Bernard Minier : « Je suis un grand amateur de la littérature tchèque »
Décidément, c’est le roman policier qui a dominé la présentation de la littérature française au Salon du Livre (Svět knihy) qui s’est tenu à Prague du 14 au 17 mai. Après Michel Bussi, c’était Bernard Minier, maître du frisson et auteur d’une importante série de thrillers à succès, qui est venu à Prague pour rencontrer ses lecteurs et ses fans et pour présenter ses derniers romans traduits en tchèque.
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Au Salon du Livre, Bernard Minier s’est montré comme un homme extrêmement modeste, aimable et infatigable. Après avoir signé et dédicacé ses livres à une file interminable de ses lecteurs, il a eu encore l’amabilité de parler de ses œuvres au micro de Radio Prague Int. et aussi de partager avec nous ses impressions pragoises :
« Quand je reviens ici, c’est toujours un accueil extraordinaire. J’ai toujours à voir beaucoup de lectrices et de lecteurs, un marathon d’interviews avec la presse tchèque et on me prête beaucoup d’intérêt. Je sais que, quand je reviens ici, je serai toujours très bien accueilli. C’est un des pays d’Europe où j’ai vraiment beaucoup de lecteurs et je suis même un grand amateur de la littérature tchèque, de la grande littérature tchèque, que ce soit Klíma, Kundera, Kafka, Hrabal. Donc j’imagine que le lectorat tchèque est un lectorat averti. »
« Presque tous mes livres sont traduits en tchèque »
Combien de livres avez-vous déjà publié en traduction tchèque ?
« Alors, je n’en sais fichtre, rien… Sans doute beaucoup puisque ‘H’ qui est mon dernier roman à paraître en édition de poche en France et qui est sorti l’année dernière en grand format, est déjà traduit. ‘Les Chats et 14 histoires mystérieuses diaboliques cruelles’ qui sont sortis l’année dernière sont traduites et même les petits livres biographiques sont traduits. Donc j’imagine qu’à part le tout dernier titre qui vient de sortir en France, tous mes livres sont traduits. »
Quels sont les ingrédients d’un bon roman policier
Vous êtes donc aujourd’hui un auteur de romans policiers recherché. Quelles sont les spécificités de votre style ? Comment expliquez-vous votre succès ?
« Je ne l’explique pas et tant mieux parce que si j’avais une recette, si j’avais une trop grande connaissance de la chose, je risquerais de reproduire chaque fois la même recette et je ne veux surtout pas réécrire deux fois le même livre. Je pense que tous mes livres sont différents. En réalité, je ne sais pas. Ce que j’essaie de faire en tout cas, moi, je cuisine les plats que j’ai envie de manger, c’est-à-dire que je mets dans mes romans tous les ingrédients que j’aime trouver dans ce genre-là, en tant que lecteur de romans policiers. Et puis j’essaie aussi - puisque j’ai un public très varié et je peux avoir aussi bien des professeurs de français et de littérature que des gens qui ne sont pas de gros lecteurs - donc j’essaie à la fois d’avoir un style qui est accessible. Même si je ne travaille pas dans ce sens, ça vient naturellement. Je crois qu’il y a plusieurs niveaux de lecture dans mes romans. On peut y trouver justement le plaisir de lire et de suspense etc., ou bien si on creuse un peu, on peut trouver autre chose en-dessous. Et c’est peut-être ça qui explique pourquoi j’ai un spectre de lecteurs assez large. »
Pouvez-vous préciser quand même ces ingrédients que vous ajoutez dans vos textes ?
« Pas trop, je n’ai pas envie qu’on les imite. (Rires) Non, non, il y a déjà des descriptions ce qui n’est pas courant dans ce genre-là. Il y a, je pense, un soin de la forme. J’attache autant d’importance à la façon dont un sujet est traité qu’au sujet lui-même. Je l’ai souvent dit : ‘Un grand sujet peut faire un petit livre et un petit sujet peut faire un grand livre.’ Ce n’est pas la question. Donc j’attache beaucoup d’importance à la forme et aux personnages. Pour moi, le cœur du roman, ce sont les personnages, parce que si vous avez des personnages suffisamment vivants et authentiques, les lectrices et les lecteurs vont avoir envie de les suivre, vont s’attacher à eux, et à partir de là, c’est gagné. Vous voilà au bout. Le cœur d’un roman, ce sont les personnages. »
Des inspirations scandinaves
Quels sont vos auteurs préférés ? Avez-vous une idole de la littérature policière ?
