« À la recherche des lucioles » : les Pragois appelés à faire la lumière sur les vers luisants

Mâles de Lampyris splendidula

La saison des lucioles est ouverte en Tchéquie. Le projet « Prague à la recherche des lucioles » (« Praha hledá světlušky », en tchèque) invite les habitants de la capitale à participer à un vaste recensement pour aider les chercheurs à mieux identifier et cartographier la présence de l’insecte, et plus spécialement du Lampyris noctiluca, plus communément appelé ver luisant.

Connues pour leur capacité à briller à la nuit tombée, les lucioles ont été été désignles « Insecte de l’année » en 2025 par la Société tchèque d’entomologie. Produite grâce à une réaction chimique appelée bioluminescence, cette lumière joue un rôle essentiel : elle permet aux mâles et aux femelles de se retrouver pour se reproduire. Mais derrière ce phénomène fascinant se cache une réalité préoccupante : partout dans le monde, les populations de lucioles sont en déclin.

Lampyris splendidula | Photo: V. Sacalis,  Société tchèque d'entomologie

« À mesure que la ville s’étend et que la population augmente, on détruit la nature et la vie sauvage »

Martin Novák | Photo: Société tchèque d'entomologie

C’est la raison pour laquelle Martin Novák, entomologiste de l’Université tchèque des sciences de la vie de Prague, spécialiste des lucioles et d’entomologie médico-légale, a lancé une campagne de communication visant à cartographier les « grandes lucioles ». Son objectif : mieux comprendre leur présence pour mieux les protéger. Mais quelles sont les plus grandes menaces auxquelles les lucioles font-elles face aujourd’hui ? Le chercheur nous explique :

« Les lucioles du monde entier sont aujourd'hui menacées par la pollution lumineuse. L’espèce la plus connue est le Lampyris noctiluca (lampyre) qui communique grâce à des signaux lumineux. Les mâles et les femelles se retrouvent grâce à cette lumière. Mais avec l’éclairage artificiel, ces signaux sont brouillés. Les lucioles ont alors beaucoup plus de difficultés à se trouver et, donc, à se reproduire. C’est aujourd'hui la principale menace qui pèse sur elles. »

Mâle de Lampyris noctiluca | Photo: M. Fiala,  Société tchèque d'entomologie

La combinaison de la pollution lumineuse et de la disparition des habitats naturels explique le déclin des lucioles. Et ces phénomènes sont particulièrement marqués dans les grandes villes comme Prague.

« La deuxième grande menace est la destruction de leur habitat. À mesure que la ville s’étend et que la population augmente, on détruit la nature et la vie sauvage qui l’accompagne. Les zones sauvages autour des villes sont transformées en des espaces aménagés ou en des parcs très entretenus. On fait disparaître les buissons, on uniformise les paysages, on les rend plus propres et plus ordonnés, mais cela est catastrophique pour la faune sauvage. »

Martin Novák établit un constat simple : jusqu’à récemment, les chercheurs disposaient de peu d’informations sur la répartition des lucioles. Mais pour pouvoir répondre aux menaces qui pèsent sur l’insecte, encore faut-il savoir où il vit.

Femelle de Lampyris noctiluca | Photo: Petr Šípek,  Société tchèque d'entomologie

Les habitants peuvent ainsi travailler main dans la main avec les scientifiques de l’Université tchèque des sciences de la vie. La démarche est simple : chacun est invité à signaler les lucioles observées via la plateforme participative iNaturalist. Pour les chercheurs, cette participation citoyenne est indispensable.

« Réaliser ce recensement représente beaucoup de travail : ce n’est humainement pas possible pour notre équipe de cinq chercheurs de couvrir toute la zone de Prague. C’est pourquoi nous avons besoin de l’aide des habitants. Très souvent, les lucioles se trouvent dans des endroits auxquels pas même nous n’aurions pensé en regardant simplement une carte : seuls les gens qui habitent à proximité le savent. Ils connaissent les coins cachés et apportent un œil nouveau, différent de celui du scientifique. Les données rescencées par les Pragois sont des informations précieuses que nous n’aurions surement jamais trouvées de nous-mêmes. »

Photo illustrative: Fred Huang,  Flickr,  CC BY-NC 2.0

Cette démarche n’est pas nouvelle. En France, un projet similaire a vu le jour. L’Observatoire des Vers Luisants et des Lucioles est un programme national de science participative dont l’objectif est double : mieux connaître leur répartition et sensibiliser le public à leur déclin.

Larve prédatrice de Lampyris noctiluca | Photo: Petr Šípek,  Société tchèque d'entomologie

À Prague, le projet a débuté il y a plusieurs années avant d’être progressivement étendu à l’ensemble de la République tchèque. Mais le recensement ne constitue qu’une première étape. Une fois les données collectées, les scientifiques espèrent identifier les zones les plus sensibles afin de proposer des mesures concrètes de protection. Pour autant, Martin Novák reste prudent.

« Malheureusement, il n’y a pas de solution miracle. »

Quelle serait la solution idéale pour protéger les populations de lucioles en Tchéquie ? Le principal défi à relever reste celui de la réduction de la pollution lumineuse. Pour autant, éteindre totalement l’éclairage public n’est évidemment pas envisageable pour des raisons de sécurité. Martin Novák nous explique :

Femelle de Lampyris noctiluca | Photo: Petr Šípek,  Société tchèque d'entomologie

«  Malheureusement, il n’y a pas de solution miracle. L’objectif est donc plutôt de réduire l’éclairage là où c’est possible et de créer des zones d’obscurité dans les secteurs où nous savons que les lucioles sont présentes. »

On peut rapidement se sentir impuissant face à l’ampleur du problème. Que peut-on faire dans la vie quotidienne pour aider les lucioles ?

« Chacun peut agir à son échelle. Si vous avez des lucioles dans votre jardin, vous pouvez contribuer à leur protection. De fin juin à septembre, pendant leur période de reproduction, essayez de limiter l’éclairage inutile. Vous pouvez également laisser une partie de votre jardin un peu plus sauvage : un coin de pelouse moins tondu, quelques herbes hautes ou des fleurs sauvages. C’est dans ces espaces-là que vivent les lucioles, mais aussi de nombreux autres insectes. Tout le monde y gagne : ces insectes participent notamment à la pollinisation et contribuent au maintien d’un écosystème sain. »

Femelle de Lampyris splendidula | Photo: S. Krejčík,  Meloidae.com/Société tchèque d'entomologie

Martin Novák insiste enfin sur un point essentiel : nul besoin d’être spécialiste pour participer. Toutes les observations sont utiles, même celles des débutants. Les plateformes et groupes d’échange permettent d’ailleurs aux participants de poser leurs questions et d’obtenir de l’aide pour identifier les espèces observées.

Retrouver son âme de scientifique le temps d’une promenade nocturne : voilà, aussi, l’invitation lancée aux Pragois. Au clair de lune, sous les étoiles et, avec un peu de chance, à la lueur des lucioles...

Pour plus d’informations sur « La Tchéquie à la recherche des lucioles » : https://www.facebook.com/groups/ceskohledasvetlusky/ et « Prague à la recherche des lucioles » : https://www.facebook.com/groups/prahahledasvetlusky/.

Auteur: Inès Cuvillier
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