Législatives dans la presse : réactions, différences entre Tchéquie et Slovaquie, clivage gauche-droite

Cette nouvelle revue de presse propose des réactions aux résultats des élections législatives tenues les 3 et 4 octobre. Les différences entre les populismes tchèque et slovaque ou la fin du clivage gauche-droite figurent également parmi les thèmes abordés.

« Le fonctionnement de la société ne changera pas beaucoup. Les résultats des élections montrent clairement que même si la majorité de la population ne souhaitait pas la poursuite du gouvernement Fiala, elle ne veut pas non plus de changements radicaux, sinon la formation Stačilo! (Assez !) dirigée par la communiste Kateřina Konečná n’aurait pas échoué et le parti d’extrême droite SPD ne se serait pas affaibli », estime un journaliste du site Novinky.cz.

Selon un chroniqueur de Seznam Zprávy, ces élections ont une fois de plus montré que les préférences politiques divisent la République en deux moitiés, et que le fossé n’est pas facile à franchir.

L’enjeu du scrutin, d’après Hospodářské noviny, était de savoir quel discours l’emporterait : « Celui du gouvernement, qui reposait sur la nécessité de défendre la civilisation contre l’agressivité de la Russie, ou celui de l’opposition, qui mettait l’accent sur des problèmes locaux tels que les prix de l’énergie, le logement et les revenus réels. Et les Tchèques ont majoritairement décidé que le thème du niveau de vie l’emportait. »

Le média progressiste en ligne A2larm note qu’après ces élections, aucun parti se réclamant de la gauche ne siégera à la Chambre des députés, « ce qui est une mauvaise nouvelle pour la politique tchèque et surtout pour la société tchèque. »

« La République tchèque s’apprête à vivre une période politique difficile, mais les résultats constituent une base solide pour éviter de sombrer, au cours des quatre prochaines années, dans les scénarios catastrophiques que Viktor Orbán et Robert Fico sont en train de mettre en œuvre dans les pays voisins », lit-on dans Deník N.

« Les électeurs des partis actuellement au pouvoir ont clairement exprimé leur souhait de voir de nouveaux visages en politique », indique l’hebdomadaire Respekt. Les électeurs du mouvement ANO, en revanche, sont satisfaits de leurs représentants actuels. « Sur les 80 députés dont disposera le vainqueur des élections, aucun n’a moins de 30 ans et seuls huit ont moins de 40 ans, malgré les efforts manifestes du mouvement pour cibler cette année la jeune génération d’électeurs. »

Un journaliste du site Forum24.cz considère que la victoire du mouvement ANO d’Andrej Babiš n’est pas seulement due à son immense supériorité, mais aussi à l’incapacité des partis démocratiques.

« Une période de confusion nous attend. Les Français la vivent, les Néerlandais et les Allemands la vivent aussi, et il est logique que nous ne puissions pas y échapper », constate un chroniqueur de Lidovky.cz. Son ton est pourtant légèrement optimiste : « La crise nous donnera l’occasion de tenter de réhabiliter notre action. Les personnes positives ayant des propositions et des programmes concrets auront leur chance. »

Le site Echo24.cz relève un autre aspect : « La nouvelle Chambre des députés présente des combinaisons intéressantes parmi les élus, qui comprennent à la fois des législateurs expérimentés et de nouveaux visages, ainsi que des ex-conjoints et des frères rivaux. Le plus d’attention est voué au cas de Tomio Okamura, chef du parti populiste SPD, et de Hayato Okamura de la coalition SPOLU (Ensemble). »

Quelle différence entre les populismes tchèque et slovaque ?

« Pour la Slovaquie, il est important que le prochain parlement tchèque ne comptera pas en son sein les communistes du parti Stačilo ! (Assez !), dont les opinions pro-russes et anti-européennes étaient les plus proches de celles de la coalition gouvernementale slovaque. Leur défaite est le signe le plus évident de la différence entre les électeurs tchèques et slovaques », écrit un journaliste de l’hebdomadaire Respekt citant un chroniqueur du journal slovaque Dennik N.

Andrej Babiš | Photo: Vít Šimánek,  ČTK

Et ce, en dépit du fait que le prochain Premier ministre Andrej Babiš ait déjà déclaré que son premier voyage à l’étranger le mènerait en Slovaquie et que, évidemment, Robert Fico l’accueillera comme un allié proche dans sa lutte contre l’Union européenne et pour les intérêts russes :

« Il est vrai que le populisme a remporté la victoire en République tchèque. Cela semble confirmer la proximité de nos deux nations et l’alliance des populismes. Mais le populisme tchèque est difficilement comparable à celui de la Slovaquie. Il est laïc et, même s’il se caractérise par une certaine hostilité envers l’Union européenne (mais pas envers l’OTAN), celle-ci n’est pas alimentée par le mythe de sa dépravation libérale. Babiš ne devrait pas être un allié aussi proche du Premier ministre slovaque comme ce dernier l’espère. Les intérêts de Babiš et de ses électeurs qui ne sont pas membres d’une secte pro-russe sont différents de ceux de Fico. Et en raison de ses activités commerciales, Babiš est beaucoup plus étroitement lié à l’Union européenne que Fico. Il en va de même pour l’illusion d’une renaissance du groupe V4. »

« Le résultat des élections tchèques n’est pas une bonne nouvelle pour la Slovaquie, mais il aurait pu être pire », résume le journaliste slovaque avant de conclure :

« Pour les États membres de l’Union européenne, une chose est claire : l’Europe centrale est une région sur laquelle on ne peut pas compter. D’abord, il y avait un revirement radical en Slovaquie, maintenant en République tchèque. Si Andrej Babiš devient Premier ministre et veut réussir dans ses fonctions, il devra convaincre Bruxelles qu’il n’est pas comme Fico. »

Quand le clivage gauche-droite ne fonctionne plus

Selon un chroniqueur de Deník N, les élections législatives tchèques n’ont pas réservé de surprise. « Chez nous, comme dans la plupart des autres pays démocratiques, le vote a été dominé par les populistes, dans notre cas par un bloc de partis populistes qui se distinguent principalement par leur degré de radicalité », explique-t-il avant d’ajouter :

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« Chez nous aussi, la division classique entre la gauche et la droite a cessé d’être le principal signe distinctif de la scène politique. Le clivage tectonique dans la société se situe désormais entre les populistes et les démocrates traditionnels. Pendant que le style populiste s’impose de manière toujours plus marquante en Occident, les Tchèques peuvent tout au plus se féliciter de ce que notre bloc populiste national soit dominé par sa partie modérée. Cela représente un brin d’espoir sans donner pour autant de réponse à la question de savoir ce que les partis traditionnels battus doivent faire pour ne pas perdre à nouveau la prochaine fois. En effet, le style populiste semble très bien fonctionner. »

« La crainte d’une menace pour la démocratie ou d’un revirement de l’orientation de la politique étrangère du pays n’a aucun effet », constate le journaliste de Deník N. L’espoir que les populistes au pouvoir se discréditent eux-mêmes ne fonctionne pas non plus. Par ailleurs, comme il le rappelle, Babiš se dirige vers la tête du gouvernement pour la deuxième fois, tout comme Donald Trump est revenu à la Maison Blanche :

« Le retour de populistes déjà éprouvés apporte en fait un message fondamental : les électeurs savent très bien pour qui ils votent, il ne s’agit pas d’une expérience à l’aveugle, comme nous pouvions le croire il y a encore quelques années. Et il faut reconnaître que les populistes font manifestement quelque chose de bien, ou encore qu’ils agissent d’une façon contre laquelle il n’existe actuellement aucune bonne recette. »