Une mystérieuse épidémie d’hépatite A frappe la Tchéquie, et Prague tout particulièrement
Une épidémie d’hépatite A parmi les plus importantes de ces trente-cinq dernières années sévit actuellement en Tchéquie, et plus particulièrement à Prague où, déjà, plus de 800 cas ont été recensés et dix personnes sont décédées depuis le début de l’année.
Selon les données de l’Institut national de la santé (SZÚ), l’épidémie actuelle d’hépatite virale de type A est la deuxième plus grave depuis 1989. Le nombre de cas recensés en 1996 (2 083 sur l’ensemble de l’année) était alors encore supérieur à celui enregistré cette année : entre le début du mois janvier et le 5 octobre, 1 842 cas ont été remontés aux autorités sanitaires dans l’ensemble du pays, soit environ cinq fois plus aussi qu’en 2024 au cours des neuf premiers mois de l’année.
Bien que la Tchéquie, comme les autres pays industrialisés, soit une région de faible endémicité, c’est à Prague où la circulation de cette maladie infectieuse aigüe du foie, qui est aussi l’hépatite virale la plus répandue au monde, est la plus importante, comme l’expliquait à la fin du mois de septembre le maire de la capitale, Bohuslav Svoboda :
« On parle là d’une épidémie locale. Depuis le début de l’année, près de 700 cas ont été signalés. Au cours de la dernière semaine (du mois de septembre), 75 personnes ont contracté la maladie. À titre de comparaison, en 2024, seulement 47 cas ont été recensés sur l’ensemble de l’année. La situation pourrait se stabiliser si le taux de vaccination augmente et si les mesures préventives sont rigoureusement respectées, à savoir se laver régulièrement les mains à l’eau chaude et au savon tout en utilisant un désinfectant. »
Depuis cet avertissement, les chiffres ont continué d’augmenter. Ainsi, mardi 14 octobre, sur le réseau social X, le service d’hygiène de la ville a informé que dix personnes étaient décédées à Prague depuis le début de l’année après avoir contracté l’hépatite A.
Au total, 826 cas ont été signalés dans la capitale (parmi lesquels seulement six encore en janvier dernier, contre 207 en septembre), dont près de 150 parmi les enfants. L’année dernière, deux personnes sont décédées de cette maladie infectieuse aussi parfois appelée « maladie des mains sales » dans toute la Tchéquie, contre vingt-et-une déjà cette année, parmi lesquelles notamment dix-neuf hommes.
Parmi ces victimes, près de la moitié d’entre elles étaient des personnes âgées de 50 à 69 ans. Parmi les diverses complications sanitaires que présentaient déjà ces personnes décédées, le SZÚ mentionne notamment une insuffisance hépatique aiguë, des maladies rénales chroniques, un autre type de jaunisse lui aussi chronique, une inflammation du pancréas ou encore une cirrhose du foie. Dans plusieurs cas, il s’agissait également de personnes sans domicile fixe et souffrant d’alcoolisme.
Interrogé par la Radio tchèque mardi, Petr Husa, chef du service des maladies infectieuses de l’hôpital universitaire de Brno, chef-lieu de la Moravie, estime cependant qu’il n’y pas lieu de s’inquiéter outre mesure de cette flamblée épidémique :
« La situation actuelle n’a rien de vraiment extraordinaire. De temps à autre, nous sommes confrontés à des épidémies locales d’hépatite A. À Brno, par exemple, et dans toute la région, nous avons connu une épidémie entre 2016 et 2017 qui a nécessité l’hospitalisation de plus de 500 personnes. Notre population est très vulnérable à ce type d’hépatite. Presque personne n’a été infecté, donc personne ne possède d’anticorps, et le taux de vaccination contre l’hépatite A est faible. Cela signifie que si un foyer épidémiologique grave se développe, ce qui se produit aujourd’hui principalement chez les personnes ayant un niveau d’hygiène inférieur, l’infection peut ensuite se propager à la population majoritaire. »
Quoiqu’il en soit, tandis que la mairie du 1er arrondissement de Prague a annoncé souhaiter faire vacciner gratuitement les enseignants, les employés administratifs ou encore les travailleurs sociaux contre l’hépatite A et B, depuis la fin du mois de septembre, la société des transports publics de Prague, que quelque trois millions de passagers utilisent quotidiennement, a renforcé le nettoyage de ses véhicules et de ses stations de métro les plus fréquentées.
Alors que le nettoyage complet, par exemple, d’un tramway - intérieur et extérieur - nécessite environ deux heures de travail pour une équipe de trois personnes, comme l’expliquait un reportage de la Radio tchèque ce mercredi matin, l’opération est désormais devenue très régulière, avec des méthodes identiques à celles qui étaient utilisées pendant la pandémie de Covid-19. Si vous êtes de passage à Prague, ne craignez donc pas d’emprunter les transports en commun...






