La Tchéquie envisage de se retirer du traité d’interdiction des mines antipersonnel
A l’instar de cinq pays européens qui ont déjà acté leur décision, la Tchéquie aussi pourrait elle aussi se retirer de la convention d’Ottawa sur l’interdiction des mines antipersonnel et de celle sur les armes à sous-munitions, auxquelles elle adhère pourtant depuis plusieurs années. En toile de fond : l’agression de la Russie contre l’Ukraine.
Fin juin, l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie ont déposé auprès du siège de l’ONU leur demande de retrait de la Convention sur l’interdiction des mines antipersonnel de 1997, une procédure qui devrait aboutir dans six mois. Début juin, les députés finlandais et polonais ont approuvé des propositions relatives à ce même retrait, et début juillet, l’Ukraine a également annoncé faire de même. Les cinq Etats membres de l’Union européenne qui ont fait ce choix l’ont justifié avant tout par les préoccupation sécuritaires suscitées par l’invasion de l’Ukraine par la Russie et les menaces non-dissimulées que celle-ci faisait planer sur leur territoire.
C’est justement un des arguments avancés par la Tchéquie que relève le commentateur Martin Fendrych pour la Radio tchèque) :
« Le fait que nous devions aujourd’hui nous retirer de certaines conventions est la faute – terrible – de la Russie. La Russie nous a fait reculer de plusieurs décennies, et nous a plongés dans une époque où l’on se bat, où l’on tue, où l’on doit réfléchir à la manière d’arrêter une force armée, une force vive qui déferle sur nous. »
Car depuis quelques mois la rumeur bruissait que Prague pourrait suivre l’exemple des pays baltes et de son voisin polonais : pourtant, cela fait plus de 25 ans que la Tchéquie a ratifié la Convention d’Ottawa sur l’interdiction des mines antipersonnel et plus de 15 ans celle sur l’interdiction des armes à sous-munitions. Un changement de perspective confirmé fin août au quotidien Deník N par le Premier ministre Petr Fiala (Spolu) qui expliquait que « les deux conventions ont été adoptées en des temps meilleurs et avec de bonnes intentions. »
Le conseiller du gouvernement pour la sécurité nationale, Tomáš Pojar, partage le même point de vue. Il souligne que « la situation sécuritaire dans le monde et en Europe a fondamentalement changé depuis la signature de ces traités, et la Tchéquie et ses alliés doivent commencer à utiliser ces moyens pour se défendre contre la Russie » tout en rappelant que des pays clés comme les Etats-Unis, la Chine ou la Russie n’ont jamais signé ces conventions. Or, depuis le 24 février 2022, Moscou a tout particulièrement misé sur ce type d’explosifs, ce qui fait de l’Ukraine l’un des pays les plus contaminés par les mines antipersonnel au monde.
Les mines antipersonnel sont conçues de telle façon qu’elles explosent en réponse à la présence, à la proximité ou au contact d’une personne. La raison principale qui prévalait à leur interdiction est qu’elles sont des armes indiscriminées qui ne peuvent pas faire la distinction entre soldats et civils. Ainsi, les mines non explosées représentent un danger à long terme, jusqu’à leur déminage et leur destruction. Des pays comme le Vietnam ou le Cambodge en savent quelque chose, eux qui, malgré un déminage intensif depuis des décennies, continuent d’avoir des centaines de km2 de territoire habité, affecté par la présence de mines et qui ne cessent, encore à ce jour, de faire des victimes.
Le 16 juin dernier, le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a déclaré qu’il était « profondément préoccupé » par les retraits du traité par différents pays, qualifiant cette action de « particulièrement inquiétante, car elle risque d’affaiblir la protection des civils et de compromettre deux décennies d’un cadre normatif qui a sauvé d’innombrables vies ».
Interrogé par la Radio tchèque, Milan Mikulecký, expert en questions sécuritaires, considère que ce retrait du traité est nécessaire : « Il faut réintroduire les mines dans notre arsenal afin de pouvoir soutenir nos alliés sur le flanc Est, ou sur n’importe quelle flanc de l’OTAN, où quelqu’un serait attaqué », mentionnant les Etats baltes et la Finlande. La question de la réintroduction des mines antipersonnel concerne aussi leur commerce, alors qu’en tant que signataire, la Tchéquie, pays à l’importante industrie de défense, n’a pas le droit actuellement d’en produire. « Si nous en fournissons à des pays comme l’Ukraine, par exemple, ce sera probablement une bonne chose. La Tchéquie veillera certainement à ne pas les fournir à des pays à risque, où leur utilisation pourrait être contraire aux réglementations et mettre en danger des civils », souligne encore l’analyste.
Reste à savoir dans quelle mesure cette position actuelle du gouvernement sera mise en œuvre : ces déclarations du Premier ministre et du conseiller pour la sécurité nationale interviennent finalement peu de temps avant les élections législatives d’octobre, donc dans un contexte où la campagne électorale de l’opposition a en grande partie été basée sur des promesses d’arrêt de livraisons d’armement à l’Ukraine.






