La fascinante vie sous terre à découvrir à la galerie PLATO d’Ostrava
Les anciens abattoirs de la ville industrielle d’Ostrava abritent depuis 2022 PLATO, l’une des principales galeries d’art contemporain en Tchéquie. Installée dans plusieurs endroits de la ville auparavant, ce haut lieu de la culture vivante de la Moravie-Silésie célèbre en fait déjà ses dix ans d’existence : pour marquer cet anniversaire, PLATO a ouvert une grande exposition intitulée « Le sol et ses amis » (« Půda a přátelé »). Jusqu’au 13 septembre prochain, une trentaine d’artistes de différentes nationalités investissent les lieux pour explorer le rapport de l’homme à la nature et en particulier au sol et aux espèces végétales et animales qui y vivent.
Quel son émet le sol ? L’artiste et écologiste suisse Marcus Maeder présente, à la galerie PLATO, son projet inédit « Sounding Soil ». En s’intéressant à la manière dont les arbres des Alpes résistent à la sécheresse et réagissent aux changements climatiques en général, il a planté, un peu par hasard, son micro hypersensible dans le sol, pour découvrir que, contrairement à ce que l’on pourrait penser, le monde sous nos pieds est loin d’être silencieux. Grâce à ce projet, des scientifiques étudient cet univers sonore souterrain jusqu’ici inconnu et tout aussi intéressant que, par exemple, celui des océans.
« Sounding Soil un projet international, dans la mesure où tout un chacun peut contacter cette équipe scientifique, emprunter un micro spécial et enregistrer le son du monde souterrain dans son pays respectif. A partir de ces enregistrements, on constitue une base de données sonores qui fait l’objet de recherches approfondies », explique Edith Jeřábková, l’une des deux commissaires de l’exposition, organisée en collaboration avec le centre polonais d’art contemporain Zamek Ujazdowski à Varsovie. Elle ajoute :
« Par cette exposition, nous voulions attirer l’attention sur le monde souterrain inconnu et négligé : le sol n’est pas là uniquement pour être exploité et pour nous nourrir. C’est un lieu plein de vie. Nous devrions le connaître et le respecter, nous tourner aussi vers l’agriculture régénérative. (…) Nous présentons beaucoup de vidéos, donc il est possible de passer pas mal de temps à la galerie ou de venir plusieurs fois. Je voudrais attirer l’attention par exemple sur l’œuvre de l’artiste tchèque Denisa Langrová. Elle a mené un dialogue fictif avec le microbiologiste australien Walter Jehne qui nous sert, en quelque sorte, de guide dans cette exposition. Il explique très bien pourquoi il est important de prendre soin du sol qui, entre autres, refroidit notre planète. Si l’on traite bien le sol, on peut résoudre de nombreux problèmes, écologiques, mais aussi politiques et sociaux, liés au changement climatique. »
« Les artistes qui nous accompagnent lors de cette découverte passionnante de l’univers souterrain sont, eux-aussi, un peu comme les organismes qui y vivent », estime la commissaire polonaise de l’exposition Marianna Dobkowska.
« Ils s’engagent dans des processus à long terme comportant des phases invisibles. Ce travail aboutit parfois à des collaborations inattendues. Tout cela se reflète dans leurs œuvres. Personnellement, j’aime beaucoup celle de l’artiste polonaise Ewelina Węgiel qui se cache au fond d’une salle obscure. C’est une œuvre audiovisuelle, avec une projection vidéo sur trois écrans et le son à écouter avec un casque, qui nous fait découvrir le sous-sol de l’escarpement de la Vistule à Varsovie. »
La photographe Yana Kononova s’intéresse aux tourbières dans la partie centrale de l’Ukraine, tandis que l’artiste et jardinière tchèque Barbora Lounová étudie la symbolique des fleurs dans des cultures différentes et notamment au sein des communautés LGBTQ+. Dans sa vidéo, l’artiste néerlandais Yoeri Guépin nous présente sa grand-mère qui a pratiqué, dès la fin des années 1940, l’agriculture biodynamique, étant l’une des pionnières de ce mouvement aux Pays-Bas.
D’autres artistes encore ont installé leurs œuvres dans l’immense bâtiment des anciens abattoirs d’Ostrava, dont la transformation a figuré, en 2024, en tant que premier projet tchèque, parmi les finalistes du prestigieux concours d’architecture contemporaine de l’Union européenne – le Prix Mies van der Rohe. Marek Pokorný est le directeur de la galerie PLATO. Quand on lui demande ce qu’il aime le plus dans cette ancienne friche industrielle construite en briques rouges, sa réponse ne surprend pas vraiment :
« Le jardin ! C’est un jardin en permaculture, dont nous nous occupons nous-mêmes et qui, d’une part, fait contrepoids à cet espace d’exposition plutôt classique, et d’autre part, parvient en quelque sorte à s’immiscer dans ce bâtiment. »
« Notre galerie a donc été fondée il y a dix ans, parce qu’Ostrava, la troisième ville du pays, n’avait pas de centre d’art contemporain digne de ce nom, comme on en trouve à Brno ou dans d’autres grandes villes du pays. Pourtant, la scène artistique locale a été très intéressante, notamment dans les années 1980 et 1990. (…) Aujourd’hui, nous sommes une galerie renommée, une référence en Tchéquie, mais aussi en Europe. Le pays avec lequel nous collaborons le plus est évidemment la Pologne. Les touristes polonais viennent en nombre chez nous. Mais nous avons aussi des projets communs avec Le Magasin - Centre national d’Art Contemporain de Grenoble ou avec le centre Spike Island de Bristol. »
Plusieurs événements vont accompagner l’exposition « Le sol et ses amis », notamment une conférence internationale organisée à la mi-mai, ou encore une nuit blanche prévue pour le grand public du 20 au 21 juin prochain.











