Michel Bussi : « J’ai écrit le début de mon premier polar à succès pendant un séjour à Prague »

Michel Bussi

Ancien professeur de géographie à l’Université de Rouen, Michel Bussi est un des maîtres du thriller contemporain. L’un des auteurs préférés des Français a vendu plus de 13 millions de livres dans 38 pays, dont la République tchèque. Ce vendredi, Michel Bussi présente au Salon du livre de Prague (Svět knihy) son roman « Trois vies pas semaine », paru en 2023 aux Presses de la Cité.
La traduction tchèque, « Trojí život », a été publiée en 2025 par les éditions Bourdon. Michel Bussi nous a parlé de la genèse de ce polar dont l’histoire se découle en partie dans la Tchécoslovaquie communiste, de ses séjours en Tchéquie et nous donne enfin un avant-goût de son prochain roman. Mais tout d’abord, il revient sur les débuts de sa carrière littéraire à succès.

Extrait de l’entretien :

« Tout a commencé en 2006. J’ai toujours voulu écrire, raconter des histoires. J’ai toujours écrit des scénarios, des synopsis. Mais la vie a fait que je suis devenu professeur d’université en géographie en Normandie, en France. J’avais écrits des romans sur mes temps de loisirs. Puis, j’ai eu la chance, un jour, qu’un de mes romans soit publié, il y a vingt ans. »

« Pour moi, c’était un hobby, quelque chose qui n’allait pas changer ma vie d’universitaire. Mais il se fait que mon sixième roman, qui s’appelait ‘Un avion sans elle’, s’est mis à se vendre vraiment beaucoup, à plus d’un million d’exemplaires en France. Et là, évidemment, cela a changé ma vie, puisque les autres romans ont continué de se vendre. J’ai été très vite traduit dans beaucoup de langues, dans beaucoup de pays. »

Photo: Pocket

« Quelques années après, garder à la fois mon activité académique - je dirigeais un grand laboratoire CNRS - et cette activité d’écrivain, qui était aussi sollicité par des adaptations pour l’audiovisuel, par des séjours à l’étranger, était devenu compliqué. Il a fallu que je fasse un choix. Et donc, cela fait à peu près dix ans que j’ai choisi de me mettre en retrait de ma vie universitaire pour me concentrer sur l’écriture. Je continue toutefois d’avoir beaucoup de contacts avec l’université, notamment pour signer des préfaces pour des ouvrages scientifiques, ou même de discuter sur des colloques avec des collègues. J’essaie de mettre dans mes romans des éléments de géographie, d’histoire et surtout de faire voyager mes lecteurs. »

Votre roman « Trois vies par semaine » nous emmène dans des lieux très différents en France, mais aussi, justement, à Prague et à Plzeň, ville connue non seulement pour sa bière, mais également par sa tradition de marionnettes. Celles-ci occupent une place importante dans le polar. Alors, pourquoi Plzeň et pourquoi les marionnettes ? 

'Trois vies pas semaine' | Photo: Hana Řeháková,  Radio Prague Int.

« À l’origine, il y avait un goût personnel pour l’art de la rue, pour les traditions populaires et cet art de la rue que sont les marionnettes. Et à partir de là, j’ai situé mon roman à Charleville-Mézières, dans les Ardennes, ville assez peu connue si ce n’est pour avoir le plus grand festival mondial des arts des marionnettes et être la ville d’Arthur Rimbaud. Très vite, évidemment, le lien avec l’ancienne Tchécoslovaquie et la Tchéquie d’aujourd’hui est arrivé, puisqu’elle est connue pour être l’un des pays de la marionnette. »

Connaissiez-vous la Tchéquie avant d’écrire le roman ?

« Oui, un petit peu. Je connaissais Prague, la dernière fois que j’y étais venu, c’était en 1993 ou 1994 à l’occasion d’un colloque universitaire. J’en avais profité pour visiter des théâtres de marionnettes. Je me souviens en avoir vus au moins trois. J’avais trouvé que c’était assez extraordinaire. J’avais même ramené des marionnettes de Prague que j’ai toujours chez moi ! »

En écrivant le roman, j’ai imaginé une scène qui se déroule en 1968, pendant le Printemps de Prague. Mon héroïne tchèque va fuir à l’Ouest, mais avant cela, elle va intégrer une troupe de marionnettistes. J’ai lu que sous le communisme, une grande partie de l’art était évidemment interdit, dégénéré, mais qu’il restait quand même cet art populaire. Et notamment, les marionnettes qui ont toujours été l’art de la caricature et permettaient de se moquer des puissants. »

« J’ai grandi aussi avant la chute du Mur de Berlin et j’ai eu la chance de visiter Prague pas longtemps après. J’ai eu l’idée de décrire la Tchécoslovaquie, qui est un nom que les jeunes générations ne connaissent même pas. »

« ‘Trois vies par semaine’ reste un thriller. L’histoire commence par une mort suspecte. On s’aperçoit que ce personnage que l’on retrouve mort, Renaud Duval, avait trois pièces d’identité dans la boîte à gants de sa voiture. Et donc, c’était un homme tout à fait ordinaire, un petit représentant de commerce qui semble avoir trois identités. En fait, on va suivre l’enquête de police, mais surtout, on va suivre l’enquête de trois femmes qui, toutes, sont amoureuses d’un homme qui a disparu et qui veulent découvrir qui il était. Ces trois femmes vont finir par se rapprocher. »

Photo illustrative: Martina Schneibergová,  Radio Prague Int.

« La grande question du livre est de savoir si elles sont bien toutes amoureuses du même homme. Et comment est-il possible qu’un homme ait pu avoir trois existences ? Ce qui m’intéressait, par exemple, était de raconter trois histoires d’amour très différentes, trois façons d’aimer et de construire un couple. Et de mettre les femmes au cœur de l’enquête. Je voulais en même temps qu’il y ait une dimension plus poétique, on pourrait dire presque plus gothique. Et là, c’est le rôle des marionnettes qui sont à la fois très joyeuses et extrêmement inquiétantes. »

Pour vos romans, vous vous inspirez aussi, entre autres, de la chanson française, ce que les lecteurs tchèques auront peut-être du mal à déchiffrer. D’où vient cette inspiration ?

« C’est un challenge pour mes traducteurs ! En effet, mes titres de livres sont souvent tirés ou inspirés de chansons françaises. Par exemple, ‘Trois vies par semaine’ vient d’une chanson du groupe Indochine qui s’appelle ‘Trois nuits par semaine’. Ce goût est venu d’un de mes premiers romans dont je vous ai parlé et qui s’appelait ‘Un avion sans elle’. Ce titre était tiré de la chanson ‘Comme un avion sans aile’ qui n’est sans doute pas connue ailleurs qu’en France. »

« J’ai d’ailleurs un souvenir qui m’est revenu quand je suis arrivé à Prague. Au début des années 1990, on ne se promenait pas encore avec des ordinateurs portables ou des smartphones qui permettaient de tout écrire. Et donc, j’avais un cahier, un cahier qui me permettait de prendre des notes. À l’époque, je ne savais pas encore du tout que je serais publié un jour. Mais j’ai commencé à écrire ce roman, ‘Un avion sans elle’ et donc j’ai une soixantaine de pages manuscrites. Chose rare aujourd’hui… Je me souviens avoir écrit une grande partie de ces soixante pages pendant mon voyage à Prague. »