Dans les Monts métallifères, le déclin et la renaissance du petit « Semmering »
L’histoire du « Semmering des Monts métallifères » est celle d’un âge d’or, suivi d’un déclin, puis d’une renaissance. Construite à la fin du XIXᵉ siècle, cette ligne ferroviaire en altitude devait avant tout répondre aux besoins économiques des régions industrielles du nord-ouest de la Bohême, avant de se transformer en attraction touristique prisée.
Le nom de « Semmering » fait référence à la célèbre ligne ferroviaire autrichienne construite dans les Alpes au milieu du XIXᵉ siècle. En Tchéquie, plusieurs lignes de montagne ont reçu ce surnom en raison de leurs ouvrages d’art et de leurs dénivelés importants : loin des sommets, mais passant tout de même à travers un terrain accidenté, le « Semmering de Prague » qui, suivant un trajet en arc de cercle, part de la gare de Smíchov pour rejoindre le quartier de Řepy à travers la vallée de Prokopské údolí et les collines boisées du quartier de Košíře est un bel exemple de petit train à moteur à portée de main en plein cœur de la capitale tchèque.
Mais revenons aux vraies montagnes : à la fin du XIXe siècle, les locomotives à vapeur de Most et Litvínov gravissaient déjà les monts Métallifères jusqu’à leur crête. Construite entre 1877 et 1885, la ligne qui va jusqu’à la commune de Moldava répondait avant tout à des impératifs économiques : il s’agissait d’acheminer vers la Saxe voisine le bois, puis le charbon extrait en Bohême. Pour franchir le relief, les ingénieurs ont conçu une ligne spectaculaire, scandée par plusieurs tunnels et de nombreux ouvrages d’art. Elle grimpe jusqu’à Moldava, donc, à 782 mètres d’altitude, en franchissant un dénivelé de 497 mètres.
La ligne qui se poursuivait alors au-delà des frontières de la Bohême a joué un rôle important dans les échanges avec la Saxe et a continué de fonctionner après la création de la Tchécoslovaquie en 1918. Les trains remplis de charbon ont circulé jusqu’à l’annexion des Sudètes par Hitler, ont repris du service pendant la guerre, mais en mai 1945, les tanks soviétiques se dirigeant vers Prague ont lourdement endommagé la voie, détruisant même l’un des ponts. Il faudra attendre l’année suivante pour que le trafic reprenne, mais sans plus aucune connexion avec la Saxe. Dans les années 1950, la ligne connaît un dernier grand moment d’activité industrielle en servant au ravitaillement du chantier pour la construction du barrage de Fláje, près de Český Jiřetín.
Après la guerre, les monts Métallifères ont perdu une grande partie de leur activité industrielle qui avait fait la richesse de la région. L’expulsion de la majorité de la population allemande fait disparaître nombre de verreries, usines textiles, fabriques de porcelaine et autres petites industries, et le peu qui reste ne permet à la région de retrouver son importance d’antan. A partir du milieu des années 1960, la ligne ferroviaire trouve cependant une nouvelle vocation avec le développement d’une forme de tourisme local.
Son existence reste néanmoins menacée : en août 1996, c’est le coup de grâce quand une inspection révèle 21 défauts graves. Le trafic est immédiatement suspendu, mais une pétition s’oppose immédiatement à la fermeture définitive de la ligne. La mobilisation des gens, passionnés ou locaux, porte ses fruits : des travaux d’ampleur sont entrepris, les tunnels et les viaducs sont réparés les années suivantes, et les trains peuvent enfin reprendre leur service.
Aujourd’hui, le petit Semmering des monts Métallifères a donc retrouvé une activité régulière. Plusieurs trains desservent Moldava chaque jour, avec une fréquentation plus importante le week-end. Comme à Prague, il s’agit d’autorails donc des véhicules ferroviaires propulsés par un moteur thermique et qui n’ont donc pas besoin de lignes aériennes électriques pour rouler. Ceux de la ligne allant jusqu’à Moldava datent des années 1970 et sont pourvues de trois wagons, dont un réservé aux vélos pour les visiteurs adeptes du tourisme cycliste.
C’est grâce aux membres du Club des amis de ce Semmering qui fait le trajet Most-Dubí-Moldava, que le ministère tchèque de la Culture l’a classée monument culturel en juillet 1998, juste après sa renaissance in extremis. Reste la question d’un éventuel retour de la liaison transfrontalière, qui permettrait de poursuivre le trajet depuis Moldava jusqu’en Saxe voisine, comme cela a été le cas autrefois. Mais des négociations prometteuses, soutenues par des responsables européens, tchèques et allemands, ont finalement échoué.
Cette ligne reste toutefois un remarquable témoignage du patrimoine ferroviaire tchèque et permet de replonger – le temps d’un trajet – dans l’histoire d’une région marquée par l’essor industriel puis profondément transformée par les soubresauts du XXe siècle.




