Le livre « HHhH » de Laurent Binet sort à Prague

Laurent Binet, photo: CTK

Cette semaine, l’écrivain français Laurent Binet a présenté à Prague son livre « HHhH ». Le roman évoque l’attentat contre Reinhard Heydrich, protecteur du Reich en Bohême-Moravie, chef de la Gestapo et des services secrets, qui a été commis le 27 mai 1942 par des résistants tchécoslovaques,parachutés de Londres. La traduction tchèque du livre a été publiée par la maison d’édition Academia. En France, le roman « HHhH » est sorti aux éditions Grasset et a remporté le Prix Goncourt du premier roman. Le lancement du livre, qui s'est déroulé dans le café de la librairie Academia, et le débat qui s'en est suivi ont attiré un grand intérêt. A cette occasion, Laurent Binet a expliqué à Radio Prague pour quelle raison il a puisé pour son premier roman dans la DGM:

Laurent Binet, photo: CTK
« Je crois que la DGM, c’est une très grande tragédie qui concentre tellement de choses, de passions humaines, de tragédies, d’héroïsme, de crimes et d’exploits que c’est un repère pour nous pendant encore des siècles ».

L’idée d’écrire ce roman est venue à son auteur en Slovaquie :

« Ça, c’est lié à mon parcours personnel. Mon père, qui est prof d’histoire, m’avait très vaguement mentionné cet épisode quand j’étais petit, et ensuite j’ai été envoyé en Slovaquie faire mon service militaire pour donner des cours de français à de jeunes militaires slovaques. Et je me suis souvenu de cet épisode que m’avait mentionné mon père, j’ai commencé à me renseigner et puis, au fur et à mesure, en connaissant plus de détails, je me suis rendu compte que c’était une histoire extraordinaire et j’ai eu envie de la raconter. »

Laurent Binet, photo: CTK
Après l’attentat contre Reinhard Heydrich, le régime nazi a déclenché dans les pays tchèques une vague de représailles sans précédent qui a coûté la vie à des milliers de Tchèques. A la question de savoir si cet acte se justifie malgré tout, Laurent Binet répond :

« C’est l’éternel problématique de la résistance. Si l’on cède au chantage de la répression, alors il n’y a aucune résistance qui est possible. Evidemment, sur un plan strictement comptable, une vie contre des milliers de vies, ça a l’air de ne pas valoir la peine, sauf que la dimension symbolique, elle, est très importante. Et c’est la seule fois, pendant toute la Deuxième Guerre mondiale, qu’un dignitaire nazi de cette importance s’est fait abattre. C’était donc symboliquement un très grand encouragement à toutes les résistances d’Europe. Et même les représailles, Lidice a eu un impact extraordinaire dans le monde entier et extraordinairement négatif pour le régime nazi, parce que l’opinion mondiale s’est déchaînée contre l’Allemagne après Lidice, alors que dans l’économie du régime nazi, je veux dire dans les pratiques du régime nazi, c’étaient quelques morts de plus. D’ailleurs le régime nazi n’avait pas attendu cet attentat contre Heydrich pour massacrer des millions de gens. Donc, c’était pour lui quelques morts de plus, mais pour l’opinion publique, c’était le moment de basculement où la propagande allemande n’a plus fonctionné ».

Laurent Binet, photo: CTK
Elle a fonctionné en Allemagne…

« Elle a fonctionné en Allemagne, mais à l’extérieur, le monde entier s’est scandalisé, et c’est donc vraiment une double défaite pour l’Allemagne nazi. Elle perd un de ses meilleurs éléments avec Heydrich, c’est aussi une défaite parce que, par leurs représailles, les nazis ont montré leur vrai visage… Suite à Lidice, les Soviétiques écrivaient sur leurs chars : ‘Lidice sera vengée’. »