« Exécutés pour raisons politiques » : un nouveau livre retrace le destin des prisonniers politiques tchécoslovaques

'Exécutés pour raisons politiques'

L’histoire de plus de 250 personnes exécutées entre 1948, date du Coup de Prague, et 1989 lorsque le régime communiste s’effondre, est racontée dans un nouvel ouvrage paru l’an dernier, mais seulement récemment présenté au public. Fruit de nombreuses années de recherches, il est édité par l’Institut d’études des régimes totalitaires et les éditions Academia.

Milada Horáková | Photo: Fonds d'archives du ministère de la Justice/Archives nationales

Au cœur de cette publication, les destins de 266 personnes injustement accusées et exécutées par le régime communiste après sa prise de pouvoir en février 1948 : 2 500 documents et photographies d’époque, issues d’archives nationales et régionales, voire de fonds privés, souvent jamais publiés auparavant, appuient les notices biographiques de ces victimes du totalitarisme. Parmi ces documents, le certificat de décès de Milada Horáková, députée démocrate et seule femme jamais exécutée par les communistes dans le cadre des grands procès truqués du début des années 1950.

Milada Horáková | Photo: Fonds d'archives du ministère de la Justice/Archives nationales

On y apprend qu’elle est morte par asphyxie suite à sa pendaison à 5h45 dans la cour de la prison de Pankrác, et que l’autopsie a eu lieu une demi-heure après sa mort. Milada Horáková est donc restée pendue à la potence pendant 30 minutes, après s’être étouffée pendant huit minutes, souligne l’historien Petr Mallota qui a travaillé quinze ans sur cette monographie.

La question de la composition de cet ouvrage a toutefois fait l’objet de discussions : car quand on parle des personnes exécutées par le régime communiste, ces sentences concernent à la fois des opposants mais aussi des personnalités tombées en disgrâce pour les besoins de « la cause ». Petr Mallota explique qu’il fallait cependant faire coexister toutes les victimes :

« Evidemment, c’était un problème éthique majeur dès le début du projet, celui de mettre côte à côte la très courageuse Milada Horáková et le communiste Rudolf Slánský, responsable des nombreux crimes qui ont suivi le Coup de Prague. Nous avons longtemps réfléchi et cela n’a pas été facile. Mais nous avons finalement décidé qu’il serait contre-productif d’exclure les victimes communistes de notre livre. Mais bien entendu, cela ne veut pas dire que nous ne rendions pas compte de leurs activités criminelles précédant leur exécution. Nous y décrivons en détail l’étendue de leur responsabilités. »

Petr Mallota | Photo: Jiří Trnka,  ČRo

A côté des noms célèbres d’opposants au changement de régime comme Milada Horakova ou encore le général Heliodor Píka figurent bien sûr des noms bien moins connus, des victimes tombées dans l’oubli, comme le signale encore Petr Mallota, précisant que la monographie permet aussi de rappeler leur mémoire :

Josef Pavelka | Photo: Petr Mallota,  'Když dělnický stát posílal dělníky na šibenici'/2024/04 Paměť a dějiny

« Il y a par exemple l’histoire de Josef Pavelka, un fonctionnaire discret, mais qui s’est engagé dans la résistance anticommununiste comme agent des services de renseignement français. Josef Pavelka a créé son propre groupe de résistance à Prague qui travaillait avec des agents infiltrés qui traversaient les frontières à pied, les aidait, faisait en sorte qu’ils soient en sécurité. Un de ces agents a même réussi à faire passer un émetteur en Tchécoslovaquie via le massif de la Šumava. Donc le groupe de Pavelka possédait deux émetteurs à Prague et – j’étais moi-même très surpris – a réussi à garder le contact 14 mois avec la centrale basée à l’Ouest ! Malheureusement, le groupe a fini par être découvert. »

Karel Hájek | Photo: ÚSTR

Lors de son arrestation Josef Pavelka se défend, abat un des agents de la police politique tchécoslovaque (StB), réussit à fuir avec une collaboratrice avant de se réfugier dans la Šumava. Trahi, il sera finalement arrêté et exécuté en septembre 1952, avec un comparse, Karel Hájek, puis inhumé dans une fosse commune au cimetière de Ďáblice à Prague. Aujourd’hui, une pierre tombale symbolique y rappelle son nom ainsi que celui de Karel Hájek.

Tombeaux d'honneur au cimetière de Ďáblice | Photo: Petr Lukeš,  Radio Prague Int.

En 2023, une commission chargée de résoudre les problèmes liés aux fosses communes du cimetière de Ďáblice a été créée au sein du Bureau du gouvernement : son objectif était de dresser un état des lieux du site et de soumettre des rapports au gouvernement, sur la base duquel celui-ci peut prendre des décisions sur le déplacement des dépouilles des victimes des régimes totalitaires. Récemment, une nouvelle campagne d’exhumation a été lancée dans le cimetière qui avait déjà vu, il y a dix ans, la mise au jour de la dépouille du prêtre Josef Toufar, qui n’a certes pas été exécuté mais est mort suite aux tortures infligées par les autorités communistes et est devenu le symbole de la répression qui s’est abattue contre l’Eglise catholique dans les années 1950.

Auteur: Anna Kubišta | Source: Český rozhlas Plus
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