L’étymologie des montagnes tchèques (2e partie)

Orlické hory

Salut à tous les tchécophiles de Radio Prague – Ahoj vám všem, milovníkům češtiny Radia Praha ! Nous allons revenir pour cette fois à notre petite série consacrée aux noms des chaînes de montagnes. Lors de la première partie, il y deux semaines de cela, nous avions ainsi découvert l’étymologie des appellations Krkonoše – Monts des Géants, et Jizerské hory – Monts de Jizera, soit deux des sept principaux massifs recensés sur le territoire de la République tchèque, deux massifs situés l’un à côté de l’autre dans la région des Sudètes. Nous allons donc poursuivre le tour du pays en restant dans le nord-est de la Bohême, avec tout d’abord les Orlické hory – les monts Orlické.

Orlické hory
Situées à quelques dizaines de kilomètres au sud-est des Krkonoše, les Orlické hory, qui forment une frontière naturelle avec la Pologne et dont le plus haut sommet, Velká Deštná, culmine à 1 115 mètres, tirent leur nom depuis seulement 1836 de la rivière Orlice qui prend sa source sur les lieux. Il s’agit donc de la même origine et du même cas de figure que pour les Jizerské hory que nous avions évoqués dans notre émission précédente, puisque leur appellation provient également d’une rivière, en l’occurrence la rivière Jizera. Pour ce qui est de Orlice, qui coule également en Pologne voisine, la rivière est en fait plus précisément formée de deux cours d’eau que sont Tichá Orlice, soit l’Orlice silencieuse, et Divoká Orlice– l’Orlice sauvage. Et l’appellation de ces deux rivières provient tout simplement du fait que des aigles – orli, se trouvaient sur leurs cours supérieurs. Ainsi, donc, Orlice est en quelque sorte « la rivière des aigles » comme nous l’indique la racine du mot – orli.

Jeseníky
Toujours un peu plus à l’est, toujours à proximité des Krkonoše dans la région des Sudètes, mais cette fois en Moravie du Nord ou si vous préférez dans la partie tchèque de la Silésie, se trouve le quatrième massif qui nous intéresse, les Jeseníky, dont l’appellation possède des origines incertaines et pour le moins compliquées. Ce que l’on sait cependant de façon sûre, c’est que le nom du massif n’a rien en commun, comme on pourrait le penser, avec la ville de Jeseník. Une petite ville qui ne porte d’ailleurs son nom tchèque que depuis peu, puisque jusqu’en 1947, on a parlé de Frývaldov, un nom qui provenait de l’allemand Freiwald ou Freienwald, ce qui signifiait littéralement « la forêt libre ».

Une fois cela précisé, la question reste de savoir comment le nom de Jeseníky est apparu. En fait, il semble que ce soit un village qui ait joué un rôle dans cette apparition, un village qui n’existe cependant plus depuis la seconde moitié du XVe siècle mais qui s’appelait alors Gesenke, une appellation qui proviendrait du mot allemand « senken », soit « snížit » en tchèque et « abaisser » en français. Ainsi donc, Gesenke était en quelque sorte un abaissement ou plutôt une vallée puisque le village se trouvait, comme cela est généralement le cas en montagne, dans une vallée. Ce dont nous sommes également certains aujourd’hui, c’est que le nom de Gesenke possède un rapport évident avec celui de Jeseníky, les deux appellations se ressemblant beaucoup. La seule différence est que tandis que Gesenke a une connotation allemande, Jeseníky en est l’équivalent tchèque.

Jeseníky, photo: CzechTourism
Reste maintenant à savoir laquelle de ces deux appellations est apparue en premier… En somme, les Jeseníky sont-elles la variante « tchéquisée » de l’allemand Gesenke ou est-ce le contraire ? Telle est donc la question à laquelle les linguistes répondent avec beaucoup de prudence, même si, généralement, ils estiment que l’hypothèse la plus probable est celle qui veut que la vallée dans laquelle se trouvait le village de Gesenke s’appelait en fait déjà Jeseník. Il s’agissait alors à l’origine d’un nom qui avait été donné à ce que l’on pourrait traduire littéralement comme étant un « ruisseau des frênes » - « jessený potok », c'est-à-dire un ruisseau qui coule au milieu d’un peuplement de frênes, l’arbre se disant « jasan » en tchèque. Gesenke proviendrait donc de Jeseník, nom de la vallée qui fut par conséquent également donné dans sa version germanisée à ce fameux village que nous avons évoqué précédemment. Et par la suite, progressivement, la vallée puis l’ensemble du massif prirent également le nom de Gesenke avant de retrouver de nouveau leur version tchèque Jeseníky.

C’est donc avec un beau mal de tête que se referme ce « Tchèque du bout de la langue » et la deuxième partie, un peu compliquée, admettons-le, de notre série consacrée aux origines des noms des chaînes de montagnes tchèques. En attendant de vous retrouver dès la semaine prochaine, portez-vous du mieux possible – mějte se co nejlíp !, portez le soleil en vous – slunce v duši, salut et à bientôt – zatím ahoj !