Le Mémorial national de Terezín

r_2100x1400_radio_praha.png
0:00
/
0:00

Les autocars en provenance de toute l’Europe qui amènent chaque année près de 250 000 touristes à Terezín – Theresienstadt - témoignent de l’intérêt pour cet endroit tragiquement lié à la Deuxième Guerre mondiale. Nous aussi nous y sommes rendus pour vous proposer un reportage sur le Mémorial national élevé en mémoire des 155 000 déportés passés par la prison et le ghetto de Terezín entre 1941 et 1945 : des Juifs, des prisonniers politiques, des résistants, des intellectuels, des artistes et aussi des enfants. Notre jeune guide s’appelle Lenka Vandrovcová :

« Nous sommes dans la cour d’administration qui est la première cour juste derrière la porte portant l’inscription : ‘Arbeit macht frei’ - Le travail rend libre - la phrase apposée à l’entrée de tous les camps nazis. C’est ici que les déportés arrivaient et d’où ils étaient envoyés dans le bureau numéro 3 pour l’enregistrement. A partir de ce moment-là, tout le monde dans le camp n’était plus qu’un numéro. »

A gauche de l’entrée, un des bureaux, au numéro 5, fut celui du chef de la petite forteresse de Terezín, Heinrich Jöckel. Ce dernier habitait une somptueuse villa, avec une piscine et une salle de cinéma devant lesquelles on passe avant d’entrer dans la cour qui mène vers les cellules et les blocs A et B :

« Par la petite forteresse de Terezín transformée en prison nazie, près de 32 000 personnes sont passées et 2 500 sont mortes ici. Des 155 000 Juifs internés dans la grande forteresse transformée en ghetto, 35 000 sont morts sur place, 80 000 autres après leur déportation dans des camps d’extermination. Au début, Terezín fut un camp de transit vers Treblinka et Majdanek, puis, à partir de 1942, vers Auschwitz II - Brzezinka. Seuls 240 des 12 000 enfants du ghetto de Terezín ont survécu. »

Le lieu de prière
L’ancien ghetto couvrait la surface de la ville toute entière, édifiée en 1780 comme citadelle. Dans ce ghetto, les Juifs avaient leur propre administration ainsi que leurs lieux de prière, dont l’un, tout petit, se trouvait à l’intérieur d’une maison située à proximité de la place principale :

« Ce lieu de prière est l’unique qui ait été préservé et qui soit aujourd’hui accessible au public. Il a été découvert dans les années 1990. Pouvoir prier, pratiquer le culte, donner des concerts, faire paraître un journal, toutes ces choses étaient d’une importance énorme pour les détenus : cela les aidait à ne pas perdre la foi et à supporter les souffrances. »

Hans Krása, qui a composé à Terezín le Ronchon, son opéra pour voix d’enfants dont des extraits sont diffusés lors de la visite du musée du ghetto, mais aussi Pavel Haas, Ervin Schulhoff ou Gideon Klein sont quelques-uns des artistes emprisonnés à Terezín.

Accompagnés de notre guide Lenka, nous entrons dans une des cellules communes de la petite forteresse :

« Les planchers en bois sont authentiques, tout comme la table, les bancs, les étagères, et les soupentes à trois lits. Essayez d’imaginer qu’une cinquantaine, et même à la fin de la guerre une centaine de personnes partageaient une seule et même pièce. Des détenus mourraient victimes des conditions hygiéniques désastreuses, de maladies, de l’épuisement, de la famine, des tortures. C’étaient les principales causes de décès des détenus de Terezín car il n’y avait pas de chambres à gaz. »

A la sortie se trouve une plaque dédiée à Milada Horáková, politicienne démocratique et députée d’avant-guerre emprisonnée par les nazis à Terezín, puis condamnée à mort dans un procès stalinien dans les années 1950.

La salle de bain
Notre guide nous conduit dans une grande salle de bain puis dans une autre où les détenus étaient rasés. L’édification de ces deux salles est liée à l’action dite d’embellissement qui s’est déroulée à Terezín avant la visite du comité international de la Croix rouge, raconte-elle :

« La délégation est arrivée à Terezín en juin 1944. Elle y a passé six heures. Maurice Rossel, officier de l’armée suisse, était le chef de cette délégation dont faisaient également partie deux médecins danois. Tout avait été préparé à l’avance pour que l’inspection se passe bien. Ils sont partis après avoir passé six heures dans le ‘ghetto modèle’ de Terezín. Un rapport positif sur les résultats du contrôle du respect des conventions a même été rédigé. Après leur départ, les deux salles ont été fermées et les prisonniers ne les ont plus jamais utilisées jusqu’à la fin de la guerre. »

Nous quittons la petite forteresse pour nous arrêter un instant au musée du ghetto qui se trouve dans le centre de Terezín, dans le bâtiment qui a servi pendant la guerre de foyer pour garçons. A leur arrivée à Terezín, les familles étaient séparées. Les enfants étaient tout d’abord placés avec leurs mères, mais comme les parents travaillaient du matin au soir, les enfants étaient isolés et placés dans des foyers. Une exposition montre quelques valises et objets personnels, des dessins, des poèmes, ainsi qu’un journal que les garçons faisaient paraître. Sur les murs sont inscrits 8 000 noms d’enfants morts à Terezín. Au premier étage du musée, une exposition évoque ce que devait être la solution dite finale de la question juive.

Notre dernier arrêt est le cimetière national de Terezín, où se trouvent plus de 2 000 tombes et cinq pylônes marquant des tombes communes. C’est ici qu’une cérémonie du souvenir a eu lieu à l’occasion du 65e anniversaire de la libération du camp de Terezín, le 6 mai 1945.

10
50.510916900000
14.150438600000
default
50.510916900000
14.150438600000