La classe politique tchèque vent debout contre les nouveaux objectifs climatiques de l’UE pour 2040
L’annonce par la Commission européenne de nouveaux objectifs climatiques pour 2040 a ravivé les passions de la classe politique tchèque autour du Pacte vert. Un débat dont se serait bien passé la coalition gouvernementale à moins de trois mois des élections législatives en Tchéquie.
Nouveau bras de fer entre l’Union européenne et la Tchéquie autour du Pacte vert. Le 2 juillet, la Commission européenne a présenté une proposition visant à réduire de 90 % les émissions de dioxyde de carbone (CO₂), par rapport à 1990, d’ici 2040 au sein de l’Union. L’initiative s’inscrit dans la trajectoire vers la neutralité carbone d’ici 2050 fixée par le Pacte vert pour l’Europe. Une proposition qui à Prague ne passe pas, à commencer par le Premier ministre tchèque lui-même :
« Nous ne sommes pas d’accord avec la fixation d’un nouvel objectif climatique. Nous nous sommes déjà fixé des objectifs à atteindre. Nous devons garder à l’esprit la prospérité et les aspects économiques, sinon nous n’obtiendrons pas le soutien des citoyens européens concernant les objectifs climatiques et nous ne serons pas en mesure de les atteindre. »
Une façon diplomate d’exprimer son désaccord avec les nouveaux objectifs de Bruxelles. Des formes dont ne se sont pas embarrassé d’autres ténors de l’ODS, parmi lesquels Alexandr Vondra. Interviewé par la station Plus de la Radio tchèque, l’eurodéputé n’a pas mâché ses mots à l’égard de la proposition de la Commission européenne qu’il considère être une « proposition idéologique radicale » et « déconnectée de la réalité » :
« C’est une proposition désastreuse. C’est un exemple de stakhanovisme - cette vieille planification bolchevique irréaliste qui promettait le paradis sur terre et finissait en enfer. Il n’est pas nécessaire d’avoir fait maths sup pour comprendre que si l’on veut réduire les émissions de CO₂ de 55 % d’ici à 2030 et atteindre la neutralité en 2050, c’est-à-dire une réduction de 100 %, alors la moitié correspond à 77,5 %. Pas à 90 % en 2040. »
Un sous-objectif nécessaire pour atteindre la neutralité carbone en 2050
Toutefois, pour l’eurodéputé Luděk Niedermayer (TOP-09), la logique arithmétique de son collègue en matière d’écologie ne tient pas la route. Si Niedermayer concède que le chiffre de 90 % peut faire l’objet de discussions, l’eurodéputé salue néanmoins la création d’un sous-objectif ambitieux à l’horizon 2040 dans la perspective de la neutralité carbone d’ici 2050 :
« Bien sûr, tout changement convient à un certain nombre d’entreprises et ne convient pas à d’autres qui veulent conserver le statu quo. Mais pour l’amour de Dieu, regardons la situation dans son ensemble ! La Commission européenne a eu la chance de publier l’objectif un jour où il faisait 37 degrés à Bruxelles. Des données ont été publiées sur ce qui attend la République tchèque qui connaît un réchauffement supérieur à la moyenne, et sur la récurrence des catastrophes naturelles. C’est là la physique telle qu’on la connaît depuis vingt ou trente ans, et que peu remettent en question. »
La proposition de la Commission européenne s’appuie, en effet, sur une analyse d’impact approfondie et sur les recommandations du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) et du Comité scientifique consultatif européen sur le changement climatique. De l’avis de la Commission, la fixation d’un objectif climatique pour 2040 « apportera de la sécurité aux investisseurs, favorisera l’innovation, renforcera le leadership industriel européen et accroîtra la sécurité énergétique de l’Europe ».
La proposition autorise, pour la première fois, les pays de l’UE à utiliser les crédits carbone des pays en développement pour atteindre leurs objectifs d’émissions. Concrètement, grâce à la plantation d’arbres ou la construction de parcs éoliens dans des pays pauvres, par exemple, un pays de l’UE pourra acheter des crédits qui lui permettront de compenser ses propres émissions et donc d’atteindre ses objectifs climatiques.
Petr Fiala sur une ligne de crête
Seulement voilà, à trois semaines des élections législatives, le débat sur de nouvelles contraintes environnementales tombe au plus mal pour la coalition gouvernementale. En Tchéquie, le Pacte vert pour l’Europe reste un sujet clivant, régulièrement utilisé par certains politiciens comme épouvantail politique. Rares sont donc les partis qui se risquent à le défendre de peur de fragiliser leur électorat. Pour le Premier ministre Petr Fiala, la proposition de la Commission arrive au mauvais moment alors que la coalition SPOLU reste toujours loin derrière le mouvement ANO dans les intentions de vote pour les élections législatives d’octobre.
Du côté de l’opposition, on guette le moindre faux pas. L’ancien ministre de l’Industrie, du Commerce et des Transports, Karel Havlíček (ANO) a assuré que les nouveaux objectifs auraient un effet dévastateur sur l’industrie et le niveau de vie de la population et nuirait à la compétitivité de l’économie européenne face aux Etats-Unis et à la Chine. Même son de cloche, du côté de l’extrême droite, aussi bien chez le SPD que chez les Automobilistes.
Pour le Premier ministre, la tâche s’annonce donc difficile. S’il pourrait, dans un premier temps, être tenté de jouer la montre avec Bruxelles, il devra tôt ou tard se résoudre à négocier avec l’Union européenne, au risque de se faire torpiller par l’opposition. Le Danemark, qui assure la présidence tournante du Conseil de l’UE, souhaite, pour sa part, que la proposition soit approuvée en septembre, lors d’une réunion des ministres de l’Environnement de l’Union.






