La ‘pornomáma’ ukrainienne risque d’être expulsée

Anastazia Hagen, photo: Alexey Ponomarev

Les médias tchèques l’ont affublée du surnom peu flatteur de ‘pornomáma’. Anastazia Hagen est une ancienne actrice pornographique ukrainienne. Poursuivie dans son pays pour « propagation d’un contenu érotique », elle s’est réfugiée en République tchèque il y a plus de deux ans. La Cour suprême tchèque vient néanmoins de lui signifier lundi dernier qu’elle n’accepte pas sa demande d’asile et la jeune femme devrait donc quitter le territoire tchèque avant le 27 août. Une décision qui met en péril l’avenir de cette mère ainsi que de ses trois fils.

Anastazia Hagen, photo: Alekseï Ponomarev
Anastazia Hagen, à l’origine Hrysaj, a commencé sa carrière d’actrice pornographique en République tchèque. C’est au même endroit qu’elle a trouvé refuge face à l’acharnement des autorités ukrainiennes. A l’aide d’un visa touristique, elle est entrée sur le sol tchèque en janvier 2011, enceinte et accompagnée de ses deux premiers enfants. Poursuivie dans son pays natal pour « propagation d’un contenu érotique », elle est menacée d’une peine de trois mois à trois ans de prison. Ses avocats ont pourtant souvent dénoncé le caractère informel de l’enquête en Ukraine, basée sur une lettre de cinq députés, et la violation claire de la présomption d’innocence.

Cette jeune femme de 27 ans a déjà demandé à plusieurs reprises l’asile aux autorités tchèques, qui ont toujours répondu par la négative. En mars dernier, elle s’est tournée vers la justice et a donc déposé plainte auprès de la Cour suprême tchèque. Elle explique sa démarche:

La Cour suprême, photo: Archives de la police
« Je n’aurais pas assez de justificatifs pour obtenir l’asile selon la loi, j’ai déjà essuyé deux refus de la part du ministère de l’Intérieur mais je ne peux pas demander l’asile dans un autre pays, je n’ai qu’une possibilité. »

La Cour suprême a rendu son verdict la semaine dernière en rejetant cette demande d’asile pour l’ancienne actrice pornographique et ses trois enfants puisque Anastazia Hagen ne disposerait pas des justifications nécessaires pour expliquer son besoin de protection. Un visa de sortie de trente jours lui a par ailleurs été accordé ce lundi. L’Ukrainienne a réagi amèrement à l’annonce, elle qui ne s’était plus exprimée publiquement depuis l’hiver dernier :

Nymburk, photo: Zdeněk Fiedler, CC BY-SA 3.0
« Je veux rester en République tchèque. Je me sens bien ici et les enfants aussi. Je ne travaille plus dans la pornographie depuis plus de deux ans. Je n’aime pas cette industrie et cela ne m’intéresse pas de continuer. »

Anastazia Hagen vit aujourd’hui dans une petite maison à Nymburk, une petite ville à une cinquantaine de kilomètres à l’est de Prague. A l’heure actuelle, cette jeune femme se trouve dans une situation financière difficile puisqu’elle ne peut pas travailler en tant que demandeur d’asile. Son mari vit en Russie et ne peut obtenir l’autorisation d’un séjour long pour rejoindre sa famille en République tchèque. Quant à la possibilité de s’envoler vers la Russie, l’ancienne actrice ne le souhaite pas, craignant que l’Ukraine réclame son extradition.

L’ambassade d’Ukraine, photo: Google Street View
Elle s’inquiète surtout pour ses enfants qui pourraient être placés en maison d’accueil si elle venait à être arrêtée. A la manière des Femen, la jeune mère était apparue seins nus devant le siège de la Chambre des députés tchèque en janvier dernier, avec son petit dernier Erik dans les bras. Elle revient sur la problématique liée à son fils cadet :

« Sur ses documents d’identité, il n’a aucune citoyenneté. Il est né ici en République tchèque, mais je ne l’ai pas déclaré au registre de l’ambassade d’Ukraine car cette dernière veut m’ôter mes enfants. Je ne veux pas qu’Erik soit rajouté sur la liste. Il pourrait obtenir la citoyenneté russe, puisque mon mari est russe, mais c’est très difficile de l’avoir pour un enfant né en République tchèque, lorsque son père n’a pas même le droit de résidence en dehors du visa touristique. »

Anastazia Hagen, photo: Alekseï Ponomarev
Pour rester en République tchèque, Anastazia Hagen doit désormais déposer une demande de permis de séjour permanent, une procédure spéciale qui prend généralement en compte l’intérêt des mineurs, et une autre requête d’indulgence afin de pouvoir attendre la décision dans son pays d’accueil. Soucieuse de mener une nouvelle vie, elle voudrait retourner à l’université, devenir photographe ou créer un centre pour enfants. Reste à savoir dans quel pays.

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