lLa Tchéquie et la Slovaquie - 10 ans après la partition de la Tchécoslovaquie.

La Tchécoslovaquie

Ces jours-ci, mais il y a dix ans, culminait le processus qui se termina, le dernier jour de décembre 1992, par l'abolition de la Tchécoslovaquie. En cette année 1992, l'Etat tchécoslovaque fêtait le 74ème anniversaire de sa naissance. En cette année 1992, l'un des Etats de l'Europe centrale a disparu de la carte de l'Europe. Deux nouveaux Etats étaient nés : la Tchéquie et la Slovaquie. Comment vivent-ils aujourd'hui, 10 ans après la partition de la Tchécoslovaquie.

Plusieurs publications traitent de la disparition de la Tchécoslovaquie. Parmi elles, celle de mon collègue, Omar Mounir, intitulée « La partition de la Tchécoslovaquie ». Un nouvel ouvrage vient d'être publié par Academic Electronic Press, à Bratislava, capitale de la République slovaque. L'auteur en est un historien tchèque, Jaroslav Rychlik, qui l'a intitulé « Le démantèlement de la Tchécoslovaquie, la relations tchéco-slovaques 1989-1992 ».

Un Etat fondé au mois d'octobre 1918, sur les ruines de l'empire austro-hongrois, a donc disparu de la carte de l'Europe. Je ne reviendrai pas sur les circonstances, les procédures, les discussions qui ont conduit à cette disparition. Vu le fait que ma mère est d'origine slovaque et vit en Slovaquie et que moi je vis à Prague, depuis plus de trente ans, je pense que ma vision des rapports tchéco-slovaques pourrait être intéressante pour ceux qui suivent les émissions de Radio Prague. Je possède, d'ailleurs, la double nationalité, tchèque et slovaque...

Alors, comment vivent leur indépendance les Tchèques et les Slovaques ? Il faut dire que leurs situations politiques, sur la carte de l'Europe, ne sont pas les mêmes. La Tchéquie est membre de l'OTAN et devrait entrer à l'Union européenne, dans deux ans. La Slovaquie ne devrait être invitée à devenir membre de l'OTAN qu'au sommet pragois de cette organisation, cette année. Elle pourrait, aussi, devenir membre de l'Union, rapidement. Disons tout de suite, qu'il est un peu étrange, pour une personne vivant en Tchéquie et qui a de la famille en Slovaquie, de devoir passer une frontière, de devoir changer son argent, de devoir présenter son passeport à la frontière. Pour les documents et les rapports interfrontaliers, précisons quand même, qu'il est possible de voyager seulement avec une carte d'identité. En effet, les deux Etats qui formaient la « feu Tchécoslovaquie » ont adopté un régime frontalier spécial fondé sur une union douanière. D'autres facilités existent aussi, comme par exemple, la reconnaissance des diplômes dans les deux pays, l'assurance etc. Ce ne sont pas, tout à fait, des pays étrangers. D'ailleurs, la langue est très proche, la culture et la mentalité aussi. Pourtant, ce ne sont pas les mêmes nations. Il suffit d'écouter la musique folklorique pour le comprendre.

La cuisine est différente, aussi. Les plats slovaques sont influencés par le sud, par la Hongrie, alors que la cuisine tchèque est plus proche de l'Autriche et de l'Allemagne. Une question qui revient souvent sur les lèvres des étrangers. Les Tchèques comprennent-ils le slovaque et vis versa ? Disons que les personnes plus âgées ne rencontrent, pratiquement, aucun problème. En effet, elles ont vécu la Tchécoslovaquie et, par exemple, les émissions tchécoslovaques de la radio et de la télévision. Les voyages étaient fréquents dans les régions tchécoslovaques, beaucoup de Tchèques habitaient et travaillaient en Slovaquie et vis versa. Après la partition, les émissions communes des médias ont disparu. On constate, malheureusement maintenant, que la jeune génération tchèque ne comprend plus tellement le slovaque, certains mots étant différents, comme les jeunes Slovaques ne comprennent plus tellement le tchèque.

Il faut dire que la télévision contribue, quand même encore, à ce que les contacts ne se perdent pas. En effet, une bonne partie des Tchèques captent les émissions slovaques, tout comme une bonne partie de Slovaques captent les émissions des chaînes de télévision tchèques.

La plus grande différence que l'on peut constater entre les deux républiques qui formaient l'ancienne Tchécoslovaquie réside dans le niveau de vie de la population. Il suffit de prendre le cours de la monnaie pour comprendre : vous recevrez plus de 150 couronnes slovaques pour 100 couronnes tchèques. Comptez environ trente couronnes tchèques pour un euro. Second exemple : le salaire moyen et les prix des produits de consommation courante. Alors que le salaire moyen d'un Tchèque représente dans les 16 000 couronnes tchèques, le salaire moyen d'un Slovaque n'est que dans les 13 000 couronnes slovaques... Une grande différence ! Ajoutez à cela les prix des denrées alimentaires et autres produits de base qui sont, en général, plus élevés ! Il n'est donc pas étonnant que les Tchèques vivant non loin des frontières avec la Slovaquie s'y rendent de plus en plus fréquemment pour y faire leurs achats, et que de plus en plus de Tchèques reviennent en Slovaquie pour y passer une partie de leurs vacances... En effet, même avec des prix plus élevés, le cours de change est favorable et les achats et vacances reviennent moins cher !

Vacances, disions-nous... Oui, la Slovaquie est un véritable paradis naturel, avec des hautes montagnes, de style alpin, des régions pittoresques, mais avec une infrastructure encore des plus boiteuses. La raison ? Vu la situation politique assez incertaine, bon nombre d'investisseurs étrangers hésitent à venir, avec leurs capitaux, en Slovaquie. Les élections législatives de ce mois-ci devraient décider de l'avenir de ce petit pays... Bratislava, une belle ville avec son centre historique entièrement rénové, située sur le Danube, à quelques dizaines de kilomètres de Vienne seulement, est un peu une exception. Les salaires sont plus élevés, le chômage n'est pas aussi important (il dépasse largement les 20 % dans bon nombre de régions slovaques), et elle représente, un peu comme toutes les capitales européennes, dont Prague, une petite île de prospérité où il fait bon vivre...

En fin de compte, la partition de la Tchécoslovaquie, processus entamé il y a dix ans, a du bon quand même, comme le constate l'auteur de la dernière publication qui y est consacrée, Jaroslav Rychlik : les relations entre les Tchèques et les Slovaques sont devenues des relations entre partenaires égaux. Ceci n'était pas toujours le cas, dans le cadre de l'Etat commun, la Tchécoslovaquie. Il y avait toujours quelque chose à se reprocher mutuellement...

Aujourd'hui, la coopération entre les deux nations prime. Question insidieuse : pourquoi ces deux nations qui avaient lutté, il y a 84 ans, pour former un Etat commun, se sont-elles séparées ? Réponse, juste peut-être : ni les Tchèques, ni les Slovaques, n'ont jamais pleinement accepté une certaine « identité tchécoslovaque ».