En Tchéquie, malgré l’obligation du casque à vélo pour les jeunes, son port est loin d’être systématique
Récemment, le débat sur la possibilité de rendre obligatoire le port du casque en trottinette électrique et à vélo a été relancé par le gouvernement français. En Tchéquie, une récente étude de l’organisme tchèque chargé de la sécurité routière (BESIP) portant sur plus de 1 700 accidents impliquant des cyclistes de moins de 14 ans entre 2023 et la mi-2026, a montré que près de la moitié des enfants blessés roulaient sans casque. Un chiffre préoccupant car le port du casque est pourtant obligatoire en Tchéquie pour tous les cyclistes et utilisateurs de trottinettes jusqu’à l’âge de 18 ans.
La tendance n’est malheureusement pas nouvelle en Tchéquie où le nombre d’accidents impliquant des enfants sans casque augmente depuis plusieurs années. En 2017, 125 accidents de ce type avaient été recensés ; ils étaient déjà plus de 200 au cours des deux dernières années. Pour les sept premiers mois de 2026, le nombre a déjà atteint 145, s’inquiète Lukáš Kadula du Centre d’étude de la circulation, interrogé par la Radio tchèque.
L’analyse récente de l’organisme tchèque chargé de la sécurité routière montre par ailleurs une différence importante selon le moyen de transport : 37 % des enfants victimes d’un accident à vélo ne portaient pas de casque, contre 68,5 % lorsqu’il s’agissait d’une trottinette ou d’une trottinette électrique.
Cette dernière donnée est particulièrement révélatrice de l’évolution des pratiques. Les trottinettes électriques permettent d’atteindre facilement des vitesses élevées, parfois sans donner à leurs jeunes utilisateurs le sentiment de prendre un risque important. Sauf qu’évidemment plus la vitesse augmente, plus les conséquences d’une chute ou d’une collision peuvent être graves. Les secours tchèques observent ainsi une hausse des accidents liés à ces engins, notamment pendant les vacances d’été.
Le casque n’est évidemment pas une protection absolue. Mais son utilité en cas de chute ne fait guère de doute : il peut réduire la violence d’un choc à la tête et donc le risque de trauma crânien, de fracture du crâne ou d’hémorragie cérébrale. Chez l’enfant, dont le crâne est encore en développement, cette protection est encore plus importante. Encore faut-il que le casque soit correctement choisi et ajusté : le BESIP rappelle qu’un casque mal fixé ou trop lâche peut perdre une grande partie de son efficacité.
En Tchéquie, la réglementation distingue enfants et adultes. Le casque est obligatoire jusqu’à 18 ans, mais les moins de 15 ans ne sont pas exposés à de sanction, pas plus que leurs parents, en cas d’absence de port du casque. A partir de 15 ans, un jeune peut en revanche se voir infliger une amende pouvant aller jusqu’à 750 couronnes (31 euros). Pour les adultes en revanche, aucune obligation : ils peuvent circuler sans casque, même si la police et le BESIP recommandent fortement d’en porter.
La question du port obligatoire – ou non – du casque à vélo ou à trottinette, pour les enfants et/ou les adultes n’est pas propre à la Tchéquie. En Australie et en Nouvelle-Zélande, le casque est obligatoire pour tous les cyclistes depuis les années 1990. A l’inverse, les Pays-Bas et le Danemark n’imposent aucune obligation de casque pour les adultes : dans ces pays, la sécurité est garantie avant tout par des infrastructures dédiées ce qui a permis d’éviter ce que redoutent de nombreuses associations pro-vélo, l’effet dissuasif du port obligatoire d’une protection sur la tête.
En France, où le port du casque est obligatoire jusqu’à 12 ans, un sondage Ifop publié récemment a montré que 84 % des personnes interrogées étaient favorables à rendre le casque obligatoire pour tous les cyclistes adultes. Pour les usagers de vélos électriques, ce chiffre atteignait même 88 %. La ministre déléguée auprès du ministre de l’Intérieur vient d’ailleurs de demander à la Sécurité routière d’étudier la possibilité de généraliser l’obligation de porter un casque pour les cyclistes alors qu’une telle mesure a toujours été rejetée, car jugée contre-productive. D’aucuns soulignent aussi le problème des cycles partagés : quid du casque quand on emprunte un vélo en libre-service ?
Chaque pays est ainsi confronté à des débats internes en fonction de sa propre situation et de sa manière d’appréhender mais aussi de promouvoir l’usage du vélo, notamment en ville. En Tchéquie, le débat se pose un peu différemment qu’en France : l’obligation existant déjà pour les moins de 18 ans, les chiffres montrent qu’en réalité la réglementation ne suffit pas à créer un réflexe. La question n’est donc peut-être pas seulement de savoir s’il faut rendre le casque obligatoire, mais comment faire en sorte qu’il soit effectivement porté.
En outre, le cas tchèque rappelle aussi que la prévention ne peut reposer sur le seul équipement mais également sur la sensibilisation du public et à une véritable politique d’aménagement de l’espace (urbain notamment) en faveur des cyclistes. Un aspect dont on est loin, notamment une ville comme Prague par exemple, encore exclusivement dédiée aux voitures.




