Munitions pour l’Ukraine : après deux années de succès, une initiative tchèque qui bat de l’aile
Avant de s’envoler pour l’Estonie, où il effectue ces mercredi et jeudi une visite essentiellement consacrée à la sécurité en Europe et à la menace russe à laquelle sont plus particulièrement confrontés les pays baltes, le président tchèque, Petr Pavel, s’est exprimé sur l’état de fonctionnement de l’initiative administrée par la République tchèque visant à fournir des munitions à l’armée ukrainienne.
Un pays qui « est pour nous une source d’inspiration à bien des égards ». Avant même de prendre la direction de Tallinn, c’est en ces termes que Petr Pavel a évoqué l’Estonie, où, accompagné des représentants de quelque trente-cinq entreprises, il est le premier président tchèque à effectuer une visite depuis vingt ans.
Qu’il s’agisse de la numérisation de l’administration publique, de la modernisation du système éducatif ou encore de son avancement en matière de cybersécurité, le plus septentrional des trois pays baltes, qui partage près de 340 kilomètres de frontière avec la Russie, serait donc, selon lui, un modèle à suivre pour la République tchèque.
Alors qu’ils sont régulièrement confrontés à divers types d’attaques hybrides, provocations dans l’espace aérien et autres survols de drones, Petr Pavel a également rappelé que l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie, anciennes Républiques soviétiques, étaient les membres de l’OTAN les plus exposés à la menace russe et que les trois pays comptaient non seulement parmi ceux qui soutiennent sans réserve l’Ukraine mais qui, aussi, plaident en faveur d’une augmentation des dépenses de défense afin que celles-ci correspondent aux besoins réels.
Et si l’on s’en tient aux déclarations qu’il a également faites devant les médias à Prague mardi au sujet de l’initiative administrée par Prague visant à acheter et à fournir des obus pour aider l’armée ukrainienne à faire face à la pénurie matérielle à laquelle elle est confrontée sur le front, on ne peut pas en dire autant de la République tchèque.
Une initiative « vitale » mais sans argent tchèque
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Quelques heures plus tôt dans la journée de mardi, le sujet est revenu sur la table après que le quotidien britannique Financial Times, s’appuyant sur des propos de Petr Pavel, a publié l’information selon laquelle le nombre de pays qui participent à cette initiative dite « tchèque » depuis son lancement en 2024 avait diminué de moitié en l’espace de quelques mois, passant de dix-huit encore l’année dernière à neuf actuellement.
En février dernier, le chef de l’État avait indiqué qu’en l’espace de deux ans, cette initiative, qu’il avait alors qualifiée de « vitale », avait permis de livrer quelque 4,4 millions d’obus de différents calibres à l’Ukraine, notamment grâce aux quelque quatre milliards d’euros versés par les pays donateurs, parmi lesquels figurent notamment le Danemark, les Pays-Bas ou l’Allemagne.
Selon le président tchèque, si l’initiative continue de suivre son cours, cette baisse du nombre de contributeurs n’en constitue pas moins une source de nouvelles difficultés. Et si le retrait de certains d’entre eux s’expliquent par les actions bilatérales qu’ils mènent désormais de leur côté pour venir en aide à l’Ukraine, comme dans le cas de l’Estonie qu’il a une fois encore citée en exemple, toujours selon Petr Pavel, le fait que la République tchèque, en tant qu’organisatrice et coordinatrice, ait cessé de la financer, conformément à ce qu’avait annoncé son Premier ministre Andrej Babiš en début d’année à Paris lors d’une réunion de la Coalition des pays volontaires, nuit forcément au succès de l’initiative et à l’intérêt porté à celle-ci :
« Les pays qui jusqu’alors avaient supporté le plus gros de la charge (financière) se sont logiquement demandé pourquoi ils devaient continuer à être les seuls à le faire. Et cela concerne aussi un peu la République tchèque, car même si nous continuons à en assurer la gestion et à apporter notre savoir-faire à l’ensemble de l’initiative, nous n’y contribuons pas nous-mêmes, et ce n’est là certainement pas un bon signal que nous envoyons aux autres pays. »
Pour autant, l’initiative tchèque pourrait permettre d’atteindre pour 2026, en termes de livraisons à l’Ukraine, des chiffres sensiblement équivalents à ceux de l’année dernière. À ce jour, selon le ministère de la Défense, les contrats déjà signés couvrent le financement d’un peu plus d’un million de pièces de munitions de gros calibre.








