La Communauté des légionnaires tchécoslovaques a 80 ans

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Le 15 janvier a été le jour du 80e anniversaire de la fondation de la Communauté des légionnaires tchécoslovaques. Aujourd'hui, ses membres estiment que l'intérêt pour la nation et son Etat se perd dans des querelles personnelles d'hommes politiques, que la fierté nationale est considérée comme une idée naïve de vieillards sots. Ils jugent nécessaire de protester contre les opinions exprimées par des représentants publics et selon lesquelles les Tchèques avaient lutté, pour la dernière fois, en 1620, à la Montagne Blanche. C'est ce qu'on peut lire dans l'introduction d'une petite brochure "La Communauté des légionnaires tchécoslovaques - qui est-elle et que veut-elle". Elle m'a servi de base pour cette page d'histoire consacrée au 80e anniversaire de la création de la Communauté des légionnaires tchécoslovaques.

Lorsqu'en mars 1939, les Allemands ont occupé le reste de la Tchécoslovaquie, l'interdiction de la Communauté des légionnaires tchécoslovaques a été parmi les premiers actes. Et non pas par hasard. Les nazis étaient bien conscients de ce que pour les légionnaires la lutte pour la souveraineté nationale a toujours été la chose absolument primordiale.

La fondation des légions tchécoslovaques coïncide avec l'éclatement de la Première Guerre mondiale. Comme les pays tchèques faisaient alors partie de l'Autriche-Hongrie et ne pouvaient pas avoir leur propre armée, les volontaires tchèques et slovaques étaient obligés de partir à l'étranger pour y former des légions étrangères.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, lorsque la Bohême et la Moravie ont reçu le statut de Protectorat, l'armée étrangère tchécoslovaque composée de volontaires a été la seule armée alliée régulière. Les Tchèques et les Slovaques partaient dans l'armée étrangère au péril de vie: ils devaient fuir les gardes frontières nazies, les gardes slovaques de Hlinka et les gendarmes hongrois. Les premières semaines, ils devaient servir dans la légion étrangère. De jeunes garçons de la Russie subcarpatique, élevés par les maîtres tchèques, ont dû passer par le calvaire infernal des goulags soviétiques avant que la possibilité leur soit donnée de se faire recruter dans des unités tchécoslovaques à l'Est.

A l'étranger, les légionnaires tchèques représentaient l'esprit de résistance de la nation mise en sourdine. De même que pendant la première guerre, Tomas Garrigue Masaryk a pu s'appuyer sur les légions comme une force justifiant le droit des Tchèques à leur propre Etat, pendant la seconde, la direction politique de la résistance du président Edvard Benes pouvait s'appuyer sur leur existence.

Quelques données intéressantes de l'histoire de la communauté: La première résistance: les légions tchécoslovaques se sont formées, nous l'avons dit, lors de la Première Guerre mondiale. Les légions russes comptaient 60 000 hommes, les légions italiennes 30 000, les légions françaises 10 000. En plus de cela, l'armée tchécoslovaque avait environ 20 000 volontaires entrés dans l'armée dans des camps de réfugiés après le 28 octobre 1918.

Pas tous qui ont adhéré aux légions pendant la première guerre sont restés fidèles aux principes de la démocratie et de l'humanité, chers à Masaryk. En Russie, certains groupes se sont ralliés aux bolcheviques et lutté, l'arme à la main, contre leurs frères des légions sur le Transsibérien.

Les légionnaires de la première guerre n'ont pas été seulement d'excellents soldats, mais aussi d'excellents organisateurs. Dans des trains qui les amenaient à l'Est, ils avaient leurs propres ateliers, hôpitaux, ils y faisaient paraître les journaux et ils avaient même leur banque et leur caisse d'épargne. L'activité économique des légionnaires a connu, après la guerre, un essor dans nombre de domaines: création de coopératives, exploitation de salles de cinéma, propriété d'immeubles, de maisons de cure, de pensions, de maisons d'éditions, d'imprimeries. Leurs biens ont alors dépassé plus de 4 milliards de couronnes. Des biens confisqués après 1948 par les communistes, seul l'hôtel des Légions a été restitué à la Communauté.

La deuxième résistance: plus de 50 000 patriotes tchèques et slovaques ont combattu dans l'armée tchécoslovaque étrangère pendant la Seconde Guerre mondiale. Le nombre exact de combattants n'a jamais été établi. Un nombre considérable d'entre eux sont morts à la frontière ou dans des goulags. Beaucoup ont pris part au mouvement de partisans en Italie, en Russie, en Slovaquie et en France, beaucoup sont entrés dans des armées alliées et ont lutté en Extrême-Orient.

Tout à fait remarquable a été la participation des femmes aux combats: 1 125 femmes ont travaillé comme infirmières, femmes de liaison, mais aussi comme servants de canons antiaériens.

Tout à fait brillante a été la participation des pilotes tchécoslovaques aux combats de la Seconde Guerre mondiale. Les premiers mois de guerre, 146 pilotes de chasse ont pris part aux combats de l'air en France, soit un quart des pilotes de chasse français. En Grande-Bretagne, leur nombre a été de 2 200. 71 officiers tchécoslovaques ont servi dans l'armée française. 120 officiers spécialistes ont servi dans l'armée britannique.

Aujourd'hui, la Communauté des légionnaires tchécoslovaques compte autour de 3980 membres. 2760 membres sont des participants directs aux combats sur des fronts occidentaux. La communauté accueille également les descendants des légionnaires - ceux-ci sont au nombre de 995. La communauté a accueilli aussi 220 jeunes intéressés par ses activités et désireux de porter plus loin les idéaux et les traditions des légions.