Selon la Cour des comptes, la croissance du PIB tchèque cache mal l’aggravation de la dette publique

Si l’économie tchèque a connu, en 2025, une croissance plus rapide que la moyenne des pays de l’Union européenne, l’endettement de l’État s’est, lui, considérablement aggravé. La dette publique a atteint 3 700 milliards de couronnes (environ 150 milliards d’euros) et sa gestion coûte désormais près de 100 milliards de couronnes (4,1 milliards d’euros). Tels sont deux des principaux enseignements qui ressortent du rapport annuel de la Cour des comptes (NKÚ), publié ce lundi 31 août. Par ailleurs, les faiblesses qui menacent la compétitivité future du pays perdurent.

Tandis que le produit intérieur brut (PIB) de la République tchèque a progressé de 2,6 % en 2025, la croissance moyenne des Vingt-Sept s’est, elle, élevée à 1,5 %. Le budget de l’État a clôturé le dernier exercice sur un déficit de 290,7 milliards de couronnes (11,9 milliards d’euros), soit près de 50 milliards de couronnes (2,05 milliards d’euros) de plus que ce qui avait initialement envisagé par le précédent gouvernement dirigé par le conservateur Petr Fiala.

Photo: Ladislav Křivan,  MFDNES + LN / Profimedia

Pour cette année, le montant du déficit adopté par le nouveau gouvernement d’Andrej Babiš s’élève à 310 milliards de couronnes (12,6 millards d’euros) et, pour 2027, le ministère des Finances table, selon le projet qui a été débattu ce lundi en Conseil des ministres, sur un déficit de nouveau en hausse, qui devrait atteindre 389 milliards de couronnes (15,9 milliards d’euros).

Dans ce même document publié ce lundi, soit donc avant la fin du mois d’août conforfément à ce qu’exige la loi, l’Office suprême de contrôle (Nejvyšší kontrolní úřad, l’équivalent de la Cour des comptes) avance que le déficit plus élevé en 2025 s’explique notamment par des recettes inférieures aux prévisions issues de la vente de quotas d’émission. Au lieu des 30 milliards de couronnes espérés, l’État n’en a encaissé qu’un peu moins de la moitié. Ancien ministre des Finances, Zbyněk Stanjura (ODS) a expliqué cette différence par le fait que le montant du revenu planifié relevait d’une « estimation technique du ministère de l’Environnement ».

Zbyněk Stanjura | Photo: Filip Jandourek,  ČRo

Au final, quelles qu’en soient les raisons, le constat demeure que la dette de la République tchèque n’a jamais cessé de grimper en flèche ces six dernières années : si son montant est resté relativement stable entre 2012 et 2019 (passant même de 1 667 à 1 640 milliards de couronnes sur cette période), il s’est envolé depuis, augmentant de près de 55 % pour finalement s’élever à près de 3 700 milliards de couronnes à la fin de l’année 2025. Un passif que les prévisions faites pour 2026 et 2027 ne feront qu’appronfondir.

En plus, donc, de s’inquiéter d’un taux d’endettement de l’ordre de 43,1 % du PIB à la fin 2025, la NKÚ  souligne également que les performances futures de l’économie tchèque sont menacées par la faible productivité du travail, une forte intensité énergétique et le vieillissement de la population.

Miloslav Kala | Photo: René Volfík,  iROZHLAS.cz

« L’économie tchèque est freinée par les prix élevés de l’énergie et il n’est désormais plus question d’adopter les réformes clés, sans même parler de leur mise en œuvre par le gouvernement », constate le président de la NKÚ, Miloslav Kala, dans le communiqué de presse qui accompagne la publication du rapport.

Plus globalement, le même Miloslav Kala remarque que si les déficits budgétaires de l’ordre de plusieurs centaines de milliards de couronnes font désormais partie intégrante de la manière d’envisager la gestion des finances publiques, nombre de dépenses n’apportent pas les résultats escomptés en termes de compétitivité, de productivité ou de capacité d’innovation. « En 2025, la croissance de l’économie tchèque a été tirée principalement par la hausse de la consommation des ménages et du nombre d’heures travaillées, plutôt que par la productivité du travail. Mais ce n’est pas là un modèle sur lequel il est possible de s’appuyer sur le long terme », avertit-il.

Photo: Ministère des Transports de la République tchèque

Selon la Cour des comptes, quelque 129 milliards de couronnes (5,3 milliards d’euros) ont été alloués par l’État au secteur des transports en 2025. Toutefois, selon elle, cet argent investi n’a, là non plus, pas produit les effets escomptés. « La République tchèque entretient un réseau ferroviaire relativement dense et, dans certaines régions, peu utilisé, dont l’exploitation et l’entretien mobilisent des ressources considérables qui pourraient être utilisées plus efficacement pour moderniser les lignes clés », estiment les auditeurs.

Enfin, la République tchèque ne reste un pays innovateur que sur le papier. « L’année dernière, l’État a soutenu la science, la recherche et l’innovation à hauteur de 54 milliards de couronnes (2,2 milliards d’euros). Pour autant, la République tchèque continue de figurer parmi les ‘innovateurs modérés’ et reste loin de son objectif de devenir un leader européen en la matière », constate froidement la NKÚ, et ce, malgré ce qui avait été défini noir sur blanc dans la Stratégie à l’horizon 2030 adoptée il y a quelques années par le gouvernement.