Milena Jesenska

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Milena Jesenska était non seulement une journaliste célèbre, mais également celle qui a inspiré F. Kafka à écrire Les lettres à Milena. Milena était individualiste, originale, n'appartenait à aucun groupe... Son visage régulier, orné d'une chevelure abondante, attirait l'attention surtout par la force de son regard bleu. Elle fascinait par son corps mince, sa démarche, sa façon d'être.

Milena avait perdu sa mère à l'âge de treize ans. Elle était élevée dans un esprit patriarcal par son père, le professeur Jan Jesensky, spécialiste connu en chirurgie maxillaire.

A l'âge de quinze ans, Milena était une femme faite sur le plan physique ainsi qu'intellectuel. Elle fréquentait l'un des premiers lycées de jeunes filles d'Europe - Minerva, et en était l'une des meilleures élèves. Après avoir passé le bac, son père insistait pour qu'elle étudie la médecine. Milena a abandonné en quelques semestres. Elle fait son entrée dans le milieu artistique par l'intermédiaire du peintre Scheiner qui lui demande de poser comme modèle pour illustrer ses contes. A un concert, Milena fait la connaissance d'Ernst Polak, travaillant comme traducteur dans une banque pragoise, et en tombe éperdument amoureuse. Lorsque son père apprend la nouvelle, il est furieux et rompt les relations avec sa fille. En 1918, Milena part avec Polak pour Vienne, mais l'idylle tourne vite au cauchemar. Au bout d'un certain temps, Milena découvre les infidélités de Polak. Pourtant elle n'arrive pas à le quitter, son amour étant encore trop intense. N'ayant jamais achevé ses études, elle n'a aucun métier. Les leçons de tchèque et l'offre des services comme porteur de valise sont ses seuls revenus. Puis elle commence à traduire et à écrire ses premiers articles qu'elle envoie à Prague au quotidien Tribuna (Tribune). Elle se fait un nom en qualité de correspondante de mode.

En 1920, M. Jesenska lit les premières nouvelles de Franz Kafka. Elle admire le génie et le style du grand écrivain. Elle fut la première traductrice tchèque des oeuvres Chauffeur, le Verdict, la Métamorphose et Contemplation. Jesenska envoie une traduction à la maison d'édition de Kafka. La réponse lui revient de l'auteur même. Le premier contact des deux personnalités a lieu à Merano où l'écrivain se remettait d'une affection pulmonaire. Une attirance réciproque déclenche un amour prenant une forme épistolaire avant de se matérialiser physiquement... Mais Kafka est gravement malade, la vitalité de la jeune femme de vingt quatre ans l'épuise. De plus il se rend bien compte de l'impasse de leur amour et exige, lui-même, la rupture. Milena en souffre énormément et ne cesse de l'aimer jusqu'à son décès.

Milena se sépare définitivement d'E. Polak et trouve un nouvel amour en la personne d'un ancien officier autrichien devenu communiste. En cette même période, M. Jesenska devient collaboratrice de Narodni Listy (Feuilles Nationales), journal du parti conservateur national, sur la recommandation de son père qui, par ce geste, tente une réconciliation avec sa fille. En 1925, Milena revient avec son ex-officier à Prague. Peu après leur retour, ils se séparent.

En 1926 la jeune femme publie un recueil de feuilletons intitulé le Chemin de la simplicité dans lequel elle parle de sa première rencontre avec Kafka sans pour autant citer le nom du génie. Le recueil est dédié à son père.

Un nouvel amour entre dans la vie de Milena... Un coup de foudre pour Jaromir Krejcar, architecte extrêmement doué, suivant les conceptions de l'avant-garde constructiviste. Leur relation conduit au mariage. L'activité journalistique de Milena culmine. Elle participe à la rédaction du magazine d'avant-garde Pestry Tyden (les Variétés de la semaine). Elle est enceinte, mais peu avant l'accouchement, elle est prise d'une forte fièvre à complications qui la rend pratiquement paralysée. Milena accouche d'une fille, Honza, mais son état de santé est très grave. Le genou gauche, atteint de nombreuses métastases articulaires, perd toute fléxibilité. Elle passe un an au sanatorium et change énormément sur le plan physique. Elle est grosse, bouffie. Son genou est raide, déformé et elle boite. De plus, elle devient morphinomane car, pour atténuer les douleurs atroces, il fallait lui administrer de la morphine pendant une assez longue période. Elle cesse de travailler pour Narodni Listy (Feuilles Nationales) et commence à coopérer avec le journal d'orientation libérale Lidove Noviny (Journal populaire). La qualité de ses textes baisse.

A partir de 1930, Milena travaille pour la revue communiste Tvorba (la Création). En 1931, elle adhère au parti communiste, mais comprend vite le double sens de la doctrine néfaste et se fait exclure cinq ans après. Elle suit une cure de désintoxication, mais devient une loque. Les circonstances l'obligent à travailler sous cinq pseudonymes différents pour Pravo lidu (le Droit du peuple). Sa relation conjugale avec Krejcar tourne au drame. Krejcar dissout son mariage avec Milena qui vit seul avec sa fille Honza.

F. Peroutka, rédacteur en chef du journal démocrate-libéral, mensuel politique, littéraire et scientifique, Pritomnost (le Présent), propose en 1937 à Jesenska de collaborer à sa publication. Lorsque A. Hitler occupe la Tchécoslovaquie, Milena y critique les erreurs politiques du gouvernement. Lorsqu'elle voit passer les chars des occupants, le 15. mars 1939, elle dit à F. Peroutka : « Ce n'est rien, attends un peu et ce seront les Russes qui nous occuperont. » Son influence sur l'orientation du journal Pritomnost (le Présent) est considérable. M. Jesenska ne se contente pas de faire son travail de journalistique légal, elle se consacre à la rédaction de publications illégales.

Elle est arrêtée en 1939. La Gestapo la détient à la prison de Pankrac comme tous les prisonniers politiques. La cellule froide et humide déclenche le rhumatisme articulaire. Finalement, M. Jesenska est transférée à Ravensbrück. Elle y travaille à l'infirmerie où elle s'occupe des dossiers des détenus atteints de maladies vénériennes. A Ravensbrück, elle fait preuve d'un courage incroyable, étant un grand soutien moral pour les autres détenus. Elle ne fait pas de différence entre différentes religions ou orientations politiques. En premier lieu, elle voit l'être humain.

Elle souffre d'une néphrite, ses forces diminuent. Le 15. mai 1944, elle entre en agonie, lutte contre la mort pendant trois jours et succombe le 17. mai 1944.

La vie de M. Jesenska a inspiré le réalisatrice française, Vera Belmont, pour tourner le film Milena.