La mission la plus difficile du docteur Tomáš Šebek
« Ma mission la plus difficile » - tel est le sous-titre du livre dans lequel son auteur, le médecin Tomáš Šebek (1977), ausculte lui-même et dévoile avec une franchise désarmante les aspects les plus intimes de sa vie et de sa personnalité. Son livre intitulé Objektivní nález - Les Signes objectifs qui est sorti aux éditions Paseka, a suscité de vives réactions et a obtenu le Prix des lecteurs de la librairie en ligne Kosmas.
Fils d’une famille toxique
Le ton du livre de Tomáš Šebek est donné dès les premières lignes. Il écrit :
« Quand vous naissez dans la famille d’un père brutal et d’une mère alcoolique, vous n’avez que deux possibilités pour vivre votre vie. Soit, vous pouvez la bousiller complètement, soit, vous pouvez la bousiller moins en déployant d’autant plus d’efforts. Il est temps de dire la vérité sur moi-même. Et je crois de ne pas écrire qu’un récit personnel. »
Qui est donc Tomáš Šebek, un auteur devenu une personnalité publique de plus en plus populaire et respectée. C’est un chirurgien passionné de technologie numérique qui est entre autres le fondateur d’une organisation cherchant à prolonger la vie active des Tchèques. Membre de l’organisation Médecins sans frontières, il a participé à une série de missions à Haïti, en Afghanistan, au Soudan et au Yémen et il a évoqué ces expériences périlleuses dans plusieurs livres. Mais il est également père de quatre enfants et l’époux d’une femme médecin. Son dernier ouvrage dans lequel il se met à nu psychiquement, s’adresse cependant avant tout à sa famille. Il dit :
« Ce n’est pas tout à fait une autobiographie. C’est, indubitablement, de la non-fiction. Je voulais évidemment y retracer les moments pénibles de ma vie et j’ai cherché à les relier par un récit. Et comme je parle de moi, ce récit est en partie aussi le récit de ma vie. »
La défense de l’erreur
Dans de courts chapitres, Tomáš Šebek évoque les événements cruciaux de sa vie sans respecter leur ordre chronologique. Il nous amène dans le quartier Karlín à Prague où il passé son enfance, tiraillé entre un père brutal et autoritaire et une mère qui noyait sa désillusion dans l’alcool. Il évoque aussi ses efforts pour se libérer de l’emprise de cette famille toxique et se frayer un chemin vers l’indépendance et la liberté. Dans d’autres chapitres, il parle avec une franchise parfois choquante de sa profession de chirurgien et nous amène dans les salles d’opération souvent très rudimentaires où il a exercé son métier en tant que membre de l’ONG Médecins sans frontières. Il parle ouvertement de ce qu’il a fait et n’oublie pas non plus ses erreurs, ses méprises, ses imprudences et ses fautes. Le mot « erreur » n’a pas pour lui qu’un sens négatif :
« La faute - l’erreur sont pour moi un processus. C’est un élément qui fait partie du système. J’espère que nous avons de plus en plus d’instituteurs qui commencent à se rendre compte de l’importance de l’erreur mais ce n’est pas encore suffisant et c’est pourquoi je voulais lancer ce thème dans le débat public. L’erreur, c’est quelque chose qui ne doit pas être puni mais on doit examiner les raisons pour lesquelles elle a été commise. On doit plutôt corriger le système. »
Le chemin du succès
Sous cet angle de vue, l’erreur devient donc un aspect très important de toutes les activités humaines et peut devenir aussi un facteur de progrès. Et Tomáš Šebek insiste sur son importance :
« D’un côté, je suis capable de faire énormément d’erreurs, mais d’autre part, justement parce que j’ai commis tant d’erreurs, j’ose dire que, statistiquement, après un certain nombre de fautes arrive le succès. Il ne faut pas céder. Tu tombes huit fois, tu te relèves pour la neuvième fois et tu peux espérer que pour la dixième ce sera un succès. Et c’est quelque chose que j’ai pu vérifier tant dans mon travail de médecin que dans mes affaires commerciales et aussi peut-être dans ma famille. Mais là, j’ai commencé à le comprendre beaucoup plus tard. Cela me fait de la peine et j’aimerais faire quelque chose pour me rattraper. »
La mission la plus difficile
Dans de nombreux chapitres, Tomáš Šebek confesse douloureusement des échecs et des méprises au sein de sa famille. Il ne voulait et ne veut pas surtout ressembler à ses parents et reporter les torts dont il a été victime sur ses enfants. Et il avoue que cela a été pour lui une tâche très exigeante et pas tout à fait réussie. De toutes les missions de sa vie, celle de père a donc été pour lui probablement la plus difficile. Il se repent du temps insuffisant qu’il a consacré à l’éducation de ses enfants, des fautes qu’il a commises dans leur éducation et de ses infidélités conjugales – et il demande pardon. C’est surtout à l’intention de ses proches qu’il a écrit son livre et ce n’est que grâce à eux que le livre a pu être publié :
« Chaque membre de ma famille avait le droit de dire: ‘Ne le publie pas. Nous ne le voulons pas. Ne le fais pas." Et je ne l’aurais pas fait. Mais comme tous les quatre, mes deux aînés, ma femme et mon frère, m’ont soutenu dans ma démarche, je l’ai fait. Ce n’était pas donc tout à fait ma décision mais c’était appuyé par les membres de ma famille qui me sont les plus proches. »
Le privilège d’être médecin
Un des grands thèmes du livre est sa profession de médecin et de chirurgien. Tomáš Šebek évoque des situations où le médecin joue un rôle décisif pour la vie des malades et des blessés, où le chirurgien doit prendre une décision risquée qui peut sauver mais aussi détruire la vie du patient. Il avoue les erreurs qu’il a faites, lui aussi, au cours de sa carrière et souligne que le médecin n’est qu’un homme qui partage toutes les faiblesses des autres humains. Il ne cache pas même les sensations qu’il éprouve et cherche à réprimer, lorsqu’il ausculte par exemple une belle femme.
La médecine, et particulièrement la chirurgie, sont pour Tomáš Šebek une grande aventure qui demande outre une formation professionnelle aussi beaucoup de sensibilité, de responsabilité et de courage. A l’âge de 48 ans, il considère toujours le travail de médecin comme un privilège mais la médecine, comme nous l’avons dit, n’est pas son unique activité. Parallèlement, il mène encore une carrière d’homme d’affaires et poursuit ses activités littéraires. Invité par des libraires, il sillonne toute la République tchèque pour présenter son livre et se dit étonné par les réactions de ses lecteurs qui, inspirés par sa franchise, lui racontent leurs propres histoires. Et ces histoires ne cessent de l’intriguer et de le surprendre. Il se félicite d’avoir provoqué de telles réactions, se réjouit du succès de son livre mais insiste toujours sur l’importance du chemin tortueux qui a mené à ce succès :
« Si on me prenait avant pour un homme qui a réussi tout ce qu’il a fait, je voulais montrer dans mon livre que derrière ce succès il y a énormément d’erreurs, que je ne suis qu’un homme faillible et que l’espoir est peut-être dans le fait que certaines choses exigent beaucoup d’efforts et peuvent être pénibles mais si vous persévérez, vous finirez par parvenir au succès. »