrière professionnelle et concilier celle-ci avec leur vie familiale, s’appelait Františka Plamínková. Née il y a tout juste 150 ans, cette institutrice, journaliste et femme politique a été assassinée par les nazis en 1942, pour ensuite tomber dans l’oubli sous le régime communiste.

« Ce projet d’amendement du Code civil est une grande déception pour les femmes. Il semble qu’il ne fasse guère évoluer le principe de la subordination de la femme tel qu’il a été inséré dans l’ancienne loi il y a 126 ans », s’indignait Františka Plamínková dans son discours prononcé en 1937. Sa réaction visait le fait que le nouveau Code civil proposé à l’époque contenait encore un passage sur la domination du mari sur son épouse. Il s’agit là de l’un des rares enregistrements de la voix de Františka Plamínková, reconnue aujourd’hui comme l’une des plus grandes personnalités non seulement du mouvement féministe dans la Tchécoslovaquie de l’entre-deux-guerres.

Františka Plamínková,  photo: ČT

Née le 5 février 1875 dans une famille pragoise libérale, Františka n’a toutefois pas songé à une carrière politique. Formée pour être institutrice, elle a d’abord enseigné dans les écoles à Tábor et à Soběslav, en Bohême du Sud, puis à Prague. Lorsqu’elle était elle-même étudiante, elle est tombée amoureuse d’un certain Vilém, futur médecin. Le couple s’est fiancé, mais quelque temps après, Františka a dû prendre une décision difficile, comme l’explique l’historien Vojtěch Kyncl :

« Elle s’est donc consacrée à l’enseignement, mais à cette époque et jusqu’en 1919, le célibat était en vigueur pour les institutrices. Si elle voulait continuer à exercer son métier, elle devait renoncer à la vie familiale. Elle l’a fait, mais nous savons qu’elle en a souffert. »

Club des femmes tchèques

Františka décide non seulement de rompre les fiançailles, mais aussi de s’élever contre cette obligation de célibat des enseignantes et contre d’autres injustice encore. Dès le début du XXe siècle, elle s’engage au sein de plusieurs organisations, notamment dans le Club des femmes tchèques qui siège, dès les années 1930 et jusqu’à son interdiction par le régime communiste en 1949, dans son propre bâtiment rue Ve Smečkách, là où l’on trouve aujourd’hui le célèbre théâtre pragois Činoherní klub.

« Les hommes considèrent la politique comme leur but, alors que pour les femmes, c’est un moyen d’améliorer leur vie » : c’est avec cette conviction que Františka Plamínková a rejoint les rangs du Parti socialiste national, puis exercé son mandat de sénatrice à partir de 1925. L’historienne Dana Musilová remarque :

« Je crois qu’elle aurait souhaité devenir plutôt députée, car à l’époque comme aujourd’hui, le Sénat avait moins de pouvoir que la Chambre basse du Parlement. Mais comme toujours, elle s’est totalement investie dans ce travail, tout en continuant à être active dans les organisations féminines. Cela devait être épuisant pour elle, mais elle l’a fait. Sans doute parce qu’elle était une workaholic. »

Františka Plamínková | Photo: APF ČRo

Maîtrisant plusieurs langues, dont le français, Františka Plamínková est devenue en 1931 la première Tchèque à s’être exprimée devant la Société des Nations, précurseur de l’ONU. Dans son pays, elle a contribué à plusieurs lois censées permettre aux femmes de concilier vie professionnelle et vie familiale, tout en militant pour les droits des personnes défavorisées et pour les droits humains en général. La preuve en est qu’en 1938, elle a adressé une lettre à Adolf Hitler, dénonçant ses « mensonges et manipulations ».

Dans le viseur des autorités nazies, la politicienne a été arrêtée d’abord en 1939, puis en juin 1942, suite à l’attentat contre le Protecteur de Bohême-Moravie, R. Heydrich qu’elle a refusé de condamner publiquement. Après avoir passé quelques jours dans le camp de concentration de Terezín, Františka Plamínková a été transportée à Prague où elle a été fusillée le 30 juin 1942, à l’âge de 67 ans, et enterrée dans une fosse commune.

« Avec l’arrivée au pouvoir des communistes, le concept des droits des femmes a complètement changé. Tout a été décidé par l’Etat, y compris la légalisation de l’IVG par exemple. Il n’y a avait aucune possibilité pour les femmes, et encore moins pour les activistes, de s’exprimer », explique l’historienne Dana Musilová.

De ce fait, Františka Plamínková a quelque peu disparu de la mémoire collective après la Deuxième Guerre mondiale : un manque d’information qui a été comblé ces dernières années par l’intérêt toujours grandissant des historiens pour cette femme exceptionnelle.