Prague, l’une des rares villes d’Europe où voir L’Odyssée de Christopher Nolan en IMAX 70 mm
Tous les ans des millions de visiteurs affluent vers Prague pour découvrir ses beautés. Mais cet été, ce sont aussi des touristes d’un genre particulier qui se rendent dans la capitale tchèque : ils viennent de toute l’Europe, non pour admirer le pont Charles ou le Château, mais pour assister à une projection de L’Odyssée, le nouveau film de Christopher Nolan. Prague abrite en effet un des très rares cinémas capables de projeter le film dans son format IMAX 70 mm.
S’il existe de nombreuses salles IMAX sur la planète, seules quelques-unes d’entre elles (41 en tout) permettent de projeter des films en format 70 mm, celui dans lequel le réalisateur de l’adaptation de L’Odyssée d’Homère l’a intégralement tourné. Et parmi les trois seules salles dans l’Union européenne figure le cinéma IMAX du centre commercial Flora à Prague.
Pologne, Slovaquie et Allemagne voisines, Italie, pays nordiques, Balkans et même Israël : ils viennent de loin ces passionnés de cinéma pour venir voir L’Odyssée à Prague, certains en profitant pour organiser un week-end dans la capitale tchèque histoire de joindre l’utile à l’agréable.
En quelques jours seulement, plus de 22 000 spectateurs avaient assisté aux projections du film, obligeant le cinéma à programmer jusqu’à cinq séances quotidiennes, y compris une dernière séance juste après minuit. Un horaire tardif qui fait qu’un insomniaque aura des chances de voir sortir des gens en nombre dans les rues de Vinohrady, après trois heures du matin, non d’un club des alentours mais bel et bien d’une salle sombre.
Cette ruée s’explique par le caractère exceptionnel de la projection. L’Odyssée est le premier long métrage tourné entièrement avec des caméras IMAX argentiques. Pour restituer l’image telle que Christopher Nolan l’a conçue, il faut donc un projecteur IMAX 15/70, soit une machine devenue rarissime. La copie du film elle-même est totalement hors norme : près de 18 kilomètres de pellicule, répartis sur plusieurs bobines, pour un poids de plus de 300 kilos ! Son installation nécessite plusieurs heures de travail et des projectionnistes spécialement formés.
Pour les cinéphiles, le format 70 mm demeure l’expérience ultime du grand écran. Comme l’explique l’historien du cinéma Martin Šrajer pour les Archives nationales du film, les projections en 70 mm d’origine constituent « une sorte de Graal pour les amateurs de cinéma qui n’acceptent rien de moins que la meilleure qualité possible en matière d’image et de son ». Mais les rares projections d’aujourd’hui marquent le retour d’une technologie qui a autrefois incarné l’avenir du cinéma en Tchécoslovaquie. Des années 1960 aux années 1980, des dizaines de salles à travers le pays ont été équipées pour le 70 mm, offrant aux spectateurs des écrans gigantesques et une image d’une netteté exceptionnelle pour y profiter de fresques historiques spectaculaires.
Aujourd’hui, le cinéma multiplex de Flora possède justement cet équipement historique et authentique qui permet de visionner des films en format IMAX. Inauguré en 2003, il fait figure d’exception dans un monde où la quasi-totalité des salles IMAX est passée au numérique. Lorsque de cette transition survenue au tournant de 2010, Prague a choisi de conserver son projecteur analogique :il est devenu aujourd’hui un véritable trésor technologique. Ce choix permet désormais à la capitale tchèque de projeter les films de Christopher Nolan dans leur format le plus bluffant, comme ça a été le cas par le passé pour les longs métrages Interstellar, Dunkerque, Oppenheimer et donc, aujourd’hui L’Odyssée.
Et en effet, les amateurs de cinéma parlent d’une expérience impossible à reproduire ailleurs. Le format IMAX 70 mm offre une résolution exceptionnelle et surtout une image beaucoup plus haute que dans les salles traditionnelles. Le spectateur découvre ainsi une partie du cadre invisible dans les versions numériques classiques. Pour Christopher Nolan, qui est un fervent défenseur de la pellicule, c’est la seule manière de voir réellement son film.
A Prague, cette particularité a permis l’émergence d’une forme inédite de tourisme culturel, le temps d’un été, une période déjà bien chargée en termes de visites de l’étranger. Les hôtels, restaurants et commerces situés autour du cinéma voient défiler des visiteurs dont le programme se résume parfois à une seule activité : assister à la projection avant de reprendre le train ou l’avion. Certains en profitent toutefois pour prolonger leur séjour et découvrir la ville. Sur les réseaux sociaux, on voit ainsi défiler des témoignages de spectateurs venus spécialement pour cette expérience du Septième art à part entière couplée à un court séjour dans une ville déjà attractive pour son seul patrimoine.




