Les ondes courtes continuent de relier le monde : la HFCC est de retour à Prague
À une époque où la plupart des médias déplacent leurs contenus dans l’espace numérique, la radiodiffusion en ondes courtes demeure un pilier discret mais crucial de la communication mondiale. Cette semaine, Prague accueille la conférence HFCC (High Frequency Coordination Conference), qui réunit des experts des ondes courtes venus du monde entier — et Radio Prague International y participe en tant que partenaire médiatique.
Radio Prague International diffuse en ondes courtes depuis des décennies. Grâce à sa coopération avec WRMI, ses programmes atteignent notamment des auditeurs dans les pays anglophones, francophones et hispanophones.
« Les ondes courtes ont encore une importance immense. Dans les zones de crise, dans les pays où l’accès à Internet est limité ou là où la liberté des médias est menacée, elles constituent souvent le seul lien avec le monde extérieur », explique Jeff White, président de la HFCC et fondateur de Radio Miami International, interrogé par RPI :
« J’ai commencé à écouter les ondes courtes à l’âge de 12 ans, quand je vivais à Indianapolis, dans l’Indiana, aux États-Unis. Mes parents avaient une radio multibande, avec quelques bandes courtes. Un soir, j’ai décidé de voir ce qu’on pouvait capter. Et la toute première chose que j’ai entendue, c’était le programme en anglais de Radio Prague. Ensuite, j’ai commencé à l’écouter tous les jours. Puis j’ai découvert beaucoup d’autres stations en ondes courtes, bien sûr. Mais j’écoute toujours depuis. Mon lien avec Radio Prague remonte donc à plus de 50 ans.
Les ondes courtes restent fascinantes. Cela a beaucoup changé, surtout après 1989, mais il y a encore beaucoup de stations, y compris des privées, pas seulement des radios d’État. On trouve toute une variété d’informations et de divertissements sur ces fréquences. Et cela reste populaire, même là où AM, FM et Internet sont disponibles. Beaucoup aiment toujours écouter des signaux venus de l’autre bout du monde. C’est amusant et passionnant. »
Vous souvenez-vous d’un programme de Radio Prague ?
« Oui, par exemple du programme DX réalisé par Peter Skala (le pseudonyme d’Oldřich Číp, qui était ingénieur et qui est devenu le fondateur de notre organisation, la Conférence de coordination des hautes fréquences (HFCC). J’écoutais régulièrement son émission. Mais aussi les infos, la musique… Même à l’époque communiste, c’était intéressant pour nous aux États-Unis. Et j’écoute encore aujourd’hui la grande variété des programmes de Radio Prague International. »
Et c’était plein de propagande ?
« Pas autant que Radio Moscou ou Radio Pékin. Il y avait plutôt beaucoup d’émissions touristiques. Je rêvais de visiter ces lieux d’Europe centrale et orientale. Plus récemment, j’ai pu voyager et c’est déjà la quatrième ou cinquième fois que je viens à Prague. »
La conférence de l’HFCC se tient à Prague. Quel rôle joue-t-elle dans la radiodiffusion internationale ?
« L’idée a commencé avec Oldřich Číp de Radio Prague et Horst Schultz de la Deutsche Welle, en Allemagne. Même avant 1989, ils communiquaient officieusement pour réduire les interférences entre stations sur les mêmes fréquences. Après 1989-1990, ils ont pu fonder l’HFCC. On se réunit deux fois par an, car il y a deux saisons de diffusion en ondes courtes, pour planifier les grilles de fréquences à l’avance. Ainsi, deux stations n’émettent pas sur la même fréquence vers la même zone. Et ça fonctionne depuis toutes ces années. »
Pourquoi cette conférence se tient-elle cette année à Prague ?
« Prague l’a déjà accueillie quatre fois. Le secrétaire de notre organisation est Vladislav Číp, le fils d’Oldřich, et il a proposé de l’organiser. Tout le monde aime Prague, siège de l’organisation, ville magnifique et très appréciée. Je suis vraiment heureux que nous soyons à nouveau ici. »
Pourquoi les ondes courtes restent-elles pertinentes à l’ère d’Internet et des médias numériques ?
« Parce qu’il existe encore des régions du monde où Internet est rare, de mauvaise qualité ou très cher. Même dans des pays développés, comme aux États-Unis, des zones rurales n’ont pas de bonne réception AM/FM et utilisent encore les ondes courtes. Et même ceux qui ont accès à tout sur Internet aiment parfois écouter la radio internationale. C’est un public de niche, mais bien réel. Nous recevons encore énormément de messages d’auditeurs. »
Comment fonctionne la propagation des ondes courtes ?
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« Les signaux montent de l’antenne vers une couche de l’atmosphère appelée l’ionosphère. Surtout la nuit ou tôt le matin, ils rebondissent et redescendent en « sauts » pouvant couvrir des milliers de kilomètres. Avec un émetteur de 50 à 100 kilowatts, on peut atteindre littéralement l’autre bout du monde, ce qui n’est pas possible avec l’AM ou la FM. »
Où atteignent les programmes de Radio Prague International diffusés via Radio Miami International ?
« L’anglais vise l’Amérique du Nord, l’espagnol couvre les Caraïbes, l’Amérique centrale et du Sud ainsi que l’Espagne, et le français est émis vers l’Europe. Mais il y a aussi des zones spécifiques comme les îles françaises des Caraïbes ou l’Amérique du Nord hispanophone. L’émetteur se trouve à Okeechobee, en Floride. »
Avez-vous reçu des témoignages mémorables d’auditeurs ?
« Oui, dans les années 1980, j’ai voyagé en Amérique latine et dans les Caraïbes pour étudier le public des ondes courtes pour le compte d’un groupement de radios (BBC, VOA, Deutsche Welle, etc.). On me donnait les coordonnées d’auditeurs et je devais les retrouver pour les interroger. Une fois, à Trinité, j’ai retrouvé un jeune homme grâce au bureau de poste. Il vivait dans une maison sur pilotis dans un champ pétrolifère. Il m’a montré son récepteur et une énorme boîte de cartes QSL envoyées par les radios, dont une signée de ma main. Ces rencontres m’ont beaucoup marqué. J’ai aussi participé à des conventions d’auditeurs aux États-Unis, au Canada, au Mexique et en Europe. »
Quels sont les plus grands défis aujourd’hui ?
« Les problèmes budgétaires. Par exemple, Voice of America (VOA) a vu son financement réduit et a presque disparu des ondes. Beaucoup de radios ont fermé. Il faut convaincre de l’importance de ce média. Bien sûr, il faut aussi s’adapter aux podcasts, au streaming et aux réseaux sociaux, mais il est essentiel de garder une diversité de médias, y compris les ondes courtes. Je pense qu’elles ont encore un bel avenir, pour des décennies. »





