Presse : dans les relations tchéco-slovaques, critiquer n’est pas donner la leçon

Le cardinal Dominik Duka à Nitra

Les critiques formulées à l’égard de la situation politique en Slovaquie constituent-elles une forme de leçon par les Tchèques à leurs voisins ? Cette nouvelle revue de presse nous fournira quelques éléments de réponse à cette délicate question. Autres sujets à son menu : les manifestations pour le climat, les incendies dans les forêts tchèques, les espoirs déchus du tennis tchèque.

Dans un sermon prononcé samedi dernier lors du pèlerinage Cyrille-Méthode à Nitra, en Slovaquie, le cardinal Dominik Duka s’est excusé auprès des Slovaques pour les Tchèques qui, selon lui, leur donnent des leçons sur la liberté et la démocratie. Un constat qui a valu à l’archevêque émérite de Prague des remerciements de la part du Premier ministre slovaque Robert Fico, tout en étant  contredit par une grande partie de médias locaux. L’éditorialiste du site Seznam Zprávy, par exemple, écrit :

« Il se trouve simplement que le gouvernement tchèque désapprouve fondamentalement la manière dont le cabinet slovaque traite la Russie et l’Ukraine. Les représentants politiques tchèques et slovaques actuels ne sont pas d’accord sur cette question cruciale. La critique n’est pas une leçon. Les politiciens slovaques donnent-ils des leçons aux Tchèques lorsqu’ils affirment que le gouvernement tchèque a intérêt à ce que la guerre en Ukraine se poursuive, que l’armement est absurde et que l’Occident alimente la guerre en envoyant des armes à l’Ukraine ? Il s’agit ni plus ni moins que d’une opinion différente, d’un regard différent sur la Russie. »

Pour l’éditorialiste, cette différence évoque celle qui a été incarnée au XIXe siècle par deux figures marquantes, le Tchèque Karel Havlíček Borovský et le Slovaque,  Ľudovít Štúr. « Tandis que le journaliste tchèque voyait en la Russie une menace, le politicien et poète slovaque, figure importante du renouveau slovaque, attendait d’elle un avenir prometteur », écrit-il avant d’ajouter :

« Les différences proviennent également d’une perception différente de l’ère communiste en Tchécoslovaquie. Alors que les Tchèques regardent cette période d’un oeil plutôt négatif, en Slovaquie, elle est vue d’un oeil beaucoup plus indulgente. Or, il n’y a vraiment pas lieu de s’excuser pour des leçons données à quelqu’un. Le fait que les opinions d’une partie des Tchèques et des Slovaques ne coïncident pas sur certaines questions est simplement dû à des expériences et à des interprétations différentes de l’histoire. »

Fini le boom des manifestations pour le climat

Pourquoi le mouvement pour la sauvegarde du climat a-t-il disparu de la scène ?, s’interroge l’hebdomadaire Respekt. Il l’illustre par le fait que, fin juin, un cortège organisé à ce sujet qui a traversé le centre de Prague ne comptait qu’une trentaine de manifestants :

Photo: René Volfík,  iROZHLAS.cz

« L’événement a été organisé par la branche tchèque du mouvement international Fridays for Future. Les participants, pour la plupart des jeunes, brandissaient des banderoles sur lesquelles on pouvait lire des slogans tels que ‘L’énergie pour le peuple, pas pour les barons du charbon‘ ou ‘1 % des Tchèques possèdent plus que les 90 % les plus pauvres‘. Le but de la marche était de critiquer les milliardaires tchèques Daniel Křetínský et Pavel Tykač qui, malgré le réchauffement climatique, continuent d’exploiter des mines de charbon et des centrales électriques émettant de grandes quantités de gaz à effet de serre. »

Autour de l’an 2019, les manifestations pour le climat rassemblaient en Tchéquie parfois même des milliers de personnes. Les organisateurs expliquent la faible participation à celle qui s’est tenue dernièrement à Prague par l’approche des vacances et par le fait qu’attirer l’attention sur la protection du climat est aujourd’hui beaucoup plus difficile qu’auparavant. D’autant plus que les crises à résoudre se multiplient, dont en premier lieu la guerre en Ukraine ou le conflit à Gaza, que les gens perçoivent comme des menaces plus immédiates. Et pourtant, comme l’indique le magazine, la situation climatique ne s’améliore pas :

« Selon les scientifiques, la crise climatique progresse de plus en plus rapidement et cette année pourrait à nouveau être l’une des plus chaudes. Pourquoi alors si peu de gens participent-ils aux manifestations visant à atténuer cette crise? Que faut-il pour que les gens descendent à nouveau dans la rue pour manifester en faveur du climat ? Surtout au moment où la plupart des Tchèques déclarent dans les sondages que le changement climatique est pour eux une menace, une menace plus grande que, par exemple, la migration ou la montée de l’intelligence artificielle ? Autant de questions auxquelles il est difficile de trouver une réponse univoque.»

