Andrej Babiš à Paris : « M. Macron a une idée claire de la manière d’améliorer la compétitivité européenne »

Emmanuel Macron et Andrej Babiš

Reçu à l’Élysée pour un dîner de travail, mercredi, à la veille du sommet informel des Vingt-sept visant à renforcer la compétititivé européenne face à la concurrence chinoise et au protectionnisme américain croissant, le Premier ministre tchèque soutient la proposition d’Emmanuel Macron de « préférence européenne » pour soutenir les industries-clés.

On ne sait pas si le président français et le Premier ministre tchèque sont toujours aussi bons amis que le prétendait ce dernier il y a encore quelques années. Toutefois, si l’on s’en fie aux apparances, les relations entre les deux hommes restent pour le moins cordiales. Comme cela avait déjà été le cas en début d’année lors de la réunion de la Coalition des volontaires, où il avait eu droit à une franche accolade, c’est avec une bise chaleureuse qu’Emmanuel Macron, cette fois sous une pluie battante, a accueilli Andrej Babiš mercredi soir à Paris.

Un passage dans la capitale française qu’Andrej Babiš, un peu plus tôt dans la journée, avait entamé par une rencontre entre milliardaires avec son « ami » Bernard Arnoult, puis par une visite de l’Institut Gustave Roussy à Villejuif, le premier centre de lutte contre le cancer en Europe où les médecins coopèrent, entre autres, avec des spécialistes tchèques.

De coopération franco-tchèque mais aussi et surtout plus globalement européenne, c’est aussi ce dont il a ensuite été question dans la soirée lors du dîner à l’Élysée. Après une tournée qui en début de semaine l’a conduit en Autriche et en Slovaquie, déjà pour échanger sur le sujet et avec l’idée de « former dans la région (en Europe centrale) une coalition des amis de la compétitivité », Andrej Babiš était à Paris d’abord pour discuter du renforcement de l’industrie européenne.

Juste avant son départ de Prague, le Premier ministre tchèque avait fait part de son intention de centrer les discussions avec Emmanuel Macron sur un certain nombre de questions économiques, et notamment sur le système européen d’échange de quotas d’émission de CO2, dont il propose de réduire le prix et qu’il juge de manière générale pénalisant pour les entreprises européennes. Il a ainsi estimé à 159 millards de couronnes (6,5 milliards d’euros) le montant des pertes supposées pour l’industrie tchèque.

« Il faut reconnaître qu’une énorme erreur a été commise, il faut empêcher les spéculateurs financiers et les banques de tirer profit de ces quotas d’émission, car cela a des répercussions sur tous les citoyens européens et, bien sûr, sur les Tchèques. Et il faut fixer un plafond à 30 euros. »

Plus concrètement, le chef du gouvernement tchèque, au sein duquel la direction du ministère de l’Environnement a été confiée à un membre du parti des Automobilistes, formation eurosceptique et ouvertement anti-écologique, s’efforce d’obtenir le soutien des dirigeants européens pour modifier ce système de quotas d’émission, et ce, comme il l’a confirmé mercredi soir une fois sorti de table. Devant les journalistes tchèques, il a ainsi déclaré que le président français « [avait] pris note » et qu’il supposait « qu’il pourrait nous soutenir ».

Toujours devant les médias tchèques présents à Paris, Andrej Babiš s’est également félicité du fait que le chef de l’État français avait « une idée très claire de la manière d’améliorer notre compétitivité en Europe ». « Cela signifie supprimer les barrières bureaucratiques, les barrières au sein du marché intérieur », a-t-il précisé.

Andrej Babiš avant une réunion informelle des chefs d'État ou de gouvernement de l'Union européenne,  à Bilzen,  en Belgique,  le jeudi 12 février | Photo: Benoît Doppagne,  ČTK/Belga Press

Le Premier ministre tchèque a également mentionné la réflexion d’Emmanuel Macron relative à la nécessité d’unifier le marché de l’énergie, ses coûts élevés ayant souvent un impact très négatif sur les producteurs européens, ou encore la nécessité de réduire la dépendance de l’UE vis-à-vis des matières premières provenant d’autres régions du monde et les efforts visant à mieux protéger l’industrie européenne contre la concurrence déloyale. « Je soutiens sans réserve cette idée », a-t-il enfin déclaré à propos du projet « buy european » du président français.

Enfin, au-delà de l’Ukraine, « brièvement évoquée » selon lui, Andrej Babiš souhaitait faire du nucléaire, dont il considère la place comme essentielle, un des autres principaux thèmes de la soirée. Dans un style de communication qui lui est propre, le Premier ministre tchèque a reproché à la Commission européenne de ne pas reconnaître le nucléaire comme une source d’énergie aussi propre que les sources d’énergie renouvelable :

« La Commission affirme en fait que toutes les sources nucléaires ne peuvent être construites que jusqu’en 2045. Et ma question est : pourquoi ? Et bien sûr, cela a un impact sur le financement par les banques. Le nucléaire est donc toujours considéré comme quelque chose de moins bien que quand, par hasard, le soleil brille ou le vent souffle. »

aucun résultat trouvé