Josef Bohuslav Foerster, le moins connu des grands compositeurs tchèques

Josef Bohuslav Foerster

Le nom de Josef Bohuslav Foerster est souvent cité avec ceux des grands compositeurs tchèques du tournant des XIXe et XXe siècles. Et pourtant ses compositions ne figurent que rarement au programme de concerts et sa discographie est bien restreinte. Pourquoi donc cette renommée? Quelles sont les raisons de l’admiration de certains musicologues pour l’oeuvre de ce compositeur né il y a juste 150 ans et qu’on ne joue presque pas?

Josef Bohuslav Foerster
S’il y a un domaine où l’oeuvre de Josef Bohuslav Foerster n’a jamais été éclipsée par d’autres compositeurs tchèques, c’est le chant choral. C’est à la musique chorale que cet auteur d’innombrables compositions pour choeur et notamment pour voix d’hommes doit sa présence posthume dans la vie musicale tchèque. Le catalogue de ses oeuvres est pourtant beaucoup plus large. Au cours de sa longue vie qui a couvert pratiquement tout un siècle, il a écrit entre autres quatre symphonies, cinq opéras et une multitude de concertos, d’oratorios, de poèmes symphoniques, d’oeuvres de chambre et de mélodies. Le musicologue Petr Veber constate:

« S’il se range aujourd’hui parmi les moins connus des créateurs modernes de la musique tchèque, c’est sans doute parce que sa vie reposait essentiellement sur la foi chrétienne. La foi donnait des accents spécifiques à sa vie, le privait de la possibilité de figurer dans les manuels scolaires sous le socialisme, et même aujourd’hui, à l’époque du rationalisme contemporain, ne le rend pas très intéressant pour l’opinion publique.»

Josef Bohuslav Foerster est né dans la famille d’un professeur de conservatoire le 30 décembre 1859 à Prague. Jeune homme de nombreux talents, il choisira la musique sans négliger pour autant ses dons pour les lettres, le journalisme et la peinture. C’est en suivant sa femme, la célèbre cantatrice Berta Lautererová, que le compositeur s’établit, dès 1893 à Hambourg et puis à Vienne. Il ne revient dans sa patrie qu’en 1918 après la naissance de la Tchécoslovaquie indépendante pour y occuper le poste de directeur du conservatoire et puis celui de président de l’Académie des sciences et des arts, tout en poursuivant sa création musicale. Il mourra en 1951 à l’âge de 92 ans. Le musicologue Jan Králík résume son évolution artistique:

«Dans sa création Foerster réunit deux siècles. Il commence par le style traditionnel de Smetana et il continue dans cette voie jusqu’à la modernité du XXe siècle. C’est un solitaire original dont la musique est souvent reconnaissable dès les premiers tons. Son talent s’est développé sur les bases solides du contrepoint, c’est-à-dire de la méthode de composition classique, mais il s’est lancé dans les expérimentations harmoniques. En même temps c’était un compositeur profondément épris de la mélodie.»

Foerster est donc un classique à redécouvrir. Parmi les artisans d’initiatives pour le sortir de l’oubli, il y a, entre autres, le chef d’orchestre Jiří Bělohlávek. C’est à lui, au violoniste Ivan Ženatý et au BBC Symphony Orchestra que nous devons une véritable résurrection des deux concertos pour violon achevés par le compositeur en 1911 et 1926. Grâce au label Supraphon l’enregistrement des deux oeuvres a enrichi, en 2008, la maigre discographie de Josef Bohuslav Foerster.