Les forêts tchèques en flammes

« Les incendies de forêt en Tchéquie sont plus nombreux cette année que les années précédentes », rapporte un texte publié dans le journal en ligne Deník Referendum:

Photo: Luboš Pavlíček,  ČTK

« Malgré le temps pluvieux que le pays connaît actuellement, les pompiers ont déjà enregistré plus de huit cents incendies de forêt au cours du premier semestre qui ont touché l’ensemble du pays. La cause principale en sont la sécheresse et les températures élevées des jours précédents. Au cours de la semaine dernière, des incendies ont par exemple ravagé les forêts de la région appelée Suisse tchèque. Le nombre enregistré jusqu’à présent est plus élevé que celui retenu pendant la même période en 2024 et 2023. Il y a vingt ans, les pompiers enregistraient pas plus que six cents incendies de forêt par an. Ces dernières années, leur nombre a donc plus que doublé. »

Le chroniqueur du journal indique qu’outre la sécheresse, c’est la grande quantité de sapins dans les forêts qui contribue aux incendies. « Les forestiers apprécient cette essence en raison de sa croissance rapide, mais les sapins sont également extrêmement inflammables en raison de leur forte teneur en résine », explique-t-il. Actuellement, les sapins représentent un peu moins de 50 % des forêts et leur nombre diminue légèrement à long terme. A l’avenir, cependant, leur nombre pourrait de nouveau augmenter :

« Les propriétaires forestiers privés ne seront plus tenus de planter un pourcentage minimum d’arbres à feuilles caduques et de sapins, comme c’était le cas jusqu’à présent. C’est en effet ce que prévoit la modification de la loi forestière, qui devrait entrer en vigueur l’année prochaine. »

Le tennis tchèque à l’heure des espoirs déchus

« Où est passée la puissance tchèque ? », s’interroge le chroniqueur du site sport.cz en lien avec les résultats médiocres des joueurs et joueuses de tennis tchèques à Wimbledon, sauf, bien sûr, les performances remarquables de Kateřina Siniaková en double et en double mixte:

Sem Verbeek et Kateřina Siniaková au Wimbledon | Photo: Kirill Kudryavtsev,  AFP/Profimedia

« Lorsque Roland Garros a clôturé la saison sur terre battue, la plupart des joueurs et joueuses tchèques étaient impatients de retrouver des surfaces plus rapides. Mais les promesses et les espoirs liés au gazon se sont cette fois-ci évanouis dans un océan de défaites à Wimbledon. Même lors du troisième Grand Chelem de l’année, aucun quart de finaliste en simple n’a porté le drapeau tchèque. Déjà le bilan à Paris a été assez triste. Sur les 13 participants tchèques, seuls trois ont atteint le troisième tour. A l’All England Club, seuls trois représentants tchèques sur douze ont atteint les 32 derniers. Et seule Linda Nosková s’est battue pour atteindre les quarts de finale. Ce simple décompte ne peut être qualifié autrement que de déception. »

Après les triomphes de Markéta Vondroušová (2023) et Barbora Krejčíková (2024), le triplé tchèque était alors loin d’être acquis :

« La gagnante de Berlin, Vondroušová, n’a pas réussi à surmonter un tirage au sort difficile, et la tenante du titre, Krejčíková, souffre de l’épuisement causé par le programme de matchs qu’elle absorbe après une pause de six mois pour raisons de santé. La troisième du trio, Karolína Muchová, souffre d’une blessure au poignet qui l’empêche pour l’instant de réitérer ses performances de la fin de la saison dernière (demi-finale de l’US Open, finale à Pékin). »

Ainsi, comme l’indique encore le chroniqueur sportif, pour la deuxième fois depuis 2011, il semble qu’aucune joueuse tchèque ne se qualifiera pour le Tournoi des championnes.