Endettement : des Tchèques toujours moins bon élèves qu’il n’y paraît

Malgré un taux de croissance économique maintenu à 3,1%, le ministère des Finances prévoit de nouvelles fortes hausses du déficit et, par conséquent, de la dette publiques en 2021 et dans les prochaines années. Une croissance de l’endettement qui inquiète de plus en plus d’économistes.  

Longtemps, à l’exception d’un taux d’inflation parfois trop élevé (2,5% pour cette année selon la dernière prévision du ministère des Finances), la République tchèque a rempli les critètes de converge dans l’optique d’une éventuelle adoption de l’euro. Même si celle-ci actuellement ne constitue certainement pas une priorité pour les partis politiques, le débat n’est néanmoins pas clos, tant l’économie tchèque est dépendante de ses exportations, tout particulièrement vers les marchés des pays membres de l’Union européenne. Beaucoup de transactions s’effectuant déjà en euros, nombreuses sont les entreprises à préférer une adoption de la monnaie européenne.

Photo illustrative: AlexanderStein,  Pixabay,  CC0

Néanmoins, au rythme où évoulue la situation ces dernières années, et même si la République tchèque reste un des pays les moins endettés en Europe, les experts sont de plus en plus nombreux à s’inquiéter et à faire remarquer que ces critères de Maastricht ne seront prochainement plus respectés. Les annonces faites par le ministère des Finances, mercredi, confirment ce pessimisme.

Ainsi, malgré donc un taux de croissance économique annoncé positif pour cette année, après une récession record dans l’histoire du pays de l’ordre finalement de 6,2% en 2020, le déficit du budget de l’Etat, dont le montant dans la loi des finances a été révisé à la hausse à 500 milliards de couronnes en février dernier, devrait s’élever à 8,8% du PIB. Conséquence de quoi, malgré les mesures d’économie envisagées par la ministre très critiquée Alena Schillerová – réforme du système fiscal, imposition des géants du Web ou encore gel des salaires des employés de la fonction publique (mais qu’il appartiendra au prochain gouvernement de mettre éventuellement en œuvre) -, la dette publique continuera elle aussi à croître.

Alena Schillerová | Photo: Roman Vondrouš,  ČTK

En 2020, le montant de la dette publique a déjà augmenté de 410 milliards de couronnes (15,75 milliards d’euros) pour s’élever, fin décembre, à un montant total de 2 050 milliards de couronnes (près de 79 milliards d’euros). Il s’agissait là d’une augmentation sans précédent dans l’histoire du pays depuis la partition de la Tchécoslovaquie en 1993, due principalement à l'émission d'obligations pour couvrir le déficit du budget de l'État, qui a atteint un montant record de 367,4 milliards de couronnes (14 milliards d’euros).

En 2020 , le taux d’endettement de la République tchèque a augmenté de huit points et a représenté 38,1% du PIB. Or, concernant la situation des finances publiques, un des quatre critères de convergence stipule que le déficit public doit être inférieur à 3% du PIB et la dette publique à 60% du PIB. Toujours selon les prévisions du ministère, le taux d’endettement devrait grimper cette année à 44,8% du PIB. Et puisqu’un déficit du budget de l’Etat de l’ordre de 5,9% est d’ores et déjà prévu pour 2022 (malgré une croissance du PIB pour l’heure envisagée à 3,7%), ce taux d’endettement devrait s’élever à 48,2%.

Enfin, la ministre Schillerová espère que les mesures d’économie, si elles sont adoptées, permettront de « limiter » le niveau de la dette publique à un taux de 52,8% d’ici 2024.