Miloslav Moucha : « Il ne faut pas chercher d’histoires dans la peinture »
Jusqu’au 8 mars, la galerie Nová síň à Prague présente plusieurs œuvres du peintre franco-tchèque Miloslav Moucha. Intitulée A travers le temps, l’exposition met en valeur des toiles de grand format grâce à un espace idéalement éclairé par une immense verrière. Pour évoquer son travail artistique, Radio Prague Int. a rencontré Miloslav Moucha sur place.
Miloslav Moucha, bonjour, nous nous trouvons à la galerie Nová síň, à deux pas de Národní třída, une des avenues principales de Prague. C’est un très bel espace où vous présentez une dizaine de toiles pour une exposition d’un mois environ. Un très bel espace parce qu’il y a une grande verrière au-dessus qui éclaire la pièce : cet espace rend-il justice à vos œuvres ?
« C’est quelque chose d’extraordinaire parce que la lumière dans cette salle est la meilleure qu’on puisse trouver en Tchéquie, ou en France. A Paris, une lumière comme ça, c’est très difficile de trouver. »
Les espaces à Paris sont plus petits aussi peut-être ?
« Ça joue aussi, mais la lumière est vraiment très différente. Ici, il y a un éclairage qui vient du haut et je suis très content de pouvoir montrer des grandes toiles parce que les grandes toiles dans les petites galeries, ce n’est pas tout à fait ça. »
Oui, c’est compliqué d’exposer des grandes toiles, or ici ce sont de très grands formats. De quel type ?
« En France, on a inventé il y a très longtemps des formats constants, 195 sur 130, c’est un format qui me convient parfaitement, mais il est difficile de l’exposer partout. Mais là, je suis ravi. »
Quelle sélection d’œuvres de vos cycles avez-vous choisie ici ?
« Il y a un cycle ‘espagnol’, parce que j’ai fait un voyage à pied jusqu’à Saint-Jacques de Compostelle, et ça a bouleversé tout ce que je faisais. J’ai travaillé très vite et j’ai beaucoup changé après le retour à Paris. Ma peinture est restée ainsi un certain temps, très libre... Mais bon, la peinture, ça se regarde plus que ça ne s’explique. Il y a aussi des toiles que j’ai commencées à un certain moment, que je reprends trois, cinq, six ans, sous une autre forme, etc. »
Vous êtes originaire de Litvínov, dans le nord de la Bohême, une région particulière puisqu’elle correspond aux anciennes Sudètes. En quoi cette région-là, et le fait de grandir dans cette région-là, vous a marqué, vous et votre art ?
« Les Sudètes, c’est quelque chose qui continue à marquer les gens qui y habitent. La plupart des habitants ne sont pas de là. Quand j’étais petit, j’ai remarqué que beaucoup de gens étaient différents. Il y avait des populations qui étaient arrivées dans la région de tout le pays, et même en-dehors de la République puisqu’il y avait des Bulgares. Je m’en souviens très bien : ils avaient des petits poissons séchés et salés dans les poches. Il y avait aussi beaucoup de gens qui étaient saouls et c’était quelque chose d’incompréhensible pour un petit garçon. On ne peut pas dire que ça marquait positivement, c’était plutôt négatif. »
Vous avez l’impression que ça s’est reflété dans votre création ?
« Au début, oui. Dans ma monographie, il y a des images de cela. C’était vraiment quelque chose d’horrible. Donc mes tableaux de cette époque-là sont horribles. Je pense que j’ai bien fait de ne pas m’éterniser Parce que de l’autre côté, on a la forêt, et la forêt est fantastique. Les Krušné hory, les Monts métallifères. Là, je m’y suis perdu très positivement. »
D’ailleurs, il y a un tableau ici qui s’appelle la Forêt rouge. La forêt, ça vous inspire toujours ?
« Ça, dans ma mémoire, c’est très fort. »
Il y a quelques années, quand nous avions discuté, vous m’aviez dit que ce qui était important dans la peinture, c’est que c’était synthétique, contrairement à la littérature, qui a besoin d’expliquer, de creuser…
« Quand j’étais gosse, 13, 14, même 15 ans, je pensais être fait pour la littérature, etc. Plus tard, pendant mon service militaire, j’étais en permission à Litvínov et dans la vitrine de la librairie, il y avait une reproduction de Van Gogh. Ça m’a bouleversé, totalement. J’ai compris que dans la peinture, on peut faire quelque chose qui, contrairement à la littérature, est frappant, c’est-à-dire qu’on comprend tout de suite. Je recommande vivement de ne pas chercher des histoires dans la peinture. Il n’y a pas d’histoire, il y a tout, tout de suite. Il ne faut pas une pensée autre que la pensée visuelle qui traverse le corps. Comme je suis maintenant un peu vieux, je trouve ça beaucoup plus facile qu’avant, parce que je ne pense pas autant qu’auparavant, je fais. Je crois que ça se voit parce que les gens ne cherchent pas à comprendre non plus : ils sont émotionnellement touchés. »






