Journaliste, amie épistolaire de Kafka et héroïne de Ravensbrück, Milena Jesenská aurait eu 130 ans
Journaliste et traductrice tchèque, Milena Jesenská a entretenu une relation épistolaire avec Franz Kafka. Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle a aidé des personnes persécutées et est morte dans le camp de concentration pour femmes de Ravensbrück.
La femme derrière les lettres
Milena Jesenská est née à Prague en 1896. Pendant l’entre-deux-guerres, elle se fait remarquer pour son travail de journaliste et de traductrice. C’est d’ailleurs ce qui l’amène à Franz Kafka : en 1919, elle lui écrit pour lui demander l’autorisation de traduire une de ses nouvelles... et c’est le début d’une correspondance qui, par la suite, deviendra célèbre dans le monde entier.
Leurs courriers révèlent le lien intellectuel très profond qui les unissait : Kafka avait trouvé en Milena une partenaire qui le comprenait, Milena avait trouvé une personne qui savait mettre des mots sur ses pensées à elle. Ils ne se sont rencontrés qu’à deux reprises, mais leurs échanges épistolaires est l’un des documents les plus intenses de la littérature européenne.
Néanmoins, Milena Jesenská a été bien plus que « la Milena de Kafka ». A Prague, elle devient une journaliste respectée de la Première République tchécoslovaque. Elle écrit des billets, des reportages et des commentaires politiques qui se distinguent par leur style clair et leur grande sensibilité aux destins humains.
Du journalisme à la lutte contre le nazisme
En mars 1939, quand les nazis occupent Prague, Milena Jesenská s’engage immédiatement pour venir en aide aux personnes persécutées. Elle cache des personnes poursuivies dans son appartement, leur procure des faux papiers et aide à organiser des fuites à l’étranger. Elle sauve ainsi des dizaines de vies : celles d’amis juifs, d’officiers tchèques et de pilotes.
Son courage est discret et silencieux, et elle refuse de penser à elle-même et à sa sécurité. En novembre 1939, elle est arrêtée par la Gestapo et accusée d’activités antinazies. Après avoir été incarcérée à Prague puis à Dresde, elle est déportée à Ravensbrück, où se trouve le plus grand camp de concentration pour femmes.
Ravensbrück ou le dernier chapitre
Au camp de Ravensbrück, elle travaille à l’infirmerie et y aide les prisonnières malades. C’est là qu’elle rencontre la prisonnière allemande Margarete Buber‑Neumann, qui était auparavant passée par un camp du Goulag. Milena était l’une des rares personnes à croire son témoignage, ce qui montre bien sa lucidité exceptionnelle même dans les conditions les plus difficiles.
Les deux femmes prévoyaient d’écrire un livre basé sur leurs expériences des camps de concentration. Néanmoins, Milena n’en aura pas eu l’occasion : épuisée, affamée, malade et affaiblie, elle meurt en mai 1944 d’une insuffisance rénale. Elle n’avait pas encore 48 ans.
Un héritage au-delà des frontières
Après la guerre, les Lettres à Milena sont publiées, faisant de Jesenská « la femme qui était capable de comprendre Franz Kafka ». Toutefois, au fil des ans, le public a également commencé à s’intéresser à son histoire personnelle, celle d’une journaliste qui écrivait ce qu’elle pensait, et d’une femme qui s’est opposée au nazisme.
En 1994, le mémorial de Yad Vashem lui décerne le titre de « Juste parmi les nations ». Son nom figure aujourd’hui parmi les héros de la résistance tchèque.




