Il y a 145 ans, les frères Kohout fondaient, à Smíchov, le premier club cycliste d’Autriche-Hongrie
Le 16 novembre 1880, le Club tchèque des vélocipédistes était fondé dans le quartier de Smíchov, à Prague. C’était le tout premier club cycliste en Autriche-Hongrie. A l’origine de sa naissance, il y avait les fils d’un industriel de Smíchov, Josef et František Kohout. Les deux frères avaient découvert le vélo grâce à un visiteur anglais, et c’est grâce à leur enthousiasme pour ce moyen de transport que non seulement des cycles commencèrent à être fabriquées en Bohême, mais aussi le cyclisme devint une pratique organisée.
Les « secoueuses d’os »
Les premières bicyclettes font leur apparition dans les pays tchèques dès 1867, mais il s’agit alors de lourdes machines en bois surnommées « secoueuses d’os » (« kostitřasy »). Le véritable essor du cyclisme vient une dizaine d’années plus tard : en 1879, un prêtre anglican emménage dans la maison de l’industriel Jan Kohout avec sa famille, parmi laquelle le jeune William Beo Crowl, qui apporte avec lui une bicyclette moderne, en acier et avec des pneus en caoutchouc. Son véhicule intéresse particulièrement les fils de l’industriel, qui convainquent leur père d’en fabriquer.
Un voyage à Vienne en guise de campagne publicitaire
Pendant l’été 1880, les frères Kohout se rendent à vélo à Vienne. Il ne leur faut que deux jours et demi pour réaliser ce trajet de plus de 300 km, ce qui est plus rapide que la malle-poste de l’époque. Leur voyage est remarqué par le public ainsi que par la presse, et se transforme en publicité pour les nouvelles bicyclettes.
La fondation d’un club de grande importance
Un an plus tard, le Club tchèque des vélocipédistes est fondé à Smíchov, et c’est le premier du genre en Autriche-Hongrie. Ses membres organisent des sorties à vélo collectives, s’adonnent au cyclisme artistique, participent à des courses de vélo et autres événements culturels. Ce club sera à l’origine de la création de l’Union tchèque de cyclisme, la plus ancienne organisation sportive nationale en République tchèque.
Tout sauf l’unanimité générale
S’il fait des adeptes, ce nouveau véhicule est loin de faire l’unanimité général. Dans les campagnes, les gens voient les cyclistes comme des excentriques qui font peur au bétail. Le fondateur du Sokol, Miroslav Tyrš, n’est guère plus tendre à l’égard de ce sport : pour lui, le cyclisme est une vanité et une course à l’argent. De plus, à l’époque, la bicyclette était vraiment un bien de luxe : elle coûtait jusqu’à 500 florins, à savoir l’équivalent du salaire annuel d’un fonctionnaire.
La fin des grands-bis et un record européen
Bientôt, les grandes roues avant sont remplacées par des roues plus petites, ce qui n’empêche pas l’entreprise de Jan Kohout de fabriquer, avant l’année 1891, quelque 900 bicyclettes. De plus, Josef Kohout entre dans dans l’histoire avec un record historique : en 1885, il parcourt à bicyclette 400 km en 24 h.
Une tradition qui perdure… avant tout sous forme de loisir sportif
En 1993, le Club tchèque des vélocipédistes – Smíchov reprend son activité, sous le nom de Club tchèque des vélocipédistes 1880. Aujourd’hui encore, il organise des événements tels que Pražská míle (« Le mille de Prague »), des sorties à vélo historique et des rencontres culturelles.
Aujourd’hui, en Tchéquie, le cyclisme est avant tout un sport et un loisir. A l’exception de rares villes au relief propice (Pardubice, pour n’en citer qu’une), peu nombreux sont les Tchèques à utiliser le vélo comme moyen de transport du quotidien… Il est vrai que si l’on prend l’exemple de la capitale, les pistes cyclables sont finalement assez peu développées, et les rues pavées ainsi que le fait que les trams ne circulent pas en voie propre n’encouragent pas à monter en selle. Et les cyclistes urbains sont sans doute trop rares pour que les automobilistes pragois s’habituent à leur présence et apprennent à les respecter, ce qui – cercle vicieux –, n’incite pas à opter pour ce mode de mobilité douce…
Cela étant dit, différentes associations s’investissent en faveur d’un meilleur partage de l’espace public et des rues, parmi lesquelles AutoMat. Par ailleurs, en dehors des villes, les itinéraires de cyclotourisme balisés ne manquent pas !






