Artiste de l’Ecole de Paris, le Tchèque Georges Kars est redécouvert dans son pays natal

Georges Kars, 'Krajina u Kralup', 1925, foto: Jiří Siblík

Mieux connu en France qu’en République tchèque, le peintre Georges (ou Jiří) Kars (1880-1945) a passé l’essentiel de sa vie et de sa carrière à Paris, dans l’entre-deux-guerres. Ami de Suzanne Valandon, de Pablo Picasso ou d’Amedeo Modigliani, l’artiste tchèque connaît un regain d’intérêt dans son pays d’origine : le musée de sa ville natale de Kralupy nad Vltavou, en Bohême centrale, lui consacre une exposition ouverte jusqu’à la mi-août.

Geroges Kars, photo: Musée de la ville de Kralupy nad Vltavou

En mai dernier, 140 ans se sont écoulés depuis la naissance de Jiří Karpeles, plus connu sous son pseudonyme Georges Kars. A cette occasion, et aussi pour rappeler le 75e anniversaire de la mort tragique du peintre, survenue à la fin de la Seconde Guerre mondiale à Genève, la petite ville de Kralupy nad Vltavou expose les paysages, les portraits et les nus de Georges Kars, influencé d’abord par l’impressionnisme, puis par le cubisme, le fauvisme et l’expressionnisme. Directeur du musée de Kralupy nad Vltavou et commissaire de l’exposition, Jan Racek raconte :

« Sa famille s’appelait Karpeles. Pour des raisons inconnues, elle a changé de nom en 1906 en Kars. C’était une famille de la classe moyenne supérieure. Le père de Georges Kars possédait et exploitait, jusqu’à sa mort à la moitié du XXe siècle, un moulin à vapeur, devenu un joli bâtiment fonctionnaliste. Ce moulin lui tenait beaucoup à cœur et il a mal supporté le fait que son fils qui était le seul de la famille à avoir un talent de peintre, n’ait pas continué dans la tradition familiale, qu’il ne soit pas devenu commerçant ou meunier. »

Georges Kars, 'Parc avec des perroquets', 1907, source: Musée de la ville de Velvary
Le Bateau-Lavoir à Paris autour 1910, photo: Christies, public domain

Après avoir étudié aux Beaux-Arts de Munich, Georges Kars voyage à travers l’Europe pour s’installer, au début du XXe siècle, à Paris. Il habite dans la fameuse cité d’artistes Le Bateau-Lavoir, à Montmartre, et se lie d’amitié avec Modigliani, Picasso, Soutine, Chagall et autres peintres encore, dont il allait collectionner les œuvres. Malheureusement, il a dû laisser sa collection à Prague en 1939, au moment de son départ de la Tchécoslovaquie occupée par les nazis. Grâce à son grand ami, le peintre Juan Gris, Georges Kars découvre l’Espagne et tombe sous son charme. Jan Racek :

La maison de Georges Kars à Tossa de Mar, photo: Google Maps

« Il aimait beaucoup le paysage méridional. Au début des années 1930, il a acheté une maison à Tossa de Mar, au bord de la Méditerranée. Cette maison existe toujours et  en bas se trouve aujourd’hui un bar qui porte son nom. Une plaque commémorative en l’honneur de George Kars y a même été installée. Malheureusement, il n’y a vécu que quelques années, car étant d’origine juive, il a choisi de quitter l’Espagne après l’éclatement de la guerre civile. »

Georges Kars, 'Tossa del Mar', photo: Jiří Siblík

« Kars est alors retourné à Prague, où il a organisé, en 1937, son unique grande exposition en Tchécoslovaquie, dans la salle d’exposition de Mánes. L’exposition a eu un grand succès. Le président Edvard Beneš s’y est rendu en personne. Cette exposition d’environ 130 toiles devait marquer le retour de Georges Kars dans sa patrie, mais la vie en a voulu autrement. »

Georges Kars, 'Le goûter' 1908, source: Jiří Siblík/Galerie nationale de Prague
Georges Kars, 'Le portrait de femme assise - Madame Nora Kars', 1932, source: Jiří Siblík/Musée des arts décoratifs à Olomouc

Accompagnée de son épouse Nora, elle aussi d’origine juive, Georges Kars part en France au début de la guerre. Alors que sa femme reste à Paris, où elle s’engage dans la résistance, Georges Kars se réfugie d’abord à Lyon, pour s’exiler en 1942 en Suisse, où il vit chez sa sœur. En 1945, peu avant la capitulation de l’Allemagne nazie et à la veille de son retour en France, le peintre se donne la mort dans un hôtel à Genève. Plusieurs expositions lui sont consacrées en France et ailleurs dans le monde, mais il tombe dans l’oubli dans son pays d’origine. Toutefois, depuis l’exposition consacrée à Georges Kars à Prague en 2000, l’œuvre de l’artiste suscite à nouveau de l’intérêt. Jan Racek :

Georges Kars, 'Autoportrait', 1929, source: Musée des Arts Décoratifs de Strasbourg

« Ici à Kralupy nad Vltavou, nous exposons assez régulièrement ses tableaux. Kars est d’ailleurs de plus en plus côté sur le marché de l’art : il y a deux ans, son tableau, plutôt petit, datant de 1910, a été vendu aux enchères pour 3,5 millions de couronnes, alors que son prix initial était de 300 000 couronnes. Cela veut dire que les initiés le connaissent bien. Mais il faudra encore attendre je pense pour voir une rétrospective de son œuvre en République tchèque. Dans dix ans peut-être, à l’occasion du 150e anniversaire de sa naissance... »

L’exposition Georges Kars se déroule au musée de Kralupy nad Vltavou jusqu’au 15 août prochain.