« Alors je n’ai pas d’idole, puisque je ne suis pas une groupie, mais évidemment j’ai des auteurs favoris. Pendant longtemps, ça a été Henning Mankell avec son formidable personnage de Wallander qui est pour moi un grand du polar suédois et qui m’a appris d’ailleurs qu’à côté de l’enquête proprement dite il peut y avoir un tas de choses. C’est la vie qui passe, en réalité. Et aujourd’hui je considère qu’un des plus grands est Jo Nesbø avec son personnage de Harry Hole qui est extraordinaire. Nesbø m’épate chaque fois. Quand je lis Nesbø, je me demande à chaque fois : ‘mais comment il a trouvé ça ?’ Et c’est plutôt un bon signe. »
Aujourd’hui, le polar apporte une grande diversité de voix
Constatez-vous une évolution du roman policier à partir d’Agatha Christie par exemple ? Comment le genre évolue-t-il, dans quel sens ?
« Ah oui, bien sûr. Chez Agatha Christie, l’enquête policière prenait quasiment toute la place. Le personnage d’Hercule Poirot existait mais finalement pas tant que ça. Les personnages n’étaient pas loin d’être des stéréotypes. Chacun représentait une classe sociale et puis arrivait Hercule Poirot qui résolvait l’enquête et tout rentrait dans l’ordre. C’est fini. Si on fait ça, on a un procès en naïveté, on est considéré comme étant trop naïf. Les fins doivent rester ouvertes. On résout l’enquête mais on ne résout rien quelquefois. La société étant ce qu’elle est, on ne peut pas se permettre ce genre de choses. Aujourd’hui on a des aspects sociaux, une peinture sociale… Mais ce n’est pas nouveau, ça existe déjà chez Simenon. Maigret peut résoudre une enquête mais finalement il ne résout pas grand-chose non plus. La situation reste ce qu’elle est. Donc ce n’est pas quelque chose de très nouveau Ce que le polar apporte aujourd’hui de nouveau, en tous cas en France, c’est une grande diversité de voix et d’univers. Et j’ai l’impression que chaque auteur a le sien. Il y a moins d’homogénéité dans le genre qu’il y en a eu à d’autres époques. »
Je suis un nain de plâtre à côté de Hrabal, Kundera et Kafka
Et la littérature tchèque dont vous avez déjà parlé ? Cette littérature vous a-t-elle donné quelque chose pour votre travail, pour vos romans policiers ?
« Enormément de choses. Très modestement parce que je ne suis qu’un nain de plâtre à côté de Bohumil Hrabal, de Kundera ou de Kafka. Un tout petit à côté. Mais néanmoins, cela m’arrive quand je mets une peinture sociale, comme par exemple dans Les Effacées qui commencent par exemple par des femmes qui travaillent, qui se lèvent tôt pour aller travailler avant tout le monde, pour que tout soit en place avant que les autres arrivent au travail. Les femmes modestes qui rasent les murs qui sont invisibles, qui sont kidnappées et tuées. Quand j’imagine ce genre de situations, je pense au livre d’Ivan Klíma Amour et ordures où il montre les petites gens à Prague et ailleurs. Si je pense à Hrabal, je pense à tous ces gens-là. Je pense à Kundera qui mettait de la philosophie dans ses romans. Il y a quelques choses de très philosophique chez Kundera, dans L’insoutenable légèreté de l’être ou dans La Plaisanterie. Donc, très modestement, ça a eu de l’influence sur la façon dont j’écris. »
Pouvez-vous dire ce que vous préparez pour l’avenir ?
« Alors, pas franchement parce que je suis en train de chercher des idées. J’en ai quelques-unes mais je n’ai pas encore décidé ce que j’allais raconter. Croyez-moi, c’est une grande frustration, parce que moi, je ne peux pas passer trois jours sans écrire. Donc j’ai hâte d’avoir trouvé une idée qui me permettra de me remettre au travail. »







