Dépenses militaires : le gouvernement tchèque confirme l’objectif de 3 % du PIB pour 2030

En Tchéquie ces dernières semaines, au fil des déclarations de Donald Trump et du rapprochement des États-Unis avec la Russie, pratiquement plus un jour ne passe sans que la question de la nécessité d’augmenter les dépenses militaires ne revienne sur la table. Une table sur laquelle le Premier ministre Petr Fiala, comme il l’a encore déclaré mercredi 5 mars, entend « poser argent et armes ». Et s’il n’a pas encore expliqué comment il comptait s’y prendre pour y parvenir, le chef du gouvernement a confirmé que la Tchéquie comptait augmenter notoirement les investissements dans son armement lors des cinq prochaines années.

Emmanuel Macron | Photo: Abaca Press/Profimedia

Quelques heures avant qu’Emmanuel Macron ne s’exprime solennellement devant les Français pour leur rappeler « la menace » que la Russie et son agressivité « qui ne semble pas connaître de frontières » représente « pour l’Europe », et donc pas seulement pour l’Ukraine comme les pays baltes et d’Europe centrale ne cessent de le répéter depuis trois ans, le gouvernement tchèque, qui était réuni en conseil des ministres mercredi après-midi, a confirmé une intention formulée il y a déjà quelques jours.

Dans le contexte d’une « situation internationale très compliquée », et conformément à l’engagment pris à Londres dimanche dernier lors du sommet qui a rassemblé les principaux alliés européens de l’Ukraine, après lequel il a appelé à « passer de la parole aux actes », Petr Fiala a expliqué qu’augmenter le budget consacré à la défense était devenu « nécessaire et essentiel pour la sécurité de la Tchéquie » :

« Comme je l’ai déjà dit une fois, nous devons réagir à cette situation en posant l’argent et les armes sur la table. Le gouvernement tchèque ne se contente pas de paroles et d’appels, mais réagit en prenant des décisions concrètes. C’est ainsi qu’aujourd’hui (mercredi), nous avons décidé d’augmenter progressivement les dépenses de défense, et ce, à raison de 0,2 % du PIB par an à compter de l’année prochaine, jusqu’en 2030. »

Ainsi, donc, après avoir enfin atteint la barre des 2 % en 2024, soit vingt-cinq ans après un engagement pris lors de son adhésion à l’OTAN, à l’horizon 2030, la Tchéquie devrait consacrer 3 % de son PIB à son réarmement.

Une nécessité que Petr Fiala, contre lequel le mouvement populiste ANO d’Andrej Babiš - opposé à cette augmentation des dépenses de défense - a lancé une vaste campagne de dénigrement à travers le pays avec de grandes affiches le présentant comme « le pire Premier ministre au monde », considère comme « une opportunité pour l’économie tchèque, la recherche et l’innovation ».

Et ce, alors que les usines et ateliers des fabricants d’armes tournent à plein régime depuis déjà de longs mois et que, selon le quotidien économique Hospodářšké noviny, face à la crise que traverse actuellement le secteur automobile, l’industrie de l’armement pourrait bien devenir le prochain moteur de l’économie tchèque.

« Dépenser avec bon sens »

Présente aux côtés de Petr Fiala lors de la conférence de presse qui a suivi la réunion du gouvernement mercredi, la  ministre de la Défense, Jana Černochová, a, elle, constaté que la Tchéquie, après de nombreuses années de sous-financement, possédait un important retard dans la modernisation de son armée, et s’est par conséquent dit convaincue que les moyens financiers supplémentaires qui seront prochainement mis à disposition de son ministère seront dépensés « avec bon sens ».

Jana Černochová | Photo: Anna Boháčová,  Profimedia

Soulignant, par ailleurs, que la guerre en Ukraine montrait l’importance de travailler sur la défense aérienne, la ministre, qui dispose pour cette année d’un budget de près de 155 milliards de couronnes (6,2 milliards d’euros), a rappelé que « la liberté a un coût, [et que] la sécurité et la défense sont des conditions fondamentales pour le bon fonctionnement de l’État ».

Volodymyr Zelensky | Photo: Nicolas Tucat,  AFP/Profimedia

Invitée également à s’exprimer sur la décision prise par les États-Unis de suspendre leur partage de renseignements avec l’Ukraine, Jana Černochová a en revanche regretté ce qu’elle a appelé « une nouvelle escalade du conflit dont nous avons été témoins en direct à la Maison Blanche vendredi dernier ». Selon elle, toutes les parties concernées, y compris l’Union européenne, devraient « faire tout leur possible pour ramener Volodymyr Zelensky et Donald Trump à la même table » :

« Nous ne pouvons pas nous permettre, en tant qu’Europe, en tant que civilisation occidentale, d’être opposés aux États-Unis. L’Ukraine a désespérément besoin d’informations, elle a besoin d’équipements militaires, car si quelqu’un la prive des informations qui lui sont vitales pour pouvoir lutter contre l’agression russe, alors, bien évidemment, cela pourrait avoir des conséquences incalculables avec des centaines et des milliers de victimes supplémentaires, et je ne pense pas que ce soit là quelque chose que veuille Donald Trump ou qui que ce soit d’autre. »

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