Festival de Karlovy Vary : A Second Life, un film sur la solitude, Paris et les nymphéas
Le réalisateur français Laurent Slama a présenté, cette semaine, son troisième long-métrage au Festival international du film de Karlovy Vary. Projeté hors compétition, « A Second Life » raconte une rencontre platonique entre un Américain libre d’esprit et une Parisienne malentendante, épuisée par la gestion de locations Airbnb et repliée sur elle-même. Elle est incarnée par Agathe Rousselle, connue grâce au film Titane. Un film sur le courage d’affronter ses peurs, dont l’histoire se passe pendant les Jeux olympiques de Paris.
Laurent Slama, qu’est-ce que cela représente pour vous de présenter votre film dans ce festival ?
« C’est la deuxième fois que je viens. En 2021, j’avais présenté à Karlovy Vary mon précédent film qui s’appelait ‘Années 20’. J’avais adoré le festival et donc j’ai été très heureux d’être invité cette année. C’est un endroit incroyable pour voir des films avec un public hyper chaleureux. C’est décidément un de mes festivals préférés et je suis très heureux d’être là. »
Quelle était la genèse de votre film « A Second Life » ?
« C’est un projet que j’ai développé pendant un an lors d’une résidence d’écriture. Ensuite, je l’ai laissé de côté, puisque je n’en étais pas satisfait. Huit mois avant les Jeux olympiques de Paris, j’ai rencontré l’actrice principale, Agathe Rousselle, pour un autre projet. Et c’est là où ça m’a marqué. Je me suis dit qu’elle était parfaite pour ce film. J’ai décidé réinventer l’histoire, d’écrire un autre film qui se passe pendant les Jeux olympiques de Paris, en pensant uniquement à Agathe. Dès le début, elle s’est montrée très enthousiaste pour ce film qui a finalement été écrit et produit très rapidement. »
Pourquoi ce personnage principal d’une jeune femme malentendante?
« Le film traite des questions de santé mentale et de dépression. Je cherchais un personnage qui était dans une forme de déconnexion avec le monde. Comme si cette femme regardait le monde à travers une vitre sans pouvoir vraiment toucher les choses. Le fait qu’elle a des prothèses et qu’elle est malentendante met une distance entre elle et le monde. Je trouvais intéressant de donner un élément extérieur et matériel à ce sentiment. »
Comment s’est passé le tournage, pendant les Jeux olympiques ?
« Nous avons beaucoup anticipé. Nous étions inquiets, parce que la mairie à Paris avait interdit les tournages. Finalement, ça a été assez facile parce qu’ils ont autorisé des tournages en petite équipe, ce qui était notre cas. Cela s’est avéré extrêmement facile et fluide parce qu’une grande partie des Parisiens sont partis. Donc la ville était assez vide, c’était Paris sans les Parisiens ce qui était très agréable ! Les gens étaient aussi accueillants et agréables, c’était une bonne expérience. Beaucoup d’imprévus, notamment le jour de la cérémonie d’ouverture où on nous a interdit de tourner au bord de la Seine. Finalement, c’était un avantage de ne pas avoir cette autorisation parce que, comme on le sait, il a plu énormément… Nous étions contents de ne pas être dehors et nous avons trouvé, deux heures avant, un bar très grand avec plein de gens pour tourner cette scène. »
Quel est votre rapport à Paris, ville qui joue un rôle important dans vos films ?
« C’est un rapport ambivalent, celui de toutes les personnes, je pense, qui vivent à Paris et qui ne sont pas extrêmement riches. Mes amis et moi, nous avons un rapport assez distendu à cela : c’est une ville qu’on aime bien, mais qui est en même temps très stressante, avec des rapports de force et de domination sociale. J’aime bien tourner à Paris, parce que justement, j’y trouve une tension et quelque chose de très vivant, lié à sa densité de population énorme. Cela donne de la foule partout et tout le temps. C’est un sentiment que j’aime beaucoup au cinéma et que j’ai découvert quand j’étais adolescent, dans le film muet ‘L’Aurore’ de Murnau. J’ai toujours eu envie de décrire cette folie de la ville. »
Vous évoquez aussi le phénomène Airbnb, une des facettes de cette folie…
« C’est le phénomène de surtourisme, connu partout en Europe, ä Paris, à Barcelone ou à Prague. Il est intéressant de montrer la ville comme un musée, où les gens viennent uniquement pour la consommer. Voilà pourquoi j’ai voulu aussi montrer Les Nymphéas de Monet exposés à l’Orangerie. Une partie des gens viennent aussi voir ces peintures iconiques comme un passage obligé, ils passent à peine dans la salle. L’héroïne du film, Elisabeth, a un rapport vraiment intime avec ces peintures. Je voulais montrer que c’était possible. Les musées exploitent ce surtourisme, comme on le voit à Paris, où le Louvre s’apprête à faire un tarif spécial pour la Joconde. Or ce sont des œuvres d’art extrêmement puissantes, dans lesquelles on peut s’immerger.
Avez-vous le temps de de profiter de ce festival en tant que spectateur ?
« Bien sûr ! J’adore voir des films : à Karlovy Vary, j’ai vu pour l’instant un film par jour, mais j’aimerais en voir plus. J’ai consulté le programme dès qu’il est sorti. Le film qui m’a le plus marqué, c’est ‘Sirat’ d’Olivier Laxe. Je l’ai vu dans la grande salle, avec le son super fort. C’était une très belle expérience de cinéma. »






