Plus de femmes et plus de jeunes au sein d’une nouvelle Chambre des députés… plus conservatrice

Le Parti pirate a dorénavant 15 femmes députées et 3 hommes seulement

Alors qu’on est toujours bien loin de la parité hommes/femmes au sein de la Chambre des députés, les législatives de ce week-end ont toutefois permis de rebattre les cartes : malgré un nombre bien moindre de femmes candidates sur les listes que celui des hommes, le « vote préférentiel » a joué cette année en faveur des femmes – et des jeunes.

C’est un constat fait régulièrement – déploré tout autant par les associations féministes et pas seulement : le monde de la politique tchèque reste très masculin. De nombreuses femmes se décident pourtant de s’y lancer, mais au risque d’y perdre des plumes : entre les remarques misogynes toujours pas passées de mode et les horaires parfois déments des sessions parlementaires qui permettent difficilement de concilier vie privée et vie professionnelle, certaines jettent l’éponge en cours de route face aux obstacles trop contraignants.

Pour les élections législatives de cette année, 3 069 hommes et 1 400 femmes candidataient sur les listes des 26 partis en lice dans les quatorze régions du pays. Les femmes ne représentaient donc à peine que 31 % du nombre total de candidats.

Pourtant, les choses changent aussi – lentement certes, mais sûrement. Déjà lors de la dernière législature en 2021, un nombre record de 50 femmes ont siégé à la Chambre des députés. Cette année, elles seront désormais 67, soit un tiers de la chambre basse du parlement.

Le parti des Maires et Indépendants  (STAN) | Photo: STAN - Starostové a nezávislí

Deux partis font tout particulièrement figure d’exception : le parti des Maires et Indépendants (STAN) qui a dorénavant 14 femmes députées pour 8 hommes et surtout le Parti pirate avec 15 femmes pour 3 hommes seulement. Ces deux formations qui n’ont jamais fait mystère de leurs idées progressistes comme faisant partie intégrante de leurs valeurs et de leur programme, s’efforcent également de les mettre en œuvre dans leurs structures internes.

Le « vote préférentiel » comme arbitre du changement

Le « vote préférentiel » a largement joué en faveur de cette mise en avant des femmes : en effet, en Tchéquie, il est possible de voter soit pour le parti dans son ensemble soit pour le parti choisi en sélectionnant jusqu’à quatre candidat(e)s sur la liste électorale, en cochant ou plutôt en « entourant » la personne en question. Comme en 2021, une initiative intitulée « Zakroužkuj ženu », littéralement « Entoure une femme », incitait cette année aussi les électeurs à utiliser leur vote préférentiel pour les candidates inscrites sur le bulletin. Une initiative largement relayée notamment au sein de l’électorat et des cercles militants de ces deux partis, tout particulièrement sensibles à ces questions de parité et de renouvellement du personnel politique.

Photo illustrative: Lukáš Řezník,  Anna Jadrná,  iROZHLAS.cz

Pourtant, cette mise en avant des femmes ne fait pas que des heureux – pas seulement dans les cercles conservateurs, mais, étonnamment au sein même du Parti pirate qui a notamment vu souffler sur ses listes un vent nouveau : ainsi, se confiant au quotidien Deník N, le candidat tête de liste pour la Bohême du Sud, dépassé par la No 2 grâce au vote préférentiel, dit avoir entendu parler de l’initiative « Zakroužkuj ženu », tout en pensant qu’il ne s’agissait « que d’une recommandation ». « Je ne m’attendais pas à ce que le parti pour lequel je me présentais appelle de manière systématique, à mi-parcours de la campagne électorale : ‘Votez pour les femmes sur les listes électorales’. » De toute évidence échaudé et pas vraiment ravi du résultat, il estime que si lui-même avait appelé à « entourer un homme », il aurait dû quitter le parti, oubliant probablement que le « vote préférentiel » se fait généralement souvent – et notamment par le passé – par défaut pour les hommes, pour des raisons structurelles.

Pourtant, les sondages montrent régulièrement que l’opinion publique tchèque considère que la représentation des femmes à la Chambre des députés est insuffisante. Selon les données de l’ONG Forum 50 %, qui milite pour la parité, 59 % des Tchèques partagent cet avis, et même 77 % des femmes.

Les jeunes dans la Chambre des députés,  Julie Smejkalová  (STAN),  Katerina Demetrashvili  (Pirates),  František Talíř  (KDU-ČSL) | Collage: iROZHLAS.cz

Corollaire à ce vote préférentiel en faveur des femmes, les jeunes ont également été mis en avant – éjectant dans le même temps certains « matadors » de la politique tchèque. Selon les données de l’Office tchèque des statistiques, l’âge moyen des députés est désormais de 48,78 ans ce qui représente une certaine baisse par rapport à la dernière Chambre des députés. Le groupe parlementaire le plus jeune sera – une fois de plus et sans surprise – celui des Pirates, avec une moyenne d’âge d’environ 37 ans. Le député le plus âgé est Jan Síla, 75 ans, du parti d’extrême-droite SPD.

Une jeune femme incarne à elle seule ces deux changements majeurs que sont le rajeunissement et la féminisation de la Chambre basse : Julie Smejkalová, 21 ans, qui étudie le droit à l’Université Charles de Prague, et qui devient la plus jeune députée dans l’histoire de la Tchéquie. Élue sur la liste du parti STAN à Prague, où elle figurait à la 9e place, elle a obtenu un nombre record de 9 000 votes préférentiels. Cette victoire est toutefois allée de pair avec ce même fléau qui accompagne souvent les succès de certaines femmes, a fortiori quand elles sont jeunes : des critiques virulentes, notamment sur les réseaux sociaux, basées sur rien d’autre que leur âge et leur genre, alors même qu’elles n’ont pas encore eu la possibilité de faire leurs preuves.

Comme le soulignait ce lundi matin dans l’hebdomadaire Respekt la juriste Šárka Homfray, très engagée sur ces questions de parité et de représentation des femmes, la Tchéquie se retrouve donc dans une situation paradoxale : une Chambre des députés à la fois plus féminine et plus jeune d’un côté, mais beaucoup plus conservatrice de l’autre, au vu du résultat final des élections. Comme une couche supplémentaire illustrant les tensions internes d’une société plus divisée et polarisée que jamais.

Auteur: Anna Kubišta
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