Presse : prudente face à l’immigration, la Tchéquie a pourtant besoin de travailleurs étrangers
L’État tchèque saura-t-il relever le défi de la gestion de la main-d’œuvre étrangère ? C’est l’une des questions abordées dans cette nouvelle revue de presse, qui revient également sur les deepfakes visant la Première dame, Eva Pavlová, ainsi que sur les tensions entre le président de la République et le gouvernement autour de la prochaine élection présidentielle. Enfin, un mot sur le centenaire de la naissance de l’écrivain Ludvík Vaculík.
Depuis longtemps, la Tchéquie souffre d’une pénurie de main-d’œuvre non seulement dans le secteur de la production, mais aussi dans ceux de la santé, des services sociaux, du bâtiment, de l’agriculture ou de l’éducation. Des domaines dont dépendent la disponibilité des services essentiels et la qualité de la vie quotidienne. Pourtant, comme le constate le quotidien Hospodářské noviny, les Tchèques sont réticents à l’égard de la main d’œuvre étrangère :
« Selon une enquête de l’agence STEM/MARK, les trois quarts des Tchèques considèrent la pénurie de main-d’œuvre comme un problème grave. Près des deux tiers admettent que le pays ne peut se passer de travailleurs étrangers dans certains secteurs. Cependant, seules 19 % des personnes interrogées sont favorables à un recrutement plus actif de travailleurs étrangers. A première vue, il s’agit d’une contradiction. En réalité, l’opinion publique envoie un message assez clair. Elle ne dit pas qu’elle ne veut aucun travailleur étranger. Elle dit qu’elle ne veut pas une migration de main-d’œuvre sans règles, sans contrôles et sans responsabilités clairement définies. »
Le journal économique souligne que leurs craintes ne peuvent pas être simplement rejetées comme un signe de xénophobie. Elles traduisent plutôt, selon lui, une incertitude quant à la capacité de l’Etat et des employeurs à gérer l’arrivée d’un grand nombre de travailleurs étrangers :
« L’Etat est appelé à expliquer la différence entre une migration incontrôlée et l’arrivée ciblée de personnes pour occuper des postes spécifiques. La question n’est donc plus de savoir si la Tchéquie peut se passer de travailleurs étrangers. La véritable question est de savoir si nous sommes capables de mettre en place un système qui soit bénéfique pour les entreprises et à la fois acceptable pour la société. Si nous n’y parvenons pas, le problème ne sera pas la migration de main-d’œuvre. Le problème sera notre incapacité à la gérer. »
La première dame, Eva Pavlová, victime du fléau des deepfakes
« On pouvait craindre que les vidéos deepfake ne deviennent un véritable fléau, tant elles risquaient d’être prises pour authentiques par les citoyens les moins avertis. Désormais, cette crainte est devenue réalité, et même au-delà des scénarios les plus pessimistes. » C’est l’avertissement lancé par le média en ligne Forum24.cz, qui s’alarme de la prolifération de fausses vidéos générées par l’intelligence artificielle mettant en scène Eva Pavlová, l’épouse du président Petr Pavel :
« Les ‘elfes tchèques’ (collectif spécialisé dans la lutte contre la désinformation, ndlr) disent avoir identifié un réseau coordonné de plus de 35 pages Facebook, profils et sites Internet diffusant ‘du clickbait politique, du contenu généré par l’IA et des récits émotionnellement polarisants’. Les fausses informations qui y circulent sont parfois particulièrement outrancières. L’une d’elles affirme ainsi que la Première dame souhaiterait réduire le nombre de personnes âgées en proposant de pratiquer l’euthanasie à partir de 60 ans. Il ne s’agit plus des acteurs traditionnels de la désinformation auxquels nous étions habitués. Nous sommes face à une production industrielle de contenus indésirables qui sature l’espace informationnel au point de rendre les informations réellement importantes presque inaudibles. Comme ces images paraissent authentiques, certaines personnes sont prêtes à croire les affirmations les plus absurdes. »
Il ne fait guère de doute qu'il s'agit de véritables usines à mensonges. « On peut deviner qui se cache derrière tout cela. Une entité qui nourrit une hostilité particulière contre Petr Pavel et contre notre système démocratique en tant que tel », estime le journal. Mais le plus effrayant effrayant, selon lui, c’est le nombre des personnes qui se laissent prendre au piège. Selon le journal, beaucoup finissent par fonder leurs choix électoraux sur « les excréments de désinformation » qu’elles consomment sans esprit critique.
Le président et le gouvernement en désaccord sur la présidentielle
« Le gouvernement a enfin admis que la raison de sa campagne de dénigrement massive contre Petr Pavel est qu’il souhaite voir l’un de ses candidats à la présidence ». C’est ce que l’on peut lire dans une note publiée sur le site Info.cz qui se penche sur le conflit de plus en plus vif entre la coalition gouvernementale et le président de la République. « C’est un progrès, car jusqu’à présent, sa guerre contre le Château n’avait absolument aucun sens. Il devrait désormais nous dévoiler rapidement le nom de son candidat. Sinon, il ne fait que diviser inutilement la société », ajoute son auteur.
S’agissant de la prochaine élection présidentielle qui se déroulera début 2028, le site Novinky.cz pose la question de savoir quel serait le résultat d’un éventuel deuxième duel présidentiel entre Andrej Babiš et Petr Pavel. Par ailleurs, les informations concernant la candidature du chef du mouvement ANO se multiplient. « C’est une idée en fait rationnelle, car il n’y a vraiment personne d’autre, mais en même temps un peu folle », indique le texte avant d’expliquer pourquoi :
« Au second tour de l’élection présidentielle de 2023, l’actuel Premier ministre a perdu près d’un million de voix. Et depuis, rien n’a changé en sa faveur, bien au contraire. Petr Pavel, lui, s’en sort plutôt bien dans ses fonctions. Il bénéficie d’une confiance majoritaire de la part du public : 56 % selon l’agence STEM, dans la seconde moitié du mois de juin 2026. Le président fait preuve de compétence sur les questions clés actuelles de sécurité, il se rend assidûment dans les régions, se montre modéré et sait parler aux gens. »
Le soutien au mouvement ANO d’Andrej Babis se maintient toujours autour de 33 %. Mais Petr Pavel, lui, jouit de la confiance non seulement des partisans de l’opposition actuelle (jusqu’à 90 %), mais aussi d’une partie des électeurs d’ANO, ainsi que de celle des Automobilistes, comme l’a montré un sondage effectuée en juin par l’agence STEM. Un constat qui amène le site Novinky.cz à supposer :
« Sauf événement majeur susceptible de rebattre totalement les cartes dans les dix-sept prochains mois, Andrej Babiš n’aurait aucune chance face aux candidats actuels ou potentiels à l’élection présidentielle. »
Le centenaire de la naissance de l’écrivain Ludvík Vaculík
Le journal en ligne Lidovky.cz rappelle le centenaire de la naissance de l’écrivain tchèque Ludvík Vaculík, l’une des figures de proue de la dissidence tchécoslovaque dans les années 1970 et 1980. L’occasion pour lui d’évoquer notamment son roman-journal La Clef des songes qui, lors de sa publication en 1980, dans le cadre de la collection samizdat « Petlice », a fait grand bruit au sein de la dissidence tchèque :
« Ce témoignage singulier issu du cœur de la dissidence tchèque est avant tout un excellent roman sur l’état de la morale et de l’éthique tchèques, certaines parties de ce journal intime frôlant parfois ses limites. Les lecteurs d’aujourd’hui peuvent ainsi apprendre que la dissidence tchèque n’était pas du tout homogène, que d’anciens communistes y coexistaient avec des prisonniers politiques de longue date, et que la rivalité et les soupçons de collaboration avec la StB y étaient monnaie courante. »
A ce même propos, le site Seznam Zprávy remarque :
« Dans La Clef des songes, un journal intime sous forme de roman couvrant les années 1970 et 1980, Ludvík Vaculík évoquait les interrogatoires, la surveillance, ses amis, sa famille et ses relations amoureuses. Il a délibérément brouillé la frontière entre réalité et fiction. Il n’en résulte pas le portrait lisse d’un héros dissident, mais l’image troublante d’un homme qui lutte contre le régime, contre les autres et contre lui-même. C’est précisément pour cette raison que Vaculík reste un auteur vivant. Ses livres ne sont pas des manuels de morale. Ils obligent le lecteur à pénétrer dans un espace où les bonnes intentions se mêlent à l’aveuglement, le courage à la vanité et la responsabilité publique à l’échec personnel. »
Aujourd’hui, comme l’observe le chroniqueur de Seznam Zprávy, nous disposons d’un nombre de mots infiniment plus important que celui de la génération de Vaculík. « La question est de savoir si certains d’entre eux ont encore autant de poids », lance-t-il.
« Ludvík Vaculík était l’un des écrivains tchèques les plus importants de la seconde moitié du XXe siècle, un opposant courageux au totalitarisme, mais aussi un homme qui a connu de nombreux échecs dans sa vie personnelle », remarque pour sa part le quotidien Mladá fronta Dnes.




