Les clubs d’histoire militaire mobilisés pour les reconstitutions des 80 ans de la fin de la guerre
Les clubs d’histoire militaire ne sont pas seulement des associations qui regroupent des fans de de vieux uniformes. Leurs membres sont aussi des experts en histoire qui, pendant leur temps libre, font revivre le passé et s’efforcent de transmettre leurs connaissances au grand public. Grâce à eux, l’histoire sort des manuels pour revivre sous nos yeux.
Cette année, commémorations des 80 ans de la fin de la Seconde Guerre mondiale obligent, ils sont particulièrement occupés : les membres des clubs d’histoire militaire sont mobilisés tous azimuts pour préparer les célébrations, participer aux reconstitutions de batailles et organiser des événements pédagogiques.
A Hodonín (Moravie du Sud), à la mi-avril, le jour des célébrations de la libération de la ville, un camp militaire a vu le jour en plein centre : les tentes beiges ou vertes sont assiégées, non pas par des ennemis, mais par des curieux venus participer à l’événement. Peut-on dire que cette passion pour les équipements et l’histoire militaires est un phénomène typiquement tchèque ? Réponse de Blanka Klimovič, historienne :
« Absolument pas. Par exemple, lorsque nous organisons un événement autour de l’histoire napoléonienne, donc des guerres complètement différentes, nous voyageons dans le monde entier. Même les Italiens s’y intéressent, et surtout les Français, qui vouent un véritable culte à Napoléon. Les Tchèques n’ont pas peur des situations extrêmes : par exemple, les chasseurs de montagne (à l’origine des troupes d’infanterie des armées allemande et autrichienne, ndlr) participent au projet dit Edelweiss, qui est une ascension en haute montagne jusqu’à 4 000 mètres d’altitude, en tenue d’époque. En bref, il s’agit d’une expérience authentiquement, sans équipement d’hiver moderne. »
Mais pour reconstituer au plus près des événements historiques du siècle passé, il faut des objets, des vêtements, du matériel, comme le souligne encore l’historienne :
« Il existe des fabricants d’uniformes et de répliques, mais on trouve encore beaucoup de choses dans les greniers. Parfois, nous avons la chance de tomber sur quelqu’un qui veut bien nous les vendre à un prix raisonnable. Mais parfois, les gens savent combien ce qu’ils possèdent à de la valeur pour les gens qui, comme nous, sont collectionneurs, et ils font monter les prix. Mais on peut encore trouver assez facilement des objets datant de la Seconde Guerre mondiale, voire même qui remonte à la Belle Epoque. »
« Et puis il y a le marché des objets originaux, et là les collections allemandes sont en tête. Les Allemands avaient beaucoup de choses de très haute qualité et bien faites. Si vous regardez, par exemple, les uniformes et l’équipement des infirmières de la Wehrmacht ici, vous pouvez voir à quel point ils ont été bien pensés. »
A l’occasion de l’événement de Hodonín, les visiteurs peuvent découvrir diverses expositions. L’époux de Blanka Klimovič, passionné d’histoire militaire également, est vêtu comme un membre des unités de montagne de l’armée royale roumaine. Il présente les objets exposés :
« Nous exposons l’armement et l’équipement de l’armée roumaine tels qu’ils devaient être quand leurs membres sont arrivés chez nous dans le cadre de l’Armée rouge. L’armée roumaine a changé de camp pendant la Seconde Guerre mondiale et vers la fin, elle a accepté de venir aider à libérer les territoires occupés par les Allemands. Les alliés sont donc devenus des adversaires et vice-versa. »
« En termes d’équipement, c’était plutôt restreint. Ils avaient quand même été lourdement armés par la Tchécoslovaquie auparavant, de sorte que leurs armes de base étaient un fusil tchécoslovaque vz. 24 et une mitrailleuse légère vz. 26 issues des lignes de production de Zbrojovka Brno. Sur la base de la Petite Entente, ils disposaient également d’avions et de véhicules blindés tchécoslovaques. Ils avaient aussi leurs propres armes, vestiges de la monarchie austro-hongroise, mais la base restait l’armement tchécoslovaque. »
L’exposition est également l’occasion de découvrir que pendant la guerre, les mules ont été utilisées comme animaux de trait pour transporter du matériel militaire ou autre, dans des terrains, montagneux le plus souvent, où les véhicules motorisés n’avaient aucune chance de passer.
Mais il n’est pas question uniquement de batailles et d’opérations militaires dans ces reconstitutions : la vie quotidienne du soldat n’est pas oubliée et dans un atelier de l’Armée rouge, un autre passionné, Martin Schupler, avec sa femme et ses enfants, rappelle un aspect important pour ces hommes engagés :
« Il y a de l’eau savonneuse qui bout dans deux tonneaux. C’est ainsi que l’on faisait bouillir les caleçons, qui étaient ensuite lavés classiquement sur une planche. Il s’agissait en partie de désinfection, car 96 soldats sur cent, et pas seulement dans l’Armée rouge, étaient infestés de poux. C’était un gros problème à l’époque, c’est pourquoi les blanchisseries étaient très importantes pour l’armée. »
« Tout le long du front, il y avait aussi des douches, des laveries, et même un barbier. Une fois par semaine, un soldat était autorisé à se faire couper les cheveux, à prendre un bain et à obtenir des vêtements et sous-vêtements propres. »
Outre divers événements ponctuels, les clubs d’histoire militaire possèdent des collections si uniques et si riches qu’elles trouvent leur utilité ailleurs que dans des reconstitutions. En effet, le monde du cinéma a également souvent recours à leurs services, comme le note Blanka Klimovič :
« Il arrive qu’ils aient besoin de figurants - des soldats, par exemple. Les gens qui font cela se connaissent généralement, et si quelqu’un est contacté par la télévision, ils se transmettent l’information et se recommandent les uns les autres. »
Et qu’en est-il des jeunes générations aujourd’hui ? Sont-elles encore intéressées par ce passe-temps qui demande beaucoup de temps et d’argent ? Selon Blanka Klimovič, même si l’intérêt n’est plus aussi fort qu’autrefois, il y a encore des jeunes qui se passionnent pour l’histoire militaire. D’ailleurs, l’importante participation du public aux différents événements prouve qu’il s’agit d’une activité qui a encore toute sa place de nos jours.
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