La première élection présidentielle à scrutin direct se heurte déjà à des dysfonctionnements

Tomio Okamura, Jana Bobošíková et Vladimír Dlouhý, foto: ČTK

La République tchèque va-t-elle connaître une vacance du pouvoir à la fin du mandat de Václav Klaus ? Si la question reste pour l’heure sans réponse, c’est néanmoins un scénario plausible suite à l’exclusion, vendredi, de trois candidats à la première élection présidentielle au suffrage universel direct. Ces candidats envisagent cependant sérieusement de faire appel de cette décision.

Tomio Okamura, Jana Bobošíková et Vladimír Dlouhý, foto: ČTK
Jana Bobošíková, Tomio Okamura et Vladimír Dlouhý : tels sont les noms des trois candidats éliminés de la course à la présidentielle par le ministère de l’Intérieur, chargé de contrôler les pétitions rassemblant les signatures nécessaires à leur participation à ce scrutin. Selon le ministère de l’Intérieur, les trois aspirants à la plus haute fonction de l’Etat n’ont pas réussi à réunir un nombre suffisant de signatures identifiables de supporteurs de leurs candidatures. Bien qu’ayant présenté au ministère de l’Intérieur des listes comportant plus de 50 000 signatures, les organes de contrôle y ont trouvé un nombre trop élevé de signatures qui n’étaient pas identifiables.

L’homme d’affaires Vladimír Dlouhý a fait savoir dès vendredi qu’il allait faire appel de la décision auprès de la Cour administrative suprême, de même que le séanteur Tomio Okamura ce lundi. La présidente du parti Suverenita, Jana Bobošíková a annoncé quant à elle avoir déposé auprès du ministère une demande de rectification des « erreurs évidentes » lors du décompte des signatures apposées sous sa pétition. Du côté des analystes politiques, on observe cette agitation avec un certain désabusement, comme un énième rebondissement au sein d’un monde politique décrédibilisé. Jiří Pehe, politologue :

Jiří Pehe, photo: Archives de ČRo
« J’ai bien peur que la situation dans laquelle nous sommes aujourd’hui soit honteuse. Bâcler cette loi sur laquelle sont braqués les regards du public et de l’étranger, c’est vraiment quelque chose qui dépasse les bornes sur la scène politique tchèque. Et malheureusement, c’est une habitude. Les législateurs préparent fréquemment des lois qui sont retravaillées plus tard, ou carrément envoyées directement à la Cour constitutionnelle. Dans le cas présent, ils auraient dû faire davantage attention. J’ai bien peur qu’en raison de cette loi mal préparée, l’élection présidentielle soit reportée de quelques semaines voire quelques mois. »

Si, pour l’heure, la plainte de Vladimír Dlouhý n’a été déposée qu’à la Cour administrative suprême, d’aucuns craignent un retard encore plus important du processus, dans le cas du lancement d’une procédure auprès de la Cour constitutionnelle. On écoute la sénatrice indépendante Eliška Wagnerová, ancienne vice-présidente de la plus haute instance de justice en République tchèque :

Eliška Wagnerová, photo: ČTK
« Si un candidat portait plainte auprès de la Cour constitutionnelle, j’aurais du mal à imaginer que l’on puisse continuer de manière légitime tout le processus électoral. »

Du côté du ministère de l’Intérieur, on réfute les accusations de manipulation ou d’erreurs lors du décompte des signatures. Certains experts pointent du doigt la méthodologie utilisée à cet effet. Derrière les critiques multiples qui fusent face à ce qui, une fois de plus, s’avère être un fiasco en termes de fiabilité du système politique, nombreuses sont les voix qui s’élèvent pour critiquer le principe même du changement du système d’élection du président de la République, autrefois élu par le Parlement. On écoute le politologue Bohumil Doležal :

Bohumil Doležal, photo: Matěj Pálka, ČRo
« Il y a un problème concret dans cette loi : c’est que le soutien des signataires des pétitions est dans une large mesure virtuel. La seule chose qui est vérifiée, c’est si les personnes qui ont apposé leur signature existent réellement, et les personnes qui ont collecté les signatures ne peuvent pas le contrôler elles-mêmes. Le problème, c’est que cette loi existe et que le processus électoral est enclenché. Ce qui va être examiné par la Cour administrative suprême, c’est si tout s’est déroulé conformément à la loi. Je ne vois pas de raison qu’il n’en soit pas ainsi. Le fond de la question reste toutefois : cette élection à scrutin direct était-elle vraiment utile ? Est-ce une meilleure solution que le système précédent ? »

En attendant les arrêts de la Cour administrative suprême, le premier tour des élections présidentielles est toujours fixé aux 11 et 12 janvier prochains. Jusqu’à nouvel ordre…