Le 380e anniversaire de la bataille de la Montagne Blanche

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Le 8 novembre, 380 années se sont écoulées depuis la bataille de la Montagne Blanche, la première bataille de la guerre de Trente Ans, qui a mis un terme aux efforts des protestants de Bohême de s'affranchir des Habsbourg...

La bataille de la Montagne Blanche, une colline faisant aujourd'hui partie de la grande banlieue ouest de Prague, a été livrée le 8 novembre 1620, par les états tchèques et les armées impériales habsbourgeoises. Les états tchèques ont essuyé une défaite totale et c'est à partir de ce moment que les Tchèques allaient perdre, pour les 300 ans à venir, leur indépendance. En plus de cela, la bataille de la Montagne Blanche aura marqué un tournant à l'échelle de toute l'Europe centrale, étant la première bataille de la guerre de Trente Ans, lors de laquelle, le Saint Empire romain germanique est tombé en ruines. Ce n'est point un hasard que les hostilités aient été déclenchées par la fameuse Défenestration de Prague, car les pays de la Couronne tchèque occupaient une place importante sur la carte de l'Europe d'alors. Ils réunissaient cinq territoires importants, prospères, à haute densité de la population: le royaume tchèque, la Moravie, la Silésie, la Basse et la Haute Lusace. Avec ses 3 millions et demi d'habitants, les pays de la couronne tchèque totalisaient 3,5% de la population européenne, soit un pourcentage beaucoup plus important, comparé à l'état actuel. Riches au point de vue économique, les pays tchèques étaient cependant faibles politiquement. Leur annexion à l'empire habsbourgeois date de 1526: en cette année-là, le roi Louis II a trouvé la mort dans la bataille de Mayence et le trône de Bohême revint au duc autrichien, Ferdinand de Habsbourg. On croyait réunir ainsi les forces, pour mieux résister à l'offensive turque.

Au sein de cette monarchie habsbourgeoise multinationale, regroupant, au point de vue des nationalités, Allemands, Tchèques, Polonais, Serbes de Lusace, Slovaques, Hongrois, Roumains et Italiens, le pouvoir du souverain visait une centralisation étatique et une Contre-Réforme sans univoque. Or, les pays tchèques étaient à 90% protestants, fidèles à la tradition du réformateur de l'Eglise, Jan Hus. De même, les couches aristocratiques tchèques nourissaient des idées libérales, en insistant surtout sur la liberté de la confession, garantie officiellement, depuis 1609, par la fameuse Lettre de Majesté, signée par l'empereur Rodolphe II. Au fur et à mesure, le mécontentement des nobles tchèques, représentés par les divers états corporatifs, se transforme en opposition ouverte. En mai 1618, la Diète de Bohême est convoquée à Prague pour s'entendre sur la façon de procéder contre le despotisme. Une centaine d'aristocrates tchèques les plus indignés envahissent la chancellerie royale du Château de Prague, avec, à leur tête, le comte de Thurn. De quatre lieutenants-gouverneurs, délibérant alors dans la salle du palais Royal, deux, Slavata et Martinic, ainsi qu'un secrétaire, Fabricius, sont jetés par la fenêtre dans les fossés du Château. Le souverain est dépossédé du trône de Bohême, les insurgés élisant à sa place l'Electeur palatin, Frédéric V, leader des protestants allemands. Mais le succès des états tchèques ne dure pas longtemps. Le camp de la noblesse tchèque n'arrivait pas à unifier les intérêts individuels. L'aide des simples sujets est refusée, mais, d'autre part, ces derniers sont obligés à des redevances sans cesse croissantes afin que la noblesse puisse entretenir des mercenaires. Finalement, elle reste abandonnée de tous, ce qui est le prélude de sa défaite.

La bataille décisive est livrée le 8 novembre 1620, à la Montagne Blanche. Les troupes des nobles tchèques, insuffisamment armées et démoralisées, sont battues par les armées impériales. Le lendemain, Prague est livrée à l'ennemi. Malgré l'humble sollicitation de la grâce, pour sauver leurs vies et leurs biens, l'empereur décide d'écraser, une fois pour toutes, l'opposition de la noblesse tchèque. L'insurrection étant qualifiée de rébellion, 27 principaux leaders des "rebelles" sont décapités publiquement sur la place de la Vieille-Ville de Prague. L'événement est rappelé par 27 croix blanches encadrées dans la mosaïque du pavé devant l'hôtel de ville. On ne peut que regretter que cet endroit de piété soit aussi discret, et que ces croix sont foulées aux pieds, car les passants ignorent ce fait historique. Reste à savoir si, et quand, le projet de la municipalité de Prague d'y ériger un monument, aboutira...

Mais revenons à la bataille, dont les conséquences étaient tragiques. Ferdinand, couronné empereur, confisque les biens de la noblesse protestante au profit de l'Eglise catholique, et de nombreux domaines sont offerts aux commandants allemands, italiens et espagnols des armées victorieuses. La religion catholique est proclamée le seul et unique culte officiel et autorisé. Ceux qui refusent de se convertir, sont expulsés du pays. Sur le plan politique, le triomphe des Habsbourg est scellé par l'introduction du dit Ordre provincial rénové, en 1627, qui marque la fin de l'indépendance tchèque et ouvre largement la porte à la Contre-Réforme et à la germanisation des pays tchèques. La bataille de la Montagne Blanche marque aussi un tournant à l'échelle européenne: elle est la première bataille de la guerre de Trente Ans considérée, à juste titre, comme un point culminant de toute une série de guerres visant à former de nouveaux Etats sur la carte de l'Europe.