La langue tchèque, une espèce en voie de disparition ?

La Journée internationale de la langue maternelle organisée par l’UNESCO est une occasion pour les spécialistes et le large public de se pencher sur la langue, cet instrument précieux et irremplaçable de communication et de connaissance du monde. Sommes-nous assez attentifs à cet instrument, savons-nous le cultiver et le protéger efficacement contre les dangers qui le menacent dans le monde médiatisé ? Ces questions et encore beaucoup d’autres ont été évoquées lors d’un séminaire intitulé « Avons-nous besoin de la langue tchèque ? » qui est organisé à cette occasion par l’Académie des Sciences.

Tous les jours la langue tchèque est blessée et maltraitée d’innombrables manières. On s’exprime de façon confuse et triviale. Les mots sont souvent déformés. Le parler des gens est envahi par des vulgarismes et des mots étrangers. La prononciation est négligée. Et cette situation est encore aggravée par les médias qui ont renoncé à leur rôle de cultivateurs de la langue. Quelle sera, dans ces circonstances, l’évolution de la langue tchèque? Le linguiste Jiří Kraus de l’Université Charles refuse les scénarios trop pessimistes :

« L’évolution de la langue est continue et ininterrompue. De temps en temps nous sommes étonnés d’entendre un nouveau mot, une nouvelle locution, mais au fond la langue garde sa continuité et cette continuité perdurera. Je crois ne pas être d’un optimisme exagéré. Mon opinion est justifiée non seulement par l’histoire de la langue tchèque mais aussi par son évolution actuelle. »

Evidemment Jiří Kraus ne peut pas ne pas voir qu’une partie du vocabulaire tchèque tombe en désuétude et devient même incompréhensible aux jeunes.

« Il y a des mots considérés comme courants par la génération des gens d’un certain âge, qui deviennent aujourd’hui très rares. La connaissance des mots dépend beaucoup de nos lectures. La tradition de lecture est probablement très importante. »

Helena Illnerová
L’ancienne présidente de l’Académie des Science tchèque Helena Illnerová voit un autre danger qui menace les langues de petits peuples dans l’omniprésente langue anglaise :

« Il nous vient des mots que personne ne cherche plus à traduire en tchèque. Il faut tenir compte du fait que les étudiants écriront de plus en plus souvent leurs articles, leurs essais et leurs comptes-rendus en anglais. C’est en anglais qu’on rédige des demandes de moyens financiers et de subventions. Tout finit par être exprimé en anglais. Peut-être un jour regretterons-nous d’avoir perdu la langue de spécialité tchèque. »

Une fois par an, la Journée de la langue maternelle nous aide donc à prendre conscience du fait que rien ne nous est donné pour toujours, rien n’est définitif, pas même la langue maternelle. Si nous voulons la garder nous devons la soigner, la protéger et la cultiver. Ce n’est que ce de cette façon qu’elle pourra échapper au sort des espèces disparues.