Perdus et retrouvés après la guerre, les tableaux du peintre tchéco-français Georges Kars bientôt exposés à Paris
Révélée au public grâce à une grande exposition que la Galerie nationale de Prague a consacrée, en 2024, aux artistes tchèques de « L’École de Paris » l’œuvre de Georges Kars sera présentée, à l’automne prochain, dans la capitale française. L’exposition au Musée d’art et d’histoire du judaïsme est préparée en collaboration avec plusieurs institutions tchèques, dont le Musée de Velvary qui possède une collection inédite de peintures et dessins de l’artiste, mort en Suisse à la fin de la Seconde Guerre mondiale.
En mai dernier, 145 ans se sont écoulés depuis la naissance du peintre, qui s’appelait alors Jiří Karpeles, dans la ville de Kralupy nad Vltavou, située à quelques dizaines de kilomètres au nord de Prague. En 1906, la famille Karpeles change de nom et s’appelle dorénavant Kars. Jiří, qui étudie à cette époque aux Beaux-Arts de Munich et va partir vivre en 1908 à Paris, utilise dès lors la forme allemande ou française de son prénom – et devient Georg/Georges Kars.
C’est donc en France que l’artiste a passé l’essentiel de sa vie et de sa brillante carrière, tout en retournant souvent à Prague, où il avait son atelier, de même qu’à Tossa de Mar, en Espagne, où il séjournait dans les années 1930.
Aussitôt installé à Paris, au début du XXe siècle, Georges Kars épouse une danseuse de ballet appelée Nora, elle aussi d’origine tchèque. Le couple vivait à Montmartre et Kars a immédiatement intégré le milieu artistique local, se liant d’amitié avec Apollinaire, Jacob, Valadon, Utrillo, Modigliani, Picasso, Soutine, Chagall…
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La peinture de Georges Kars a été influencée par l’impressionnisme, puis par le cubisme, le fauvisme et l’expressionnisme. Tout comme ses compatriotes qui ont formé « L’École de Paris », terme qui désigne l’élan artistique né dans la capitale française au début du XXe siècle, il a participé aux salons, et a exposé dans des galeries prestigieuses.
Interrompue pendant la Première Guerre mondiale, la carrière artistique de Kars a connu un nouveau souffle dans l’entre-deux-guerres. En 1937, une grande rétrospective organisée à la galerie pragoise Mánes et inaugurée en présence du président Edvard Beneš a permis de présenter au public tchèque 130 peintures à l’huile et 70 dessins de l’artiste. Peu après, à l’automne 1938, Kars et sa femme quittent précipitamment Prague pour le sud de la France.
Dans la tourmente de la guerre, le couple se sépare : alors que sa femme reste à Paris, où elle s’engage dans la Résistance, Georges Kars se réfugie d’abord à Lyon, pour s’exiler en 1942 en Suisse, où il vit chez sa sœur. En 1945, peu avant la capitulation de l’Allemagne nazie et à la veille de son retour en France, le peintre se suicide dans un hôtel à Genève.
Après la guerre, des expositions lui sont consacrées en France et ailleurs dans le monde et ses tableaux rejoignent des collections prestigieuses. Or, dans son pays d’origine, Georges Kars tombe dans l’oubli. Seule la petite ville historique de Velvary, d’où était originaire le père de l’artiste, cultive sa mémoire. Le musée local abrite, depuis 1959, une collection inédite de ses œuvres. Avec la Kars Gallery, ouverte fin 2025 non loin de là, à Kralupy nad Vltavou, par un collectionneur privé, il s’agit de la plus importante collection de l’artiste en Tchéquie. Ceci n’est pas sa seule spécificité, comme l’explique Jitka Kůrková, directrice du Musée de Velvary :
« Notre musée abrite 50 peintures à l’huile de Georges Kars, onze cahiers de dessins et huit dessins qui datent de l’époque de la Première Guerre mondiale, où Kars était officier de l’armée autrichienne sur le front de l’Est. La collection se distingue par son ampleur, sa richesse, mais aussi et surtout par le fait qu’elle représente les débuts et la première période de sa création, jusqu’au début des années 1920. On y trouve des portraits, des nus, des paysages, des natures mortes et on voit très bien comment Kars a été influencé par différents courants artistiques du début du XXe siècle. Il est vraiment rare de voir ses tableaux de cette époque-là : ce sont ses œuvres plus tardives, de la fin des années 1920 et surtout des années 1930, soit de la période la plus prolifique de l’artiste, qui sont généralement présentées lors des ventes aux enchères. »
Devant son tableau préféré de Kars, « Parc avec des perroquets » de 1907, Jitka Kůrková nous dévoile l’histoire mouvementée de cette collection :
« C’est une histoire qui remonte à la fin des années 1930. A la veille de la Deuxième Guerre mondiale, Kars et sa femme ont acheté un appartement avec un atelier à Prague, dans le quartier de Vinohrady. Kars a rapporté ici sa collection de tableaux de peintres de L’École de Paris, ainsi que 150 de ses propres tableaux. Lorsque les Kars ont quitté Prague, ils ont dû tout laisser ici. Malheureusement, pendant la guerre, la majorité de ces œuvres ont été volées ou perdues. Rien ne s’est conservé de sa collection de l’École de Paris. Seule une cinquantaine d’œuvres de Georges Kars ont été retrouvées après la guerre. Les toiles ont été retirées de leur cadre, enroulées et stockées dans des boîtes par un inconnu. Mme Kars a ensuite offert ces tableaux à la ville de Kralupy, comme l’avait souhaité son mari. Ils ont d’abord été exposés au château de Nelahozeves, puis ici, à Velvary, où la collection a trouvé, après d’autres péripéties encore, son emplacement définitif. »
« J’ai l’impression que Georges Kars manquait quelque peu d’ancrage dans la vie. (…) Il a beaucoup voyagé, sa vie a été bouleversée par des événements historiques : concentrer tout cela en quelques images a été un véritable défi pour moi », a confié le jeune artiste Robin Mrázek, auteur d’une BD sur Georges Kars publiée récemment par le Musée de Velvary, institution qui organise régulièrement des ateliers et autres événements autour de l’œuvre de l’artiste.
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Plusieurs tableaux de sa collection seront présentés, à l’automne, au Musée d’art et d’histoire du judaïsme à Paris, qui rendra hommage au peintre tchéco-français précisément quarante-trois ans après la dernière exposition qui lui avait été consacrée en France.














