La « Dame atomique » tchèque n’est plus

Dana Drábová

Personnalité clé dans le domaine de l’énergie nucléaire en Tchéquie, Dana Drábová est décédée, lundi 6 octobre, à l’âge de 64 ans. Experte grandement respectée, femme inspirante engagée également dans la vie publique et dans le soutien à l’Ukraine, la « Dame atomique » comme elle était parfois surnommée, a dirigé pendant un quart de siècle l’institution qui veille au contrôle des activités nucléaires civiles en Tchéquie.

« Disparition de l’Atomic Lady qui surveillait la sécurité de Dukovany et de Temelín » a titré, lundi soir, le journal en ligne Ekonomické noviny. Dana Drábová, morte subitement en début de semaine, était non seulement chargée du contrôle des deux centrales nucléaires tchèques, mais également de celle de Fukushima, après avoir été nommée, en 2016, conseillère internationale du gouvernement japonais pour la réglementation nucléaire.

L’explosion de la centrale de Tchernobyl | Photo: /IAEA ImagebankWikimedia Commons,  CC BY-SA 2.0

Ingénieure nucléaire formée, au début des années 1980, à l’Université polytechnique de Prague (ČVUT), Dana Drábová s’est spécialisée, dès le début de sa carrière, dans les  risques liés aux rayonnements – un domaine quelque peu occulté dans la Tchécoslovaquie socialiste, jusqu’à l’explosion de la centrale de Tchernobyl, le 26 avril 1986. Dans les interviews, Dana Drábová revenait souvent sur ce moment crucial qui allait marquer toute sa vie professionnelle : l’ingénieure a alors intégré l’équipe qui surveillait la situation dans l’ancienne Tchécoslovaquie, mesurait les retombées radioactives et évaluait les risques.

Cette mission, qu’elle a toujours considérée comme extrêmement importante et tout aussi passionnante, elle allait l’accomplir jusqu’à la fin de sa vie, notamment en tant que présidente de l’Office national pour la sûreté nucléaire (Státní úřad pro jadernou bezpečnost - SÚJB), fonction qu’elle a exercée depuis 1999.

Dana Drábová | Photo: David Veis,  ČTK

« Les gouvernements, les Premiers ministres et les chefs de l’État se sont succédés, mais la présidente de l’autorité nucléaire est restée la même, telle une personnalité en vue, énergique, intransigeante, déterminée et hautement qualifiée. Exactement le genre de personne que l’on souhaite voir occuper un tel poste », remarque le journal Deník N.

« Elle a fait un travail exceptionnel pour la sécurité du pays », a indiqué le président de la République Petr Pavel, une des nombreuses personnalités du monde politique, économique et culturel qui ont rendu hommage à Dana Drábová dès l’annonce de sa mort. Elles ont rappelé sa capacité à populariser l’énergie nucléaire, c’est-à-dire de faire comprendre au grand public ses avantages et risques. Reconnaissable à sa voix unique, toujours sincère, ouverte aux autres et dotée d’un vif sens de l’humour, Dana Drábová a su marier son engagement de scientifique à celui de citoyenne engagée, active dans la politique communale et dans la vie publique : « elle était ce genre de personne qui sait calmer et rendre plus corrects les débats houleux », peut-on lire sur le site de l’hebdomadaire Respekt.

Petr Pavel et Dana Drábová | Photo: Zuzana Bönisch,  Bureau du Président de la République tchèque

Si Dana Drábová s’expliquait dans les médias de plus en plus fréquemment sur les défis de l’énergie nucléaire dans le contexte de la politique internationale, c’est la situation de l’Ukraine agressée par la Russie qui lui tenait particulièrement à cœur.

Dana Drábová | Photo:  Agáta Nezbedová,  ČRo

« Le fait que les Russes aient volé la centrale nucléaire de Zaporijia constitue une violation flagrante de tous les principes du droit international et de toutes les conventions. Si on les laisse faire, alors n’importe qui dans le monde qui aura suffisamment de force et de moyens pourra tout se permettre », s’était-elle encore indignée en mars dernier, au micro de la Radio tchèque. Depuis l’occupation de la centrale nucléaire ukrainienne par les forces russes, en mars 2022, Dana Drábová ne manquait pas d’assurer, tous les matins, sur le réseau X, que le niveau de radiation en Ukraine « restait inchangé ». En novembre dernier, l’auteure de ces messages réguliers constatait avec amertume :

« Malheureusement, ils sont toujours d’actualité. Je ne pensais pas les écrire aussi longtemps. Je pensais que la Russie finirait par être évincée, mais apparemment, j’étais naïve. Je me dis que je continuerai tant que cela ne sera pas le cas. »

Désormais, on peut lire sur le profil de Dana Drábová que « le niveau de radiation en Ukraine est à consulter sur le site de l’Office national pour la sûreté nucléaire ». Les médias ont remarqué que, sans sa présidente, l’autorité sera confrontée à des défis majeurs : dans les années à venir, elle devra notamment délivrer des licences pour deux grands réacteurs nucléaires coréens à Dukovany et pour un réacteur modulaire à la centrale de Temelín.