Le 150e anniversaire de la naissance de Charlotte Garrigue Masaryk

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Une exposition intitulée Madame Masaryk vient d'être inaugurée au palais Lobkowicz, au Château de Prague. Elle rend hommage à Charlotte Garrigue Masaryk, épouse du premier président tchécoslovaque, à l'occasion du 150e anniversaire de sa naissance.

Charlotte Garrigue Masaryk occupait une place importante dans la vie du premier président tchécoslovaque. Elle était son partenaire égale en droits, son premier juge et critique, son conseiller. Elle était un chef de famille respectable, femme active dans la vie publique, fondatrice et membre de plusieurs associations féminines. Charlotte Garrigue a été quelqu'un à travers qui, son mari a compris la question féminine.

L'exposition, installée à la chapelle du palais Lobkowicz, n'est pas grande par ses dimensions, mais par son contenu. Elle ne présente pas les objets matériels qui ne se sont d'ailleurs pas conservés. Elle nous familiarise avec le riche matériel écrit provenant des fonds personnels de la famille Masaryk, qui témoigne de l'accent mis sur la famille: les photos de tous ses membres, la correspondance familiale soigneusement numérotée, les journaux de Madame Masaryk... Parmi les objets les plus intimes et les plus touchants qu'on peut voir à cette exposition, il y a une lettre du fils des Masaryk, Herbert, décédé jeune, dans laquelle il laisse une petite clé de "ses affaires" pour sa fille Anne... On y trouve les recettes de cuisine gardées par Charlotte pour sa fille Eleanor, morte elle-aussi prématurément...

Qui était Charlotte Garrigue? Elle est née le 20 novembre 1850 à Brooklyn, aux Etats-Unis, comme le troisième enfant de Rudolf et Charlotte Lydie Garrigue. Son père, fondateur d'une caisse d'assurance, Germanie, devenue l'une des plus grandes en Amérique, était descendant des capétiens. La ligne de sa mère menait aux "pèlerins" du navire anglais Mayflower parti, au 17e siècle, vers l'Amérique.

Charlotte a été élevée dans l'esprit unitaire, elle croyait en un seul Dieu. Elle mettait l'accent sur la raison critique et la moralité. Elle était fine, conséquente et exacte, douée pour la musique et les mathématiques. Dans les années 1870 - 1871, elle a fait des études au conservatoire de Leipzig. Des exercices excessifs lui ont endommagé la main et elle devait renoncer à la carrière de pianiste professionnelle. En 1877, lors d'un séjour à Leipzig, elle a fait la connaissance du jeune philosophe Tomas Masaryk qui logeait dans la même pension. Ils se sont liés d'amitié, lisaient ensemble des livres, surtout celui de De l'assujettissement des femmes du philosophe britannique John Mill. Leur amitié a culminé en août 1877 par les fiançailles. Le mariage a été célébré le 15 mars 1878, à New York. Tomas Masaryk a pris, depuis, le nom de sa femme - Garrigue.

Les époux Masaryk sont partis ensuite à Vienne où Masaryk voulait terminer sa thèse de maître de conférences pour pouvoir assurer les moyens de la famille. En mai 1879, est née la fille Alice, un an plus tard le fils Herbert. En 1882, les Masaryk ont déménagé à Prague où Tomas Garrigue a obtenu le poste de professeur à l'Université tchèque de Prague. A Prague, Charlotte se sentait mieux qu'à Vienne. Elle a appris le tchèque et elle disait: je suis Tchèque. En 1886, est né le fils Jan, en 1890, la fille Eleanor, mais qui est morte encore enfant, et, en 1891, est venue au monde leur dernière fille, Olga. Chez les Masaryk, un grand accent était mis sur l'enseignement et l'éducation physique. Les enfants apprenaient les langues, pratiquaient des sports, jouaient du piano, voyageaient.

Charlotte Masaryk a été une femme érudite, avec de grandes connaissances de la littérature, des belles-lettres ainsi que des ouvrages scientifiques. Shakespeare et Goethe étaient ses auteurs préférés. Elle était, elle-même, l?auteur de plusieurs travaux littéraires. En 1882, elle a écrit une série d'articles sur la Bohême pour le journal new-yorkais The Sun. Plus tard, elle a publié les articles sur le compositeur Bedrich Smetana dans la revue Nase doba - Notre temps. Elle considérait Smetana comme le meilleur compositeur tchèque et elle était grande promotrice de son oeuvre. En 1904, elle a fait prévaloir l'introduction de son 2e quatuor à cordes. Elle a rédigé aussi quelques notes sur Beethoven. Elle a participé à la traduction en tchèque de De l'assujettissement des femmes. Ses articles pour les journaux étaient écrits au genre masculin et signés par le paraphe Ch.

De la même façon qu'elle défendait l'égalité en droits entre les époux, elle défendait l'égalité en droits entre les hommes. Son credo était d'aider les plus nécessiteux, les plus pauvres. N'étant pas membre du Parti réaliste de Masaryk, elle a adhéré, en 1905, à la social-démocratie, estimant que ce parti pouvait aider le mieux à éliminer la pauvreté et assurer l'égalité en droits des femmes. Elle était membre de mouvements féminins, dont le Club américain de dames. Elle était aussi membre du mouvement d'éducation physique, Sokol.

Charlotte Garrigue a été, nous l'avons dit, une partenaire égale en droits de son mari, son grand aide dans des activités politiques et publiques. La période la plus difficile dans la vie de Charlotte, c'était la Première Guerre mondiale. Son mari, avec la fille Olga, est resté en exil et il est devenu, pour la monarchie autrichienne, un traître à la patrie. Le fils Jan a été envoyé au front, Herbert est mort des suites d'une typhoïde, Alice a été arrêtée et emprisonnée. Charlotte a été, elle aussi, interrogée et poursuivie par la police. Son état psychique s'est aggravé au point qu'elle a passé la dernière période de la guerre dans un sanatorium à Veleslavin. Après la guerre, son état de santé ne lui permettait plus d'accomplir le rôle de la première dame. C'est sa fille, Alice, qui l'a remplacée. Sa santé allait en se dégradant. Le 1er mai 1923, Charlotte Masaryk a été frappée d'une apoplexie et elle est décédée le 13 mai 1923. Elle est inhumée au cimetière de Lany.