Le timide intérêt de la Tchéquie pour le projet français de parapluie nucléaire européen

Emmanuel Macron en Pologne

La République tchèque entend se joindre à l’initiative française de dissuasion nucléaire en Europe, projet présenté par Emmanuel Macron au début du mois de mars. C’est du moins ce qu’a déclaré son Premier ministre, Andrej Babiš, dimanche, dans une longue vidéo diffusée sur les réseaux sociaux. Reste désormais à savoir sous quelle forme Prague pourrait apporter sa pierre à un édifice encore en cours d’élaboration.

Emmanuel Macron était à Gdansk, lundi 20 avril, pour discuter du « parapluie nucléaire » européen avec le Premier ministre polonais Donald Tusk. La Pologne, dont la position sur la question est bien plus clairement définie que celle de la République tchèque, fait en effet partie des huit pays (avec le Royaume-Uni, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Belgique, la Grèce, la Suède et le Danemark) qui ont accepté de participer à ce projet de coopération et de solidarité entre alliés sur le Vieux Continent. Pour autant, ce « Club des huits » n’est pas fermé, et d’autres pays, parmi lesquels, donc, la République tchèque, si l’on en croit les derniers propos d’Andrej Babiš, pourraient ou entendent s’y joindre :

Andrej Babiš | Photo: Václav Pancer,  ČTK

« Bien sûr que nous allons investir dans l’armée. Ne croyez pas les absurdités que certains vous racontent. Nos soldats ont toujours fait un excellent travail lors de toutes les missions en Afghanistan. Nous avons compté parmi les meilleurs, nous disposons de technologies de pointe, et nos soldats jouissent d’une excellente réputation. Je souhaite également adhérer à l’initiative d’Emmanuel Macron, qui a prononcé un excellent discours sur la dissuasion nucléaire. Car nous devons bien sûr avoir des alliés en Europe, et la France est justement le partenaire idéal pour cela. »

Mark Rutte et Andrej Babiš | Photo: Michaela Danelová,  iROZHLAS.cz

Cette déclaration, diffusée sur les réseaux sociaux, a été faite trois jours après le passage à Prague du secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, auquel le Premier ministre tchèque a promis que son gouvernement, souvent critiqué pour ses dépenses militaires insuffisantes, fera tout son possible pour respecter ses engagements envers l’Alliance.

Mais elle intervient surtout après qu’en mars dernier, le vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères, Petr Macinka, membre du Parti des Automobilistes, avait déclaré à propos de cette initiative française que la République tchèque ne disposait pas d’armes nucléaires et que, par conséquent, « nous n’avons donc rien à quoi nous rallier ». De même, Radek Vondráček, vice-président d’un mouvement ANO dont Andrej Babiš est pourtant le leader incontesté, avait alors ajouté que lui préférait le parapluie américain...

S’il est peu probable qu’il ait écouté les conseils du président de la République, Petr Pavel, et de l’ancien chef de la diplomatie, Jan Lipavský, qui, eux, avaient recommandé au gouvernement d’entamer des consultations avec la France sur les possibilités de coopération, la déclaration faite dimanche par Andrej Babiš, alors que personne ne s’attendait à ce qu’il s’exprime sur le sujet, a donc pu surprendre certains observateurs de la scène politique tchèque.

« La Tchéquie n’est pas un petit pays et a un rôle à jouer »

Jusqu’à présent, depuis la fin de la guerre froide et l’effondrement de l’Union soviétique, les pays d’Europe centrale, dont les trois premiers d’entre eux - la République tchèque, la Pologne et la Hongrie - sont devenus membres de l’OTAN en 1999, ont compté en priorité sur la dissuasion nucléaire américaine. Et ce, vis-à-vis notamment d’une Russie qui, aux yeux de la majorité d’entre eux, est toujours restée considérée comme une menace pour la sécurité.

Lundi, à la sortie du Conseil des ministres, Andrej Babiš a déclaré qu’une adhésion de la République tchèque à l’initiative de dissuasion nucléaire paneuropéenne n’entraînerait pas de changement dans la position de Prague vis-à-vis précisément des États-Unis en leur qualité d’alliés. Toutefois, la question se pose de savoir comment, plus concrètement et pratiquement, et au-delà des déclarations d’intention, le gouvernement pourrait participer au développement du projet envisagé par le président français, alors que, comme le note fort justement le quotidien Hospodářské noviny ce mardi matin, « s’aligner » impliquera nécessairement d’augmenter sensiblement le montant des dépenses de défense.

Une question à laquelle Andrej Babiš a partiellement répondu, lundi, en rappelant que la République tchèque, qui « n’est pas un petit pays » et « a un rôle à joueur dans ce type de projets » selon lui, pouvait apporter sa contribution par le biais de ses technologies, du savoir-faire de ses entreprises et de l’expérience emmagasinée par son armée. De même, le ministre des Affaires étrangères, Petr Macinka, qui s’est entretenu il y a deux semaines avec l’ambassadeur de France à Prague, Stéphane Crouzat, a fait savoir que, « au niveau diplomatique, nous avons manifesté notre intérêt pour obtenir davantage de détails ».