Monument UNESCO, le château de Kroměříž revient dans le giron de l’Eglise

Château de Kroměříž, photo: ČTK

Dans le cadre de l’application de la loi sur la restitution des biens spoliés aux églises sous le régime communiste, l’Etat tchèque va rendre à l’Eglise catholique un monument d’importance du patrimoine national. Suite à la signature, mardi, d’un accord entre l’Institut national du patrimoine et l’archevêché d’Olomouc, le château de Kroměříž, en Moravie, site classé sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, va en effet être restitué à son propriétaire d’origine.

Château de Kroměříž, photo: ČTK
Longtemps, la question des restitutions des biens aux Eglises a été un sujet de tension entre l’Etat tchèque et les institutions religieuses, en première desquelles l’Eglise catholique, qui réclamaient leur dû. En effet, suite à la prise du pouvoir par le parti communiste en Tchécoslovaquie en 1948, l’ensemble des bâtiments et terrains qui appartenaient aux différents clergés du pays ont été confisqués par le pouvoir nouvellement en place. En 2013, après de longues années de tractations relatives à son adoption, la loi sur la restitution des biens aux Eglises est finalement entrée en vigueur, et ce en dépit de nombreuses oppositions et parfois même de certains problèmes pratiques.

Depuis, divers biens ont déjà été restitués, notamment à l’Eglise catholique, dont certains monuments emblématiques comme l’église Saint-Jean-Népomucène à côté de Žďár nad Sázavou (cf. : http://www.radio.cz/fr/rubrique/faits/monument-culturel-unesco-leglise-saint-jean-nepomucene-restituee-a-leglise). Récemment encore, la justice a enjoint la Galerie nationale de Prague de rendre un tableau médiéval intitulé « La Madone de Veveří » (Madona z Veveří) (cf. : http://www.radio.cz/fr/rubrique/infos/la-galerie-nationale-tenue-par-la-justice-de-restituer-a-leglise-un-precieux-tableau-medieval).

Jaroslav Němec, photo: Site officiel de la ville de Kroměříž
Aujourd’hui, c’est un autre site ô combien symbolique qui doit retourner sous administration ecclésiastique : le château de Kroměříž, aussi appelé palais épiscopal puisqu’il a été construit par les archevêques d'Olomouc. Pour Jaroslav Němec, maire de la ville de Kroměříž (ANO), cette restitution est dans l’ordre des choses :

« D’une certaine façon, la ville de Kroměříž appartient à l’Eglise. C’était une ville épiscopale. Pour nous, cela n’est donc pas une surprise. Des négociations ont eu lieu avec l’archevêché d’Olomouc. Je pense que les relations avec l’archevêché sont positives. M. l’archevêque a toujours tenu à être rassurant en affirmant que rien ne changerait pour nos concitoyens et les visiteurs. Nous n’avons aucune raison d’en douter. Je ne pense pas que ce changement de propriétaire puisse avoir une influence quelconque sur notre vie quotidienne. En un mot, Kroměříž a un tout nouveau partenaire pour assurer le développement de la ville. »

Château de Kroměříž, photo: ČTK
Mardi, les représentants de l’Institut national du patrimoine et de l’archevêché d’Olomouc ont signé un accord de transfert de deux bâtiments, la Maison princière et l’hôtel de la monnaie, qui passeront dès vendredi sous la houlette de l’Eglise catholique. L’année prochaine, un accord général de restitution pour l’ensemble des bâtiments qui composent le château, y compris le jardin en contrebas de ce dernier, devrait être signé. La seul point d’interrogation qui demeure, concerne le célèbre Jardin floral, situé à quelques encablures du site. L’archevêché d’Olomouc a demandé un réexamen de la situation pour ce dernier.

En attendant, du côté de l’archevêché, on insiste sur la continuité de la gestion de ce patrimoine. Jiří Gráčka, porte-parole de l’archevêché d’Olomouc :

« Il faut mettre en place un modèle de coopération de façon à ce que les relations avec l’Institut national du patrimoine restent positives. Je tiens d’abord à préciser que nous ne planifions aucune modification du régime des visites ou de l’accès du bâtiment au grand public. Nous ferons en sorte que le public ne se rende même pas compte du changement de propriétaire. »

Château de Kroměříž, photo: ČTK
Avec la restitution du palais de Kroměříž, l’archevêché d’Olomouc ne récupère pas seulement un bâtiment de valeur. En effet, le palais abrite également l’intégralité de la plus grande collection de tableaux de République tchèque, après celle de la Galerie nationale : 500 toiles et panneaux peints entre autres par de grands noms tels que le Titien, van Dyck, Brueghel, Cranach ou encore Véronèse.

En vertu de la loi sur les restitutions, l’Etat rend progressivement de nombreux bâtiments et propriétés pour une valeur de 75 milliards de couronnes (2,78 milliards d’euros). L’Etat s’est également engagé à verser progressivement aux Eglises, sur une période de trente ans, une compensation de 59 milliards de couronnes (2,18 milliards d’euros) pour les biens ne pouvant être restitués.