Karel Nepras, le sculpteur qui voyait sous notre peau

Karel Nepras, photo: CTK

Le sculpteur tchèque Karel Nepras n'est plus. Il disparaît, au moment où l'attention du public et des spécialistes se tourne de nouveau vers lui.

Karel Nepras, photo: CTK
Trois jours après son 70ème anniversaire, quelques mois avant l'inauguration de sa grande rétrospective, au manège du palais Wallenstein à Prague, Karel Nepras s'est dérobé aux honneurs officiels. On sait qu'il était hospitalisé, à la suite de plusieurs attaques cérébrales, et pourtant on est tenté de voir dans cette disparition un clin d''il de cet artiste qui aimait tellement l'humour et l'ironie.

Karel Nepras est entré dans les arts plastiques par des dessins grotesques, mais il allait se faire connaître, surtout, par ses statues. Sous le communisme, il n'avait pas la vie facile et, entre les années 1974 et 1988, on lui a interdit d'exposer ses ?uvres. Vers la fin de sa vie, il était professeur à l'Académie des arts à Prague, et ses étudiants appréciaient, entre autres, sa tolérance et sa curiosité, face aux opinions qu'il ne partageait pas.

Il est facile de reconnaître ses oeuvres d'une originalité frappante dans n'importe quelle collection, qu'elle soit à Prague, à Paris ou à Washington. Parfois, on a l'impression que ses statues sont sorties d'un manuel d'anatomie. Ces têtes rouges, ces corps écorchés et décharnés, ces amas d'os, de tendons et de veines seraient horribles, s'ils n'étaient pas composés d'objets tout à fait banals, tuyaux de chauffage, câbles électriques, vis, ustensiles de mécanicien, divers éléments des constructions mécaniques. Parfois ces sculptures, ces objets étranges et répugnants, peuvent être actionnées par un mécanisme primitif et on est invité à les mettre en mouvement pour leur donner un simulacre de vie. L'horreur et le rire, l'ironie et l'esprit de jeu, qui émanent de ces statues, nous poussent à une réflexion plus profonde. Elles nous font peur et nous amusent à la fois, jouent avec nous. Elles nous posent des questions sur ce que nous sommes, sur notre corps, cet appareil inquiétant et maniable, mais aussi sur la substance qui l'anime.

La dernière oeuvre de Karel Nepras aura été son projet d'un monument équestre de l'écrivain Jaroslav Hasek, père du brave soldat Chveïk et grand buveur de bière. Cette ?uvre monumentale, qui doit être érigée dans le quartier de Zizkov à Prague, doit rendre, par l'humour et la dérision, un hommage à l'écrivain qui a fait rire d'innombrables lecteurs du monde entier.