Le centenaire de l'opéra Rusalka

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L'opéra Rusalka (L'Ondine), d'Antonin Dvorak, a 100 ans. Samedi 31 mars, un siècle se sera écoulé, depuis sa première au Théâtre national de Prague. Vaclav Richter.

100 ans c'est beaucoup pour une femme, ce n'est pas beaucoup pour un opéra. Rusalka reste, malgré son âge, étonnamment jeune et la beauté de ces mélodies ne se fane pas. C'est à 59 ans, que Dvorak a décidé de mettre en musique le poème dramatique de Jaroslav Kvapil inspiré par des légendes populaires, et aussi sans doute par le conte "La petite sirène" de Hans Christian Andersen. Une nymphe s'éprend d'un jeune prince, et c'est un amour tragique. Le prince attiré mystérieusement vers la fille des eaux, symbole de la grâce innocente, n'arrivera pas, finalement, à résister à une belle princesse étrangère qui symbolise la passion. Il a beau se repentir, à la fin, de son infidélité, c'est trop tard. Rusalka a succombé, déjà, à la malédiction des éléments, et le prince décide de périr dans son étreinte. Pour exprimer ce drame d'un homme déchiré entre deux femmes, drame situé dans le monde poétique d'un conte de fée, Dvorak a déployé tous les charmes de sa palette musicale. Les beaux vers de Jaroslav Kvapil se prêtaient à merveille à la mise en musique, et plusieurs airs de cet opéra allaient devenir ce qu'on pourrait appeler de véritables "tubes" de l'art lyrique tchèque. Malgré tous ces atouts, la première de Rusalka, il y a 100 ans, ne s'est pas passée sans problèmes. Les conflits, parmi les musiciens du Théâtre national, ont abouti à la décision d'engager un nouvel orchestre et la date de la première a été différée. Le ténor Karel Burian, qui devait incarner le prince, s'est déclaré souffrant, et devait être remplacé au pied levé, l'opulence des formes de Ruzena Maturova, dans le rôle de Rusalka, était loin d'évoquer la sveltesse éthérée d'une fille des eaux. Pourtant, le public et la critique ont accueilli l'opéra avec enthousiasme, qui n'a pas été partagé que par le critique Zdenek Nejedly, homme qui devait devenir, après la Deuxième Guerre mondiale, président de l'Académie des Sciences et principal arbitre culturel du régime communiste. Aujourd'hui, Rusalka fait partie du répertoire de maisons lyriques, dans le monde entier. Grâce à de grandes cantatrices, dont Gabriela Benackova ou Renée Fleming, elle continue à envoûter, non seulement le prince charmant, mais aussi les publics de plusieurs continents.