Jiri Novak, meilleur joueur tchèque de la dernière décennie, a fait ses adieux au tennis

Jiri Novak, photo: CTK

Après une saison gâchée par une blessure à une cheville qui l'a tenu éloigné des courts pendant de longs mois, Jiri Novak a décidé de mettre un terme à sa carrière. A 31 ans, le Tchèque a raccroché sa raquette en octobre dernier, avec un palmarès riche notamment de sept victoires en tournois sur le circuit et d'une place de 5e joueur mondial à l'issue de la saison 2002, classement qui lui avait permis de participer au prestigieux Masters. Parfois critiqué pour sa personnalité et son jeu ennuyeux, le natif de Zlin, en Moravie, n'en était pas moins un gentleman des courts. Un gars simple et modeste qui s'est retiré de la même manière qu'il évoluait dans le monde ultra-individualiste du tennis professionnel : dans la discrétion. Peu de temps après son tournoi d'adieu à Bâle, Jiri Novak a fait le bilan de sa carrière et nous a expliqué les raisons qui le poussaient à arrêter :

Jiri Novak, photo: CTK
« La principale raison est d'ordre familial. Nous avons trois enfants et je veux passer plus de temps avec eux. Et puis je dois dire que j'étais fatigué de la vie de joueur de tennis professionnel. J'en avais marre de voyager de tournoi en tournoi, de dormir à chaque fois dans un hôtel différent en attendant le prochain match. Bien entendu, la blessure qui m'a gêné durant toute la saison a facilité ma décision. Si j'étais encore classé parmi les cinquante premiers mondiaux, j'aurais peut-être réagi autrement et prolongé encore d'une saison. Mais à la fin de cette année, je me situais aux alentours de la 120e place, car je n'avais pratiquement pas joué pendant six mois et forcément, il me manquait beaucoup de points au classement pour bien y figurer. Mais je le répète, la principale raison qui m'a poussé à arrêter est d'ordre familial. Les enfants grandissent et ils ont besoin que leur père soit là pour s'en occuper. »

Avant de partir en retraite, Jiri Novak est toutefois encore parvenu jusqu'en huitièmes de finale de l'US Open, éliminé par l'Espagnol Rafael Nadal, n'2 mondial et vainqueur des deux derniers Roland Garros. Il a également offert deux points à son équipe lors du match de barrage de Coupe Davis contre les Pays-Bas, permettant ainsi à la République tchèque de retrouver le groupe mondial. Autant de performances qui prouvent que Jiri Novak n'était pas encore au bout du rouleau.

« Si je ne prends en considération que l'aspect tennistique, j'aurais pu continuer, c'est certain. Mais je n'ai plus la motivation pour cela, je n'ai plus la force de me battre et mes priorités sont désormais ailleurs. Ce n'est pas une décision facile à prendre, toute fin est un peu triste, surtout que j'ai consacré toute ma vie au tennis, un sport que j'ai toujours pratiqué par amour. J'ai commencé sous le régime communiste et jusqu'à l'âge de quinze ans, je n'ai pas pu sortir du pays ne serait-ce que pour aller disputer un tournoi en Hongrie. J'ai donc toujours joué parce que cela me plaisait, c'était ma seule motivation, à l'époque je n'avais pas d'autres ambitions. Aujourd'hui, je sais que je pourrais encore participer à de plus petits tournois, engranger des points pour revenir parmi les cinquante premiers joueurs mondiaux et de nouveau participer à de plus grands tournois. Je pense que j'en serais encore capable. Mais cela signifierait s'entraîner tous les jours du matin au soir, participer à beaucoup de tournois et du coup abandonner ma famille. Et c'est précisément ce dont je n'ai plus envie. »

Au moment de faire le bilan de sa carrière, le Tchèque hésite quelque peu sur ce qu'il considère comme ses plus belles victoires :

« Ce n'est pas possible de résumer en une seule phrase. Il y a certes eu de grands succès, mais tout est arrivé progressivement, depuis les victoires chez les jeunes jusqu'à la participation au Masters de Shanghai en 2002, avec les huit meilleurs joueurs mondiaux. Je pense que le Masters a couronné une saison 2002 qui a sans doute été la meilleure de ma carrière avec notamment la demi-finale de l'Open d'Australie, ma meilleure performance dans une épreuve du Grand Chelem. Mais encore une fois, si je n'avais pas gagné d'autres tournois comme à Mexico ou à Auckland, je n'aurais jamais pu me qualifier pour le Masters. C'est donc un ensemble à prendre en considération. Et puis, je n'oublie pas ma participation aux Jeux Olympiques à Atlanta, Sydney et Athènes. Ca laisse des traces émotionnelles. Enfin, les matches de Coupe Davis occupent une place particulière. C'est une compétition que j'ai toujours énormément appréciée car elle se dispute en équipe et j'y ai souvent obtenu de très bons résultats. Donc voilà, ce sont trois choses différentes et c'est pourquoi il n'est pas possible de dire quel match ou quel tournoi a constitué mon plus grand succès. »

Même si le positif prédomine largement, Jiri Novak pourrait toutefois regretter, au-delà des blessures à répétition qui ont marqué sa carrière, de n'avoir jamais remporté de titre majeur :

« Mon rêve a toujours été de gagner quelque chose en représentant le pays, que ce soit en Coupe Davis ou aux Jeux olympiques. Malheureusement, cela ne s'est pas concrétisé, mais cela ne m'empêche pas de partir la tête haute, j'ai toujours fait le maximum. Lorsque je pense que je me suis retrouvé à l'étranger pour la première fois de ma vie à l'âge de 15 ans, je mesure d'autant plus la chance que j'ai eue de réaliser une telle carrière. Cela ne sert à rien de regretter et de se dire que j'aurais pu gagner plus de matches ou de tournois. Je pense que j'ai déjà eu beaucoup de chance : j'ai été cinquième meilleur jouer mondial, j'ai participé au Masters et je pense avoir fait dans l'ensemble une très belle carrière. »

Enfin, la carrière d'un sportif, quel qu'il soit, ne peut se résumer à un bilan comptable. Et Jiri Novak en est bien conscient :

« Le tennis m'a élargi les horizons. Depuis tout petit, j'ai dû m'occuper de moi-même, apprendre l'anglais et me débrouiller tout seul partout dans le monde. D'un autre côté, je n'ai pas eu la même jeunesse que les autres à cause de l'entraînement et de la compétition, je ne sortais pas en discothèque par exemple. Bien sûr, aujourd'hui, avec le recul, ce n'est pas quelque chose qui me manque. Mais encore une fois, je suis conscient de la chance que j'ai eu et de tout ce que le tennis a pu me donner